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Atos se dirige doucement vers la restructuration de sa dette / La convertir en capital va faire mal aux actionnaires
C’est connu, les agences de notations réagissent souvent avec un temps de retard. En abaissant vendredi soir la note d’Atos de "B-" à "CCC", Standard & Poor’s n’a pris personne par surprise. Au point que l’action Atos, en chute libre de 65 % depuis le début de l’année, regagnait lundi 3,8 % à la Bourse de Paris, à 2,57 euros. En estimant que l’ex fleuron informatique "pourrait rencontrer des difficultés ou des retards pour remédier à son manque de liquidités au cours des 12 prochains mois via un refinancement, compte tenu des risques d’exécution de son plan de cession d’actifs et du manque de confiance des investisseurs", S & P Global Ratings souligne l’évidence. Et enfonce des portes ouvertes en expliquant que l’absence d’accord avec les banques pourrait conduire à une restructuration de la dette, voire à un potentiel défaut de paiement.
Que le constat relève quasiment de la "lapalissade" n’enlève rien à sa justesse. Les jours s’égrènent depuis la nomination le 5 février d’un mandataire ad hoc pour encadrer les discussions d’Atos avec ses créanciers bancaires afin de parvenir à un accord sur un plan de refinancement. Cette décision judiciaire est venue confirmer les tensions extrêmes entre le groupe et ses banques, avec lesquelles les discussions s’éternisent, avec un vrai "risque qu’un tel accord ne soit pas conclu", estime Standard & Poor’s. Et quand bien même Atos parviendrait à refinancer son prêt à terme de 1,5 milliard d’euros auprès de ses banques, il resterait à refinancer 1,25 milliard d’euros avec les détenteurs d’obligations à échéance 2024 et 2025.
Et ce, alors que "les cessions d’actifs prévues par Atos pour renforcer sa structure de capital ne permettront probablement pas de remédier à temps au manque de liquidités", pointe aussi l’agence. Vu le produit limité de la cession envisagé de Tech Foundations à l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky, cette vente ne résoudra de toute façon aucun problème de liquidité à court terme. Elle réduira simplement les besoins en fonds de roulement. Et s’agissant des discussions en cours avec Airbus sur une possible cession de la branche BDS, spécialisée en big data et cybersécurité, bien qu’elle puisse générer un produit nettement plus élevé, a priori compris entre 1,5 et 1,8 milliard d’euros, "il pourrait s’écouler plus d’un an" avant que l’entreprise n’en voie la couleur, prévient S & P.
Des incertitudes conjuguées sur l’exécution, les montants, et le calendrier, qui renforcent le scénario de la restructuration forcée de la dette au fur et à mesure que les jours passent. Parmi les rares analystes qui couvrent encore la valeur, le cabinet de recherche Alphavalue vient ainsi de mettre à jour sa valorisation d’Atos. Dans ses calculs, celui-ci applique désormais un scénario de conversion de dette en capital. Et dans cette hypothèse qu’il considère comme de plus en plus inéluctable, il suppose "arbitrairement", la conversion de 1 milliard d’euros de dette au prix de 0,2 euro par action, soit 80 % en dessous du nominal de 1 euro de l’action.
Une opération qui conduira à une "dilution énorme", soulignent les analystes d’AlphaValue, ceux-ci valorisant désormais Atos à 30 centimes par action, au vu d’un nombre d’actions qui passerait alors de 111,4 millions aujourd’hui à plus de 5 milliards. Et "ce n’est qu’un début, car de toute façon, de nouveaux fonds sont nécessaires", préviennent-ils.
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