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Pour Atos, la fin des discussions avec Daniel Kretinsky ne laisse plus le choix / Le groupe a brûlé plus d’1 milliard d’euros de cash en 2023
Le champ des possibles se réduit encore pour Atos. La stratégie de son président Jean-Pierre Mustier de vouloir renégocier les termes de la vente à Daniel Kretinsky de Tech Foundations n’aura pas porté ses fruits. Les deux parties ont mis fin à leurs discussions exclusives entamées à l’été dernier, n’étant "pas parvenues à un accord mutuel satisfaisant", a annoncé mercredi l’entreprise. En succédant à Bertrand Meunier à l’automne dernier, Jean-Pierre Mustier, poussé notamment par son premier actionnaire, la société Onepoint de David Layani, a cherché à limiter l’important décaissement de cash induit par le scénario initial.
Celui-ci prévoyait la reprise des activités historiques d’infogérance d’Atos par le milliardaire tchèque pour 100 millions d'euros en numéraire, mais, précision importante, après financement de son besoin en fonds de roulement à hauteur de 1 milliard d'euros. Ce qui impliquait un prix de cession négatif de 900 millions d'euros, que Jean-Pierre Mustier a tenté de limiter à 450 millions d’euros. En vain, puisque Daniel Kretinsky a finalement opposé une fin de non-recevoir à ce changement de condition, une issue qui était largement attendue. Comme le fait remarquer le bureau d’analystes Octo Finance, "la fin des négociations entre Daniel Kretinsky et Atos n’est pas une surprise, le marché avait déjà acté ce scénario".
Ce nouveau rebondissement place évidemment Atos dans une fâcheuse posture, venant compliquer les négociations déjà tendues de l'entreprise avec ses créanciers sur la restructuration de son mur de dettes arrivant à échéance l'année prochaine. Des discussions conduites depuis le 5 février sous l’égide de la mandataire ad hoc, Hélène Bourbouloux, que celle-ci tente justement d’accélérer. Car les comptes annuels 2023, dont la publication qui était prévue ce jeudi vient d’être décalée au 20 mars prochain, pourraient réserver une mauvaise surprise.
Selon les informations de La Lettre de l’Expansion, c’est parce qu’ils ont été avisés de la préparation par le cabinet Accuracy d’une expertise indépendante assez redoutable sur la situation financière et commerciale du groupe que les deux commissaires aux comptes, Deloitte et Grant Thornton, ont exigé de réaliser un "impairment test" pour évaluer la perte de valeur du fonds de commerce. Le risque étant d’aboutir à une dépréciation du goodwill qui pèserait sur le résultat net et les capitaux propres. D’où la nécessité d’en passer par la restructuration forcée de la dette pour rassurer des clients (dont l'armée française) d'une entreprise qui, sans cela, pourrait disparaître du jour au lendemain.
Or, à la différence d’un groupe comme Casino, Atos n’a pas d’actifs tangible à vendre immédiatement pour remédier à temps à son manque de liquidités, alors que le groupe a annoncé mercredi avoir brûlé plus de 1 milliard d’euros de trésorerie en 2023. Par conséquent, la seule solution sera de transformer la dette (bancaire et obligataire) en capital. Quant à savoir qui sera l’opérateur industriel du groupe dont les créanciers seront devenus les actionnaires, la réponse se trouve peut-être chez David Layani, le président fondateur de la société Onepoint, qui doit prochainement faire son entrée au conseil d’administration d’Atos.
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