Fonds d'investissements / Supernova Invest / deeptech / Pierre-Emmanuel Struyven
Fonds d'investissements
Supernova Invest / deeptech / Pierre-Emmanuel Struyven
Supernova Invest fait coup double / Un fonds avec Orano et un venture builder au menu pour le spécialiste de la deeptech
Le bilan des cinq ans du Plan Deeptech de Bpifrance a permis de constater que les start-ups créatrices d’innovations de rupture étaient portées par un élan certain. Depuis 2019, les investissements dans la deeptech ont été multipliés par quatre. Et dans un marché du capital-risque en berne, les levées de fonds de ces entreprises ont représenté la moitié des capitaux levés en 2023 dans la French Tech. À titre de comparaison, la proportion s’élevait à 23 % en 2018. Il faut dire que l’enjeu est de taille. En matière de souveraineté ou de réindustrialisation, les start-ups deeptech semblent être en mesure de tirer parti de l’émulation de la recherche française et de la mettre au service de l’économie.
L’écosystème se structure d’ailleurs de plus en plus, notamment à la faveur d’investisseurs spécialisés en la matière et connaisseurs de longue date du sujet. C’est le cas de Supernova Invest, fonds d'investissement 100 % deeptech. Alors que la fin de semaine dernière a été rythmée par la tenue de l’événement dédié au secteur, Hello Tomorrow, la boutique en a profité pour annoncer deux nouvelles de bon augure pour ce dernier.
La première ? Celle du lancement d’un fonds avec Orano, Orano Venture Fund. Il est doté de 50 millions d’euros par le spécialiste du cycle du combustible nucléaire, tandis que la société de gestion en pilotera les opérations. En clair, il visera à soutenir des start-ups françaises et européennes œuvrant dans les domaines de l’économie circulaire et des technologies industrielles avancées, de la phase d’amorçage jusqu’à la série A. "Nous ferons en sorte d’être proches du marché, d’investir dans des entreprises au concept bien établi, qui sont à un stade où elles ont déjà un produit ou une solution", explique le président de Supernova Invest, Pierre-Emmanuel Struyven, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.
Des recherches anticipées
Les tickets varieront entre 500 000 et 2 millions d’euros et le fonds investira dans une vingtaine de start-ups. Il gardera également des réserves en cas de besoin de réinvestissement. Si l’annonce d’investissement n’est pas encore à l’ordre du jour, le président de Supernova Invest l’assure : "Nous avons anticipé la recherche d’opportunités d’investissement, notamment dans les domaines des nouveaux matériaux, de l’ingénierie avancée ou de la conception de systèmes".
Une association entre les deux acteurs plutôt logique, puisqu’Orano fait déjà partie des investisseurs de la société. À celui-ci s’ajoute d’autres poids lourds de l’économie, à l’instar de BioMérieux, EDF ou Bpifrance. Ou même des composantes du CAC 40, puisque Crédit Agricole, Vinci et Michelin figurent aussi parmi les investisseurs de Supernova Invest. Rien de bien étonnant à ce que des industriels soient enclins à l’être, puisqu’ils sont après tout des clients et fournisseurs de ces start-ups. Et que les sorties, dans le secteur, se réalisent souvent au travers de fusions-acquisitions.
Crédit Agricole est quant à lui un sponsor historique de Supernova Invest avec le Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA). Dans le détail, la boutique existe depuis le début des années 2000 et est issue des investissements stratégiques et corporate du CEA. C’est en 2017 qu’elle a pris son indépendance. "Le CEA avait l’intuition qu’il fallait soutenir les entreprises qui utilisent leurs brevets et qui portent leur recherche. L’idée est ensuite venue de créer un fonds ouvert aux tiers afin d’augmenter les fonds disponibles et soutenir les entreprises dans la durée", retrace Pierre-Emmanuel Struyven.
Des verticales spécifiques
Aujourd’hui, Supernova Invest, par ailleurs membre fondateur de France DeepTech, opère sur des scopes d’activité thématiques. Il y a l’énergie et l’environnement (avec par exemple l’agritech et la foodtech, au travers notamment du fonds Agri Food Tech lancé avec Crédit Agricole en fin d’année dernière et qui ne devrait pas tarder à annoncer son premier investissement), les technologies de la santé, l’industrie 4.0, ou encore les technologies numériques. Un vaste champ d’action et une légitimité certaine dans le milieu qui auront aussi entraîné la création d’un venture builder en partenariat avec le CEA et Technofounders, également annoncée la semaine dernière. "La démarche consistera à repérer une idée ou un concept, à construire une équipe ad hoc autour de cela puis à travailler sur une feuille de route afin de voir si le projet est pérenne et pourra être financé par l’écosystème deeptech avant de le faire démarrer", précise le président de Supernova Invest.
De fait, opérer dans le secteur requiert des connaissances particulières en la matière. Et notamment en ce qui concerne l’investissement. C’est d’ailleurs pour cette raison que l’équipe du fonds est composée de collaborateurs ayant le plus souvent une triple expérience financière, technologique ou sectorielle, mais aussi en entreprise. Dans tous les cas, le but reste d’accompagner au maximum les participations sur tous les sujets qui pourraient leur permettre de se développer – qu’ils soient financiers, ou extra-financiers. Dans son portefeuille, Supernova Invest compte des noms bien connus dans la deeptech comme le spécialiste de l’ordinateur quantique Alice & Bob ou celui des protéines naturelles d’insectes Ynsect. Plus récemment, en février, le fonds a aussi participé au tour de table de 85 millions d’euros d’Unseenlabs, une entreprise spécialiste de la surveillance maritime par détection et géolocalisation de radiofréquences depuis l’espace.
Autant d’activités aux enjeux critiques. "La deeptech est un métier complexe qui demande des connaissances pointues", admet Pierre-Emmanuel Struyven, "mais nous le faisons dans le but d’atteindre des objectifs d’impact ambitieux et d’accompagner des pépites françaises et européennes". À date, Supernova Invest gère plus de 750 millions d’euros d'actifs. Et espère atteindre le milliard d’euros lors de sa prochaine génération de fonds.
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