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Start-up / Greentech / Bpifrance / réindustrialisation

Start-up
Greentech / Bpifrance / réindustrialisation

Les greentech, ou l’opportunité d’avoir le meilleur des deux mondes / Décarboner l'industrie tout en contribuant à sa multiplication

C’est ce qu’il convient de qualifier de financements utiles. Alors que les greentech françaises ont tout particulièrement tiré leur épingle du jeu auprès des investisseurs en 2023, la dernière édition du panorama de Bpifrance dédié à ces entreprises a mis en lumière le double avantage qu’elles proposent : contribuer à la décarbonation de l’industrie tout en participant activement au mouvement de réindustrialisation du pays. Attention, toutefois, à ne pas négliger certains pans du secteur.
(Photo by Mathieu Thomasset / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)
(Photo by Mathieu Thomasset / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP)

L’arbitrage n’est pas sans difficulté. La réindustrialisation de la France a certes été érigée en priorité par le gouvernement. Sur ce point, la dynamique se profile bien : le solde des ouvertures nettes de sites industriels a atteint 201 en 2023, contre 176 en 2022, selon le décompte réalisé par Bercy. Mais cela ne masque, pour autant, pas un problème. Soit celui que l’industrie manufacturière représente 17 % des émissions de gaz à effet de serre françaises (et environ 10 % du Produit intérieur brut). Et ceci alors que la Stratégie Nationale Bas-Carbone (SNBC) a fixé, pour le secteur, un objectif de réduction des émissions carbone de 35 % à l’horizon 2030 et de 81 % en 2050 par rapport à 2015.

 

 

Place à l’innovation

 

 

Des acteurs semblent toutefois apparaître comme un soutien de taille face à cette problématique : les greentech. Au nombre de 2 750 en France à fin 2023, selon la troisième édition du panorama dédié à ce secteur réalisé par Bpifrance, elles se définissent comme des entreprises offrant une solution innovante améliorant l’impact environnemental des entreprises ou des consommateurs finaux, en contribuant de manière significative à (au moins) l’un des objectifs de la taxonomie européenne, explique la banque publique d’investissement.

 

Les bienfaits des greentech sont doubles. D’une part, elles permettent aux industriels de décarboner leurs activités. D’autre part, elles contribuent aussi activement à la réindustrialisation française. Sur le premier point, Bpifrance a réalisé une cartographie, non exhaustive, de ces entreprises facteurs de verdissement pour l'industrie.

 

En ce qui concerne l’approvisionnement et les matériaux, il est par exemple possible de retrouver Woodoo, qui fabrique du bois augmenté comme alternative à l’acier et l'aluminium, ou encore Fairmat, active dans le recyclage des composites en fibres de carbone. Du côté de la production industrielle, il y a notamment Lhyfe, fournisseur d’hydrogène vert et renouvelable. Enfin, s’agissant de la maîtrise des externalités, du recyclage et du traitement des déchets, Revcoo est par exemple à la manœuvre dans l’utilisation du froid pour isoler le CO2 des fumées, tandis que Waga Energy produit du biométhane sur les sites de stockage des déchets.

 

 

Ce n’est pas tout

 

 

Les greentech françaises participent d’autant plus à un cercle vertueux que 18 % d’entre elles sont des créatrices d’innovations de rupture (deeptech) et que 42 % d’entre elles ont des enjeux industriels, relevait Bpifrance à l’occasion de la présentation du bilan de son Plan Climat. Pêle-mêle, l’on retrouve parmi ces dernières Automotive Cells Company (ACC), la co-entreprise de Saft, TotalEnergies, Stellantis et Mercedes, dédiée à la production de batteries électriques. Sur le plan de l’impact environnemental, 90 % des déchets de son usine implantée dans les Hauts-de-France sont recyclés, tandis que la consommation d’eau y est de cinq fois inférieure à celle d'une usine de fabrication de voitures.

 

Il y a Verkor, également, spécialiste des cellules de batteries lithium-ion pour les véhicules électriques. Sa gigafactory dans le Nord de la France devrait être opérationnelle en 2025 tandis qu’une usine pilote a été inaugurée l’année dernière en Isère. Verkor prévoit de recycler 95 % de ses déchets d’ici à 2027. Agronutris, spécialiste de l’élevage et de la transformation d’insectes pour la nutrition animale a quant à elle inauguré une usine dans les Ardennes il y a six mois. Elle est sobre sur le plan énergétique, grâce à une chaufferie biomasse générant une chaleur renouvelable et évitant ainsi l’émission de près de 2 700 tonnes de CO2 par an, explique Bpifrance.

 

Ces entreprises prometteuses sur bien des aspects sont d’ailleurs celles qui attirent le plus les investisseurs. Le rapport annuel d’EY sur les levées de fonds du capital-risque français les plaçait en janvier, pour la première fois, tout en haut du classement sectoriel de 2023. La French Tech compte un grand nombre de greentech en son sein : ce n’est d’ailleurs pas étranger au fait que l’écosystème français tire son épingle du jeu sur le plan des financements, à l’échelle européenne. Ces pépites françaises et vertes, ont en tout cas représenté un tiers des levées de fonds françaises l’année passée, à 2,78 milliards d'euros, en hausse de 9 % sur un an (notamment en raison du fait que plusieurs d’entre elles aient réalisé des tours de table supérieurs à 100 millions d’euros).

 

 

Ne pas oublier les autres

 

 

Rien qu’en 2023, Bpifrance a de son côté déployé près de 3 milliards d’euros en financement à l’innovation des greentech (y compris le volet dirigé de France 2030). D’autant que si ces entreprises sont vertueuses sur le plan environnemental, elles sont aussi créatrices de valeur et représentent un facteur de stimulation pour l'économie française. La banque publique d’investissement compte 39 000 emplois créés au total par les greentech de moins de 12 ans, soit 19 emplois en moyenne par entreprise. Elles génèrent aussi 4,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires en cumulé (dont 813 millions d’euros pour celles de moins de 5 ans).

 

Un point d’amélioration ? Celui d’encourager les innovations et de diriger les financements vers les secteurs de l’eau, de la biodiversité et des nouveaux matériaux. De fait, souligne Bpifrance, la mobilité électrique est le thème qui a le plus souvent été mis en avant de la transition énergétique et environnementale en 2023. En témoignent les grandes levées de fonds qui ont rythmé l’année passée. Le "top 5" compte par exemple Verkor et son tour de table record de 850 millions d'euros ou encore Driveco, qui a levé 250 millions d’euros. Même son de cloche depuis le début de l’année 2024 : c’est Electra (304 millions d’euros levés) qui tient, pour l’instant, le premier rang.

 

Il faut dire que la filière française de la mobilité électrique s’est structurée tout au long de sa chaîne de valeur. Pour le mieux, évidemment. Mais les trois autres thématiques sont tout aussi prioritaires pour avancer sur la transition écologique, rappelle la banque publique d’investissement. Et ne représentent pourtant pour l’instant que 9 % du nombre de greentech et 2,6 % des fonds levés dans le secteur. "Nous sommes convaincus que [les greentech] sont des acteurs clefs de la réindustrialisation verte du pays. Par ailleurs, nous appelons une mobilisation des écosystèmes pour plus d’innovations et d’investissements dans les secteurs de l’eau, la biodiversité et des nouveaux matériaux, pour faire face à la hauteur des enjeux", pointe Paul-François Fournier, directeur exécutif de Bpifrance, en charge de l’innovation.

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