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Commission d’enquête TotalEnergies : Bpifrance et Crédit Agricole défendent leur stratégie de financement / Une stratégie multi-énergies jugée la plus ambitieuse
Un jeudi chargé pour la commission d’enquête sénatoriale sur les obligations de TotalEnergies, présidée par l’ancien ministre, Roger Karoutchi, et dont le rapporteur est Yannick Jadot. Elle recevait en effet tour à tour le patron de Bpifrance, Nicolas Dufourcq et le directeur général de Crédit Agricole S.A, Philippe Brassac. Objectif des sénateurs : comprendre pourquoi ces deux institutions financières continuent de financer certains projets du groupe présidé par Patrick Pouyanné.
Ce qui compte, c’est le projet
Pour le directeur général de Bpifrance, la réponse est simple. "Ce qui compte c’est le projet. Le gaz naturel liquéfié (GNL) est une énergie de transition importante dans la transition énergétique ", a-t-il répondu au rapporteur qui l’interrogeait, par exemple, sur le soutien financier accordé au projet GNL lancé par TotalEnergies au large de l’Australie, et décidé avant le 1er janvier 2023, date à compter de laquelle la banque publique d’investissement n’engage plus de crédit dans les énergies fossiles.
Selon Nicolas Dufourcq, "les objectifs de proportions d’énergies renouvelables dans le total du mix énergétique de TotalEnergies semblent ambitieux". "J’ai tendance à me réjouir quand cette entreprise gagne de très grands contrats ", a-t-il déclaré, se félicitant que Bpifrance soit "une sorte d’incubateur de développement d’entreprises dans l’éolien et le photovoltaïque pour ensuite les revendre à TotalEnergies".
Pour mémoire, en juillet dernier, la compagnie multi-énergies a racheté pour 1,5 milliard d’euros, à un consortium d’investisseurs dont la banque publique d’investissement, les près de 71 % du capital de TotalEren qu’elle ne possédait pas encore. Une transaction qui valorisait ainsi la société à 3,8 milliards d’euros et "une bonne opération pour Bpifrance ", a fait remarquer le directeur général.
Verdir l’économie par le financement
Quelques minutes plus tard, c’était donc au tour de Philippe Brassac de justifier ses liens avec la compagnie multi-énergies. Réfutant les propos de Yannick Jadot, avançant qu’Amundi, la filiale Asset management de Crédit Agricole, est le premier actionnaire de TotalEnergies avec 10 % du capital alors qu’elle ne détient que la gestion et les droits de votes des actions achetées par les fonds d’épargne ou les clients de la banque, le directeur général de Crédit Agricole S.A a tenu à éclaircir deux notions importantes selon lui. "Verdir son bilan et verdir l’économie sont deux actions qu’il ne faut pas confondre. Ce n’est pas incompatible mais c’est différent ", a-t-il fait observer, expliquant que pour un groupe comme le sien, verdir le bilan ne serait pas coûteux. "Les revenus directs qui proviennent du pétrole et du gaz représentent moins de 1 % des revenus globaux du groupe. Les revenus que nous développons avec TotalEnergies ne dépassent pas le 0,1 % ", a affirmé Philippe Brassac.
A l’inverse, pour le directeur général, verdir l’économie est l’une des priorités de la banque qui souhaite voir accélérer l’avènement des énergies renouvelables et accompagner l’équipement vert de toutes les entreprises. " C’est donc prendre des risques importants vers les énergies renouvelables. C’est accompagner les transitions de tous les acteurs ", a-t-il expliqué.
Et c’est précisément l’impression qu’il semble avoir en finançant certains projets de TotalEnergies. "A la suite de la COP 28, nous avons décidé de concentrer nos financements uniquement sur les projets renouvelables (ENR) ou bas carbone. Nous n’excluons donc aucun projet ENR, y compris venant des énergéticiens. Et sur le financement corporate de ces derniers, nous assumons de le faire en fonction de leur plan de transition et de leur crédibilité ", s’est défendu Philippe Brassac, qui, comme Nicolas Dufourcq, considère que le plan de transition de TotalEnergies est "un des plus ambitieux des énergéticiens". "Son objectif pour 2025 est d’être à un niveau de capacité de 35 gigawatts sur les ENR, ce qui doit être la moitié des capacités de la France. D’ici 2030, il ambitionne 100 gigawatts, soit de devenir le cinquième producteur mondial d’électricité bas carbone ", a-t-il détaillé.
Stop au greenwashing
Philippe Brassac a toutefois rappelé que plus aucun projet d’extraction de pétrole ou de gaz décidé après les années 2019-2020 n'avait été financé par la banque, le projet de TotalEnergies au Mozambique, et dont Crédit Agricole est l’un des partenaires financiers, ayant été lancé antérieurement. "Si ce projet était lancé aujourd’hui nous n’accepterions pas d’y aller. Nous sommes engagés juridiquement depuis longtemps dans ce projet, nous sommes donc obligés de continuer son financement dès lors que les conditions de sécurité sont réunies", a assuré le directeur général délégué de Crédit Agricole, Xavier Musca.
Cette audition fut en outre l’occasion pour Philippe Brassac d’une mise au point sur les accusations de greenwashing dont le groupe Crédit Agricole fait régulièrement l’objet. "Notre ADN est de nous engager dans les grandes transformations sociétales. Nous sommes le premier financeur privé des actifs productifs des énergies renouvelables. Nous portons dans nos bilans 13,1 milliards d’encours sur ces actifs. C’est devenu supérieur à nos encours sur les actifs productifs en pétrole et gaz, à 10,4 milliards d’euros, un chiffre qui ne cesse d’ailleurs de baisser. De plus, nous avons accompagné 412 projets ENR ces cinq dernières années, dont 65 % en France. Nous sommes enfin le premier investisseur privé en France puisque Crédit Agricole Assurances a déjà investi plus de 5 milliards d’euros sur les énergies renouvelables", a-t-il rappelé.
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