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Les fonds propres d’Atos partent en fumée / Le groupe entre en conciliation, avant la sauvegarde ?
Cela valait la peine d’attendre. Retardée à deux reprises, la publication des résultats annuels d’Atos a débouché mardi sur la plus importante perte de l’histoire du groupe informatique. Après des déficits de 2,96 milliards d’euros et de 1,01 milliard d’euros en 2021 et 2022 respectivement, la note de l’exercice écoulé s’est finalement élevée à 3,4 milliards d’euros.
Les commissaires aux comptes Deloitte et Grant Thornton, qui avaient demandé un délai afin de réaliser un "impairment test" afin de vérifier s’il y avait lieu ou non de déprécier les survaleurs figurant au bilan, ont bien fait de prendre le temps nécessaire. Le nettoyage des survaleurs a débouché sur un peu plus de 2,5 milliards d’euros de dépréciation du goodwill et d’autres actifs non courants. Une dépréciation qui "était attendue" et n’entraîne pas de sortie de liquidités, a tenu à préciser Jacques-François de Prest, le directeur financier d’Atos, lors de la conférence téléphonique de présentation des résultats. Fort heureusement, sachant que le groupe a brûlé plus de 1 milliard d’euros de trésorerie en 2023.
Si le montant de la dépréciation du goodwill avait été en grande partie anticipée, sa description est en tout cas "très succincte", note le cabinet Octo Finances. Le groupe fait état de 1,92 milliard d’euros pour la branche cloud et cybersécurité Eviden et de 328 millions d’euros pour les activités historiques d’infogérance logées dans Tech Foundations, ainsi que d’ "une dépréciation d’actifs reconnus dans le cadre de l’allocation des prix d’acquisition pour 173 millions d’euros".
Dette brute de 4,7 milliards d’euros
Sans effet sur le cash-flow, cette dépréciation massive d’actifs immatériels a pour conséquence majeure de réduire les fonds propres de l’entreprise à néant. De 3,8 milliards d’euros à fin 2022, ceux-ci ne s’élèvent plus qu’à 55 millions d’euros, illustrant la situation financière extrêmement précaire dans laquelle se trouve Atos. Sachant que le groupe affichait à fin décembre une dette financière brute de 4,7 milliards d’euros (après prise en compte de 411 millions d’euros de cessions), avec, rappelons-le, 1,5 milliard d'euros de prêt à terme à échéance début 2025 (sous réserve d’une extension), ainsi que 1,25 milliard d'euros d’emprunts obligataires à échéance fin 2024 et mi-2025.
Ce n’est pas une surprise, compte tenu du récent échec de la vente de sa division cybersécurité et big data (BDS) à Airbus, mais Atos, plus que jamais dos au mur, passe désormais sous le régime de la conciliation pour renégocier son mur de dette qui se rapproche. Ce n’est donc plus en tant que mandataire ad hoc comme depuis le début du mois de février, mais en qualité de conciliatrice qu’Hélène Bourbouloux va continuer d’assister Atos dans ses délicates négociations avec ses créanciers. Ce degré d’assistance et d’encadrement supplémentaire témoignant de l’urgence d’une situation qui présente un risque de plus en plus grand d’évoluer en procédure de sauvegarde. Même si "la conciliation n’aiguille pas directement vers la sauvegarde", a voulu rappeler mardi Jacques-François de Prest.
Le but est maintenant de profiter de ce cadre juridique plus structuré pour parvenir à un accord global sur la restructuration de la dette avec les créanciers bancaires et obligataires dans un délai de quatre mois. Pour ce faire, le groupe compte présenter son plan de son refinancement à ses partenaires financiers au cours de la semaine du 8 avril, en vue d’obtenir un accord d’ici juillet 2024.
Dilution
Quant à la forme que l’accord pourrait prendre, "pas mal de solutions [...] vont se présenter" lors de la phase de négociations, a indiqué Paul Saleh, le directeur général du groupe. Sans exclure les propositions de David Layani, le président et fondateur de Onepoint, le premier actionnaire d’Atos, dont le projet de redressement pour Atos récemment dévoilé n’a cependant pas encore été présenté au conseil d’administration à ce stade. Une certitude, la restructuration financière ne pourra qu’être massive, impliquant la conversion de la dette en capital. Pour la première fois, Atos admet d’ailleurs qu’elle pourrait "inclure l’émission de nouveaux titres de capital, qui entraînera probablement une dilution des actionnaires existants".
Reste la question de la liquidité. Avec une position de trésorerie de 2,4 milliards d’euros, le groupe assure disposer d’assez de trésorerie pour faire face à ses besoins d’ici la conclusion du plan de refinancement. Mais tout en indiquant mener "des discussions avec ses créanciers financiers concernant la mise en place d’un financement intérimaire". Ce qui laisse à penser que "la trésorerie n’est pas si confortable que cela ça d’ici juillet 2024", pointe Octo Finances. L’action Atos chutait mardi de 6,5%, à 1,6 euro, inscrivant de nouveaux plus bas historiques.
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