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Inflation : pourquoi le projet de loi sur les négociations commerciales n’est qu’une solution partielle / Une réglementation française surannée
Bercy parviendra-t-il à faire baisser les prix alimentaires ? En tout cas, il essaie. Examiné en commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale cette semaine et en séance publique dès le 9 octobre prochain, le projet de loi portant mesures d’urgence pour adapter les dispositions du Code de commerce relatives aux négociations commerciales dans la grande distribution vise à faire avancer la date de clôture de ces négociations entre cette dernière et les 75 plus gros industriels du secteur de l’agroalimentaire au 15 janvier 2024, au lieu du 1er mars, comme l’exige normalement la réglementation. Objectif de l’exécutif : répercuter au plus vite les baisses des prix sur le consommateur.
Des hausses et des baisses à prévoir
Mais avancer la date de clôture des négociations ne garantit en rien qu’elles se solderont par une baisse significative des prix. D’autant que le ministre de l’Économie et des Finances, Bruno Le Maire, a déjà lui-même brandi pendant des mois la menace fiscale ainsi que celle du "Name and Shame" pour inciter les industriels à revenir autour de la table des discussions, sans grand résultat.
Pour l’heure, le résultat final de ces négociations est difficile à anticiper tout comme prédire leur impact sur le caddie du consommateur. "Ces baisses, il faut aller les chercher pour pouvoir les répercuter au plus vite à nos clients. Et quand bien même certains produits ressortiraient avec un prix en hausse, nous essaierons de gagner du temps et de les appliquer dans les rayons trois mois plus tard ", explique Dominique Schelcher, président-directeur général de Système U lors d’un entretien accordé à WanSquare.
Quid des fournisseurs PME ?
En attendant, ce projet de loi perturbe le système des négociations commerciales des PME qui ont lieu, elles, normalement toute l’année. Craignant que les budgets de la grande distribution soient accaparés par les grands industriels, la Feef, fédération patronale représentant les PME du secteur alimentaire, a donc proposé une charte aux distributeurs afin qu’ils puissent discuter ensemble avant le 31 décembre prochain, soit avant les grands industriels. "Nous sommes favorables à cette charte d’autant que les négociations sont moins difficiles avec les PME. Le dialogue est beaucoup plus facile avec elles qu’avec certains grands industriels étrangers", fait remarquer Dominique Schelcher qui se félicite que sa marque distributeur soit fabriquée à 80 % par des PME françaises. "Elles sont en plein boom en ce moment avec le plébiscite des clients pour les marques propres des distributeurs. C’est formidable pour elles. Certains de nos fournisseurs ont même du mal à suivre tellement la demande est forte", constate-t-il.
Des marges sur les MDD compensatrices
De fait, l’inflation est venue complètement rebattre les cartes de la consommation. "Oui, les grandes marques nationales ont moins de succès parce qu’elles sont devenues trop chères, le décrochage des prix est beaucoup trop important pour beaucoup de clients. Leurs ventes ont donc chuté de 7 % quand celles des produits de marques distributeurs (MDD) ont progressé de 5 % dans le même temps, soit un différentiel de 12 % ", poursuit le patron de Système U.
S’il reconnaît en conséquence être gagnant sur les marges de ces produits distributeurs, celles-ci ne viennent que compenser la baisse des marges constatée sur les métiers du frais. "Nous vendons moins en boucherie, charcuterie et en fromagerie qui sont habituellement des produits sur lesquels nous réalisons une marge importante. Dans ce contexte, il est donc normal, dans l’équilibre global de l’entreprise, que ce qui est perdu d’un côté puisse être regagné de l’autre ", souligne Dominique Schelcher.
Une réforme globale hautement souhaitable
S’il soutient le projet de loi voulu par Bercy, l’Alsacien l’envisage comme une première étape vers une refonte plus profonde des règles de négociations en France. "Je plaide depuis mars dernier pour la remise en cause du fameux délai de trois mois de négociations et qui nous oblige ensuite à pratiquer les mêmes prix tout au long de l’année. Selon moi, ce système est dépassé, il faut donc entamer de nouvelles discussions pour le réformer ", déclare-t-il.
Un avis que semble partager Bercy. Une réforme d’ensemble serait en effet à l’étude, Bercy confiant récemment "qu’elle pourrait faire l’objet d’une mission parlementaire". Le député Renaissance et président de la Commission économique, Guillaume Kasbarian, ne serait pas contre l’idée non plus. Il faut dire que la réglementation sur les négociations commerciales est une exception française. "Aucun autre pays ne fonctionne ainsi. Dans tous les pays du monde l’on négocie tout au long de l’année. C’est une question de bon sens et surtout en période d’inflation ", plaide Dominique Schelcher.
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