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Bpifrance Le Lab / Bpifrance / industrie / Collaborateurs étrangers / réindustrialisation / industrie verte / Déséquilibres démographiques
En proie à un manque de collaborateurs grandissant, l’industrie cherche des solutions / Former, améliorer la perception des marques ou faire appel à l'immigration professionnelle
La réindustrialisation de la France est peut-être l’un des grands objectifs affichés par les pouvoirs publics mais il reste que pour se développer à nouveau, le secteur se heurte à une difficulté de taille : celle du recrutement. Un problème grandissant, puisque les dirigeants de PME et ETI industrielles interrogés par Bpifrance Le Lab dans le cadre de sa dernière enquête parue ce lundi à ce sujet sont 62 % à déclarer rencontrer des difficultés régulières à recruter.
Plus encore, la situation ne serait pas uniquement liée aux pénuries de main-d’œuvre survenues après la crise sanitaire du Covid-19. En effet, parmi les sondés ayant exprimé subir des entraves au recrutement, 64 % font état de difficultés antérieures à la crise pandémique et les jugent donc comme étant structurelles. Si bien que le nombre d’emplois vacants dans le secteur a quasiment quadruplé depuis 2015 et doublé depuis 2019, souligne une publication de la Dares sortie en décembre 2022.
Mais d’où provient cette inadéquation entre l’offre et la demande ? D’un point de vue économique, cela trouverait tout d’abord son origine - d’après la Dares – dans une pénurie de main-d’œuvre, donc, mais aussi dans un roulement de cette dernière trop importante ou encore d’un manque de correspondance géographique entre les talents requis et les sites de production.
Dos à dos
Autre point soulevé par Bpifrance : le renvoi, dos à dos, des perceptions de ces difficultés entre les jeunes et les dirigeants, "signe du fossé générationnel qui les sépare". En effet, pour 65 % des dirigeants, les freins au recrutement résultent principalement d’un manque de motivation des demandeurs d’emploi (à 65 %), d’une insuffisance des filières de formations industrielles (à 49 %) ou encore d’une perception négative de l’industrie dans l’Hexagone (à 49 % également).
Voilà donc au moins un point sur lequel les deux parties s’accordent, puisque les jeunes interrogés à ce propos par le baromètre Arts et Métiers en mars 2023 relèvent des conditions de travail peu attrayantes dans le secteur (à 60 %) ou pointent l’industrie comme étant une source de pollution (dans la même proportion). Une différence de perception qu’il sera bien sûrement nécessaire d’améliorer, tant les tensions de recrutement ne risquent pas d’aller en s’améliorant.
D’après la prospective à horizon 2030 de la Dares, plus de la moitié des métiers de l’industrie risquerait en effet de se déséquilibrer toujours plus à cet horizon. D’une part, du fait des évolutions démographiques : "Mécaniquement, les métiers dont la pyramide des âges est déséquilibrée et dont l’attractivité pour les jeunes est faible connaîtront des difficultés de recrutement. De plus, à l’échelle du pays, les projections de l’Insee anticipent une baisse de la population active à partir de 2040, qui affectera tous les métiers, au-delà de l’industrie", explique la banque publique d'investissement. D’autre part, la réindustrialisation verte du pays, portée par Bercy, soutiendra de fait la dynamique d’emplois des métiers du secteur.
Alors face à ces problématiques, plusieurs solutions. La formation, le développement de la marque employeur ou encore le recours aux collaborateurs étrangers. Celui-ci reste conditionné à de nombreuses règles lorsqu’il s’agit d’un ressortissant d’un pays tiers à l’Espace économique européen (EEE) ou de pays disposant d’un accord spécifique, comme la Suisse ou Monaco. Le dirigeant devra, notamment, exercer dans un métier comme reconnu en tension par la loi ou encore parvenir à démontrer des difficultés de recrutement à son échelle.
Un recours hétérogène
Au total, un dirigeant sur deux a recruté un collaborateur étranger au cours des cinq dernières années, relève Bpifrance tout en soulignant que la moyenne de 6 % des emplois occupés par des collaborateurs étrangers "masque une hétérogénéité de pratiques quant au recours à la main-d’œuvre étrangère, au sens extensif (les dirigeants recourent-ils à la main-d’œuvre étrangère ou non ?) et intensif (pour ceux qui y recourent, dans quelle proportion le font-ils ?)". Les disparités se remarquant le plus en fonction de la taille de l’entreprise : plus celle-ci est importante et plus la propension à faire appel à des collaborateurs étrangers est élevée.
Et selon l’avis des dirigeants interrogés, le premier frein au recrutement de ces employés relève de difficultés administratives. Par exemple, 30 % des chefs d’entreprise pointent les embûches à déterminer la bonne procédure à suivre. Egalement, pour 29 % d’entre eux, l’absence de visibilité sur le délai d’instruction de l’administration les ralentirait dans le recrutement de collaborateurs étrangers.
Entre manque de main-d’œuvre française et freins à recruter des collaborateurs étrangers, le secteur de l’industrie semble donc embourbé dans de nombreuses difficultés. Quant à la question de l’embauche des travailleurs étrangers, la problématique n’a pas échappé au président du Medef, Geoffroy Roux de Bézieux. Alors que le gouvernement s’apprête à légiférer sur la question de l’immigration (pour la 22ème fois en 20 ans), il a ainsi indiqué dans un entretien accordé à La Tribune souhaiter seulement "des textes clairs qui complètent la circulaire Valls afin de pouvoir embaucher davantage de travailleurs étrangers sans être instrumentalisés […]. Par ailleurs, je rappelle que l’entreprise est un vecteur d’intégration parce que la main-d’œuvre étrangère paie ses cotisations sociales, apprend le français, etc.".
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