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Rachats d'actions
Les entreprises du SBF 120 ont reversé plus de 100 milliards à leurs actionnaires en 2023 / Les rachats d'actions y ont fortement contribué
Jamais le retour aux actionnaires n’avait été aussi élevé. La somme des dividendes et des rachats d’actions des entreprises du SBF 120 a dépassé pour la première fois les 100 milliards d’euros en 2023, s’élevant à 107 milliards d’euros. Ce montant historique étant lui-même l’addition de deux records : celui des 75 milliards d’euros de dividendes versés l’an dernier par les 120 entreprises les plus importantes de la cote parisienne, auxquels s’ajoutent 32,3 milliards d’euros de rachats d’actions, montrent des données Natixis Corporate & Investment Banking (CIB).
Et force est de constater que les seconds ont progressé plus rapidement (+19 % par rapport à 2022) que les premiers (+9 %). Sachant que le montant est concentré en très grande partie sur le CAC 40, qui a représenté des rachats d’actions de 30,1 milliards d’euros à lui seul. "L’année écoulée a aussi été exceptionnelle en ce sens que deux émetteurs ont représenté quasiment 40 % des montants retournés dans le marché", indique à WanSquare Cédric Richard, responsable du Corporate Broking et de la Syndication Actions chez Natixis Corporate & Investment Banking. Il s’agit de TotalEnergies, qui a racheté pour 9 milliards de dollars (8,53 milliards d’euros) d’actions en 2023, et de BNP Paribas, qui avait promis 5 milliards d’euros de rachats d’actions à la suite de la cession de Bank of the West.
Hors indice phare, il y a toutefois eu aussi plusieurs opérations significatives, "en particulier l’offre publique de rachats d’actions du groupe Bolloré qui a acheté un peu plus de 3 % de son capital, ce qui a représenté environ 570 millions d’euros", rappelle Cédric Richard. Et ce, alors que les rachats d’actions se démocratisent de plus en plus : un record de 72 entreprises du SBF 120 y ont eu recours l’an dernier, contre 67 en 2022, le précédent record de 71 sociétés datant de 2018, montrent également les données de Natixis CIB.
Effet relutif
Il est vrai que la pratique combine plusieurs arguments. Au premier rang desquels son effet relutif : les actions rachetées étant la plupart du temps annulées, cela conduit augmenter mécaniquement certains ratios financiers clés tels que le bénéfice et le dividende par action. Il est un moyen aussi pour l’entreprise de souligner la sous-valorisation de son titre en Bourse et de témoigner de sa confiance dans sa croissance et sa rentabilité à long terme, considérant que l’investissement dans ses propres actions est le meilleur qui soit.
Pour autant, si les montants progressent beaucoup, la répartition entre dividendes et rachats d’actions s’avère relativement stable depuis trois ans. Certes, la proportion des rachats d’actions dans le retour aux actionnaires des entreprises du SBF 120 s’est accrue légèrement cette année, s’établissant à 30 %, contre 28 % en 2022, mais il n’y a pas de basculement vers cette pratique qui se ferait au détriment du dividende. Et à peu de chose près, l’évolution est quasiment la même si l’on ne s’intéresse qu’au seul CAC 40. "L’inflation du montant de rachats est extrêmement corrélée à celle des dividendes. Il n’y a pas de révolution en termes de politique financière et de retour aux actionnaires dans l’univers du CAC 40 et du SBF120", souligne Cédric Richard.
Et cela reste très loin de ce qui se pratique aux Etats-Unis, où les rachats d’actions sont historiquement très majoritaires par rapport aux dividendes. "La proportion aux Etats-Unis est de l’ordre de deux tiers un tiers. Cela peut s’expliquer par le fait que les rémunérations incitatives des managers sous forme d’actions y sont beaucoup plus courantes", ajoute Cédric Richard. L’effet relutif lié au rachat d’actions en vue de les annuler y est donc encore plus recherché.
2024 se présente bien
En tout cas, l’année 2024 a elle aussi démarré sous de bons auspices. Alors qu’une grande partie de la saison des résultats est déjà passée, celle-ci a souvent donné lieu à des publications solides assorties de l’annonce de nouveaux programmes de rachats d’actions. S’il n’est pas encore possible à ce stade de prédire avec exactitude à quel montant ceux-ci s’élèveront sur l’ensemble de l’année, force est de constater en revanche que la très grande majorité des dividendes ont été révisés à la hausse. Air Liquide a par exemple relevé son coupon de 8,5 %, ArcelorMittal prévoit d’augmenter le sien de 13,6 %, celui d’Axa sera supérieur de 16 % en 2024 à celui de 2023, et celui de BNP Paribas de 18 %. "Ce qui laisse à penser qu’en gardant ce postulat de départ d’une répartition peu ou prou inchangée entre les dividendes et les rachats d’actions, les rachats d’actions devraient augmenter en pourcentage quasiment autant que les dividendes", estime Cédric Richard.
Et il est d’ores et déjà possible de dire que TotalEnergies restera l’une des entreprises les plus actives sur ce front. Le groupe pétrolier a annoncé lors de la publication de ses résultats annuels le mois dernier qu’il procéderait à des rachats d’actions de 2 milliards de dollars au cours du premier trimestre, un montant qui devrait être au minimum être reconduit pour les trimestres suivants. Stellantis a également marqué les esprits en annonçant le mois dernier qu’il rachèterait pour 3 milliards d’euros de ses actions cette année. De son côté, BNP Paribas a terminé la séance de lundi en tête du CAC 40, le jour du lancement du programme de rachats d’actions de 1 milliard d’euros annoncé à l’occasion de la publication de ses résultats 2023.
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