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Atos s’en remet à Paul Saleh pour sortir de la crise / Un énième directeur général au milieu de l’incertitude
La valse des remaniements se poursuit chez Atos. Rodolphe Belmer, Nourdine Bihmane, Yves Bernaert et maintenant Paul Saleh. La nomination annoncée lundi d’un quatrième directeur général en deux ans à la tête de l’ex fleuron informatique français reflète une instabilité chronique à ce poste qu’il eut certainement été préférable d’éviter à un moment aussi crucial. Ses discussions avec l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky pour la cession de la branche infogérance d’Atos, Tech Foundations, s’éternisent, avec des chances de les voir aboutir qui s’étiolent. L’absence d’avancée bloque les renégociations avec ses banques, pourtant essentielles pour le groupe, confronté à un mur de dette, devant rembourser ou refinancer 3,65 milliards d’euros d’emprunts et obligations venant à échéance en 2025.
Au point qu’Atos n’exclut plus, depuis le début de cette année, de recourir de recourir aux mécanismes de protection juridique pour encadrer ses discussions avec ses créanciers, même si à ce stade, le groupe n’a "pas déposé de demande de désignation d’un mandataire ad hoc ou d’ouverture d’une procédure de conciliation", a-t-il indiqué lundi, en réponse aux dernières rumeurs de presse. Dans le même temps, la réduction envisagée de la future augmentation de capital – si elle a lieu - d’Eviden, la branche dédiée notamment à la cybersécurité et aux supercalculateurs, oblige à des cessions d’actifs supplémentaires, d’où la récente ouverture d’une phase de "due diligence" avec Airbus pour la vente de l’activité Big Data & Security (BDS) sur la base d’une valeur d’entreprise - peu enthousiasmante - comprise entre 1,5 et 1,8 milliard d’euros, sans garantie que ces discussions préliminaires aboutissent non plus. Et ce alors que la nouvelle chute du cours de Bourse d’Atos ce lundi (-13,1% à 4,22 euros en début d’après-midi) vient fragiliser un peu plus la capacité du groupe à lever des fonds. "La visibilité sur Atos est voisine de zéro, avec la possibilité de la restructuration financière d’Atos n’ait strictement rien à voir avec celle présentée à l’été dernier", résument les analystes d’Invest Securities.
Divergence de points de vue
Dans ce contexte des plus incertains, la nomination annoncée lundi de Paul Saleh, qui était directeur financier depuis août, pour succéder à Yves Bernaert n’est ni surprenante ni forcément une mauvaise nouvelle. L’arrivée de Carlo d'Asaro Biondo en décembre à la fonction nouvellement créée de General Manager du groupe sonnait déjà comme un désaveu du directeur général de la part du conseil d'administration. Cela revenait à avoir deux hommes à la même fonction, sachant qu’Yves Bernaert était un choix de Bertrand Meunier, le précédent et controversé président d’Atos. Jean-Pierre Mustier, qui l’a remplacé en octobre, poursuit donc le remodelage à sa main de l’exécutif de l’entreprise. Le départ d’Yves Bernaert est d’ailleurs officiellement justifié par "une différence de point de vue sur la gouvernance pour ajuster et exécuter la stratégie".
Contrairement à Yves Bernaert, qui ne sera donc resté en poste que quelques mois, Paul Saleh a pour atout d’être issu du secteur des services informatiques et d’y avoir occupé de nombreuses fonctions de dirigeant au long de sa carrière. Avant de venir chez Atos, il avait été en particulier CEO de Gainwell Technologies, et avait aussi été auparavant directeur financier de DXC, l’entreprise de services du numérique née de la fusion de CSC et de la division Enterprise Service d'HPE.
Paul Saleh est remplacé à la tête de la direction financière par Jacques-François de Prest, qui rejoint Atos après avoir occupé le poste de directeur financier et de la performance chez Mobivia. Auparavant, il a acquis plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des télécommunications, notamment à des postes de direction financière chez Vodafone et Millicom.
Pas encore d'administrateur pour Onepoint
De nouvelles têtes arrivent par ailleurs au conseil d’administration, dans la lignée des derniers remaniements. Atos a annoncé lundi les nominations au board de Sujatha "Suja" Chandrasekaran et de Monika Maurer avec pour but de renforcer les compétences du conseil dans les domaines stratégiques des technologies numériques et des grands projets de transformation. Et si l’on note toujours l’absence au conseil de membres proches de David Layani, le patron de OnePoint, le premier actionnaire d’Atos, le groupe précise que "d’autres nominations d’administrateurs ou administratrices sont actuellement à l’étude"…
Suja Chandrasekaran a notamment occupé le poste de Senior Executive Vice President et Chief Digital and Information Officer de CommonSpirit Health de 2019 à 2022, après avoir été Global Chief Information Officer de 2016 à 2019 chez Kimberly-Clark Corporation, où elle était responsable des capacités de l’entreprise en matière de technologie, de numérique, de données et d’applications. Elle a également occupé des fonctions technologiques de haut niveau chez Walmart, The Timberland Company et PepsiCo. De son côté, Monika Maurer est directrice générale de Radio Frequancy Systems (RFS) depuis mai 2019 et était auparavant directrice de l’exploitation du groupe Nokia après avoir occupé plusieurs postes au sein d’Alcatel-Lucent, notamment celui de directrice de l’exploitation de la ligne d’activité Réseaux fixes de 2012 à 2016.
Tandis que se poursuivent les profonds changements dans sa gouvernance, l’entreprise tente, tant bien que mal, de maintenir le cap de ses objectifs financiers. Atos a confirmé lundi que "ses lignes d’activité atteindront leurs objectifs financiers 2023 pour l’année en termes de chiffre d’affaires et de marge opérationnelle". En revanche, le flux de trésorerie disponible devrait être légèrement inférieur, d’environ 100 millions d’euros, à son objectif de free cash-flow négatif d’environ 1 milliard d’euros pour 2023
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