Banques / crédit immobilier / Jérome Lacaille
Banques
crédit immobilier / Jérome Lacaille
Jérôme Lacaille quitte la direction générale du Crédit Immobilier de France / En huit ans il a non seulement sauvé cet établissement, mais versé 1,2 milliard d’euros à l’État
Voilà un établissement financier que beaucoup ont perdu de vue depuis longtemps. Créé en 1908 pour favoriser l’accession à la propriété et issu du mouvement HLM, le Crédit Immobilier de France a pleinement assumé sa mission jusqu’à ce que la crise financière de 2008 et l’absence de "funding" le prive de capacité de refinancement. Ce qui a amené ses dirigeants, en 2012, à demander la garantie de l’État, car son modèle de refinancement exclusif par les marchés était remis en cause par les agences de notation. Depuis le 27 novembre 2013 il inscrit donc son action dans le cadre d’une résolution ordonnée et a cessé la production de nouveaux prêts. Pour mener à bien cette mission d’extinction en douceur et trouver une solution aux 2500 salariés, c’est un grand serviteur de l’État qui a été choisi en la personne de Jérôme Lacaille, HEC, ENA, Harvard, ancien conseiller technique d’Alain Lambert puis de Jean-Louis Borloo.
Après huit années passées à la tête du Crédit Immobilier de France ce dernier a choisi de donner une nouvelle orientation à sa carrière professionnelle. Le Conseil d’administration qui s’est réuni hier sous la présidence de Yannick Borde a donc entériné le départ de Jérôme Lacaille et a nommé comme nouveau directeur général, Thierry Gillouin, l’actuel directeur général délégué. Tout cela en présence du commissaire gouvernement, Thierry Mergen, représentant l’État, titulaire d’une action de préférence. Jérôme Lacaille n’a pas encore annoncé son nouveau projet professionnel qui sera, peut-être, consacré à un projet de transformation d’une grande organisation comme il a su le faire avec talent à la tête du Crédit Immobilier de France.
Un reclassement remarquable des collaborateurs
Pour preuve : depuis son arrivée l’encours de crédits immobiliers est passé de 35 à 5, 9 milliards d’euros conformément à la politique d’extinction du portefeuille. La garantie de l’État accordée à hauteur de 28 milliards d’euros a permis ce travail sans avoir besoin d’être appelée. En revanche, l’État a reçu depuis 2015 pas moins de 1,2 milliard d’euros de commissions de garantie. Un montant inespéré de la part d’un établissement qui constituait il y a dix ans un risque majeur. À cela se sont ajoutés 322 millions d’euros de dividendes cumulés versés aux 53 sociétés coopératives actionnaires du Crédit Immobilier de France.
Mais le plus important, et sans doute la fierté de Jérôme Lacaille, dirigeant engagé et humaniste, c’est d’avoir réussi à faire passer de 2500 à 200 le nombre de collaborateurs et de 30 à 4, le nombre d’antennes de la société. Sans qu’il n’y ait le moindre soubresaut. Tout cela à travers sept plans de sauvegarde de l’emploi, une politique très active de reclassement et de formation, et un travail de Titan en matière de simplification et de rationalisation des structures. Si bien qu’à la différence de ce qu’il se passait il y a dix ans le Crédit Immobilier de France n’est plus un problème pour l’État. Mieux que cela, il est un exemple de transformation réussie. Un vrai laboratoire d’adaptation d’une structure vouée à disparaître. Et tout cela en mettant à profit l’adage selon lequel "le bruit ne fait pas de bien et le bien ne fait pas de bruit."
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

