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Atos recherche 600 millions d’euros d’argent frais / L’Etat sécurise les activités stratégiques
Le plan de restructuration financière envisagé par Atos est-il à la hauteur de l’enjeu ? Encadrées par la procédure de conciliation ouverte fin mars et conduite sous l’autorité de Maître Hélène Bourbouloux, les négociations entre Atos et ses créanciers financiers ont désormais leur cahier des charges. Selon "les paramètres de son cadre de refinancement" qu’il a dévoilés mardi après les avoir présentés la veille à ses créanciers, le groupe informatique en difficulté chiffre ses besoins de refinancement à 1,2 milliard d’euros sous forme de liquidités.
Sur ce montant, la moitié est particulièrement cruciale puisqu’elle doit servir à financer l’activité sur la période 2024-2025. Le but étant d’obtenir ces premiers 600 millions d’euros de cash sous la forme de dette et/ou de capital auprès de parties prenantes existantes au dossier ou d’investisseurs tiers. Des modalités d’apport "peu explicites ", note le cabinet Oddo BHF, mais qui laissent donc la porte ouverte à toutes les bonnes volontés. Notamment celles de David Layani, le patron de la société Onepoint, qui avait dévoilé il y a quelques semaines son projet de sauvetage consistant à conserver tous les actifs du groupe, auquel s’est joint ce dimanche Walter Butler, ancien haut fonctionnaire passé par la banque américaine Goldman Sachs, et spécialiste du retournement d’entreprises.
Diviser la dette par deux
Ainsi, alors que toutes les propositions de financement incluant de l’argent frais ou "new money" devront être soumises avant le 26 avril dans le cadre de la conciliation, le plan de " David Layani sera pris en considération comme tous les autres ", a indiqué Paul Saleh, le directeur général du groupe, lors d’une conférence téléphonique. De son côté, depuis l’échec de ses négociations pour racheter les activités historiques d’infogérance Tech Foundations, l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky ne s’est plus manifesté, mais son aptitude (démontrée dans le dossier Casino) à intervenir dans les restructurations incite à ne surtout pas l’écarter. "S’il est intéressé, il fera partie des tiers" qui peuvent soumettre leurs propositions d’ici au 26 avril, a d’ailleurs ajouté Paul Saleh, l’objectif restant de parvenir à un accord de refinancement avec les créanciers financiers d’ici juillet 2024.
A côté de cela, les autres 600 millions d’euros de liquidités prévues dans les paramètres seraient constitués de 300 millions d’euros de nouvelles lignes de crédit renouvelables et de 300 millions d’euros de lignes de garanties bancaires additionnelles, que les banques accorderaient pour garantir les grands contrats.
La question de la solvabilité est bien évidemment prise en compte, puisque pour rendre sa dette soutenable, Atos a calculé qu’il fallait la réduire de 2,4 milliards d’euros, soit une division par deux, puis repousser de cinq ans les échéances de la dette résiduelle. Une diminution très forte qui passera nécessairement par de la conversion en capital, forcément dilutive. Il s’agit de faire en sorte de retrouver un profil de notation de crédit "BB" d’ici 2026, jugé adéquat en comparaison de la note à long terme "CCC" à laquelle Standard & Poor’s l’a dégradé en février au vu de sa situation critique. Ce qui suppose de retrouver un levier financier – soit un ratio de dette nette sur excédent brut d’exploitation ou Ebitda – inférieur à 2 fois à cet horizon, en se basant sur la trajectoire de résultats envisagée par l’entreprise.
Consommation de cash
Lors de la publication fin mars de ses résultats 2023, le groupe s’était abstenu de fournir des objectifs pour 2024, invoquant les incertitudes du marché et la vente envisagée d’actifs. A contrario, il a cette fois-ci établi un business plan allant du court au moyen terme. Et si les prévisions à l’horizon 2027 apparaissent clairement ambitieuses avec un chiffre d’affaires visé de 11,4 milliards d’euros, une marge opérationnelle de 10,3 % et un flux de trésorerie disponible après intérêts et impôts de 0,5 milliard d’euros, celles pour l’année en cours invitent à la prudence. Atos s’attend en 2024 à voir son chiffre d’affaires décliner (en organique) de 2 %, avec une marge opérationnelle qui resterait stable à 4,3 %. De plus, le groupe prévoit de brûler 400 millions d’euros de cash cette année. Ce qui consommerait déjà les deux tiers des 600 millions d’euros de "new money" prévus dans le cadre du refinancement.
Un autre point important attire d’ailleurs l’attention. Atos est parvenu à un accord de principe avec un groupe de banques et un groupe de détenteurs d’obligations sur un financement intermédiaire de 400 millions d’euros, ce qui en soi peut constituer une bonne nouvelle. Mais d’une part, le groupe avait précédemment indiqué qu’il disposait de suffisamment de liquidités pour la conduite de ses activités jusqu’à la conclusion d’un plan de refinancement. Et d’autre part, ces 400 millions d’euros comprennent 300 millions d’euros d’affacturage fourni par des banques. Soit un "élément [qui] n’est pas rassurant sur la situation actuelle d’Atos", estiment les analystes d’Octo Finances. Et qui ressemble davantage à un financement d’urgence qu’"au coussin de liquidité supplémentaire" évoqué lors de la publication des comptes 2023.
Des prévisions 2027 trop ambitieuses ?
Si l’activité à court terme de l’entreprise interroge, les prévisions à l’horizon 2027 pêchent peut-être aussi par un excès d’optimisme. Dans son independant business review menée sur Atos, le cabinet de conseil Accuracy, qui a analysé les projections du groupe, "a retenu de son côté des prévisions inférieures à celle de la direction, notamment sur les dernières années du business plan ", notent les analystes d’Invest Securities. Un business plan qui mentionne par ailleurs un peu plus de 200 millions d’euros (158 millions d’euros en 2024 et 50 millions d’euros en 2025) de coûts liés à la scission d'Atos en deux sociétés, alors que celle-ci est censée être achevée. Autant d’éléments au regard desquels la contre-expertise sur laquelle travaille le cabinet Eight Advisory n’en sera que plus utile pour éclairer les créanciers et investisseurs.
Mais quoi qu’il arrive, les intérêts stratégiques de la nation seront dorénavant préservés. Après les paroles (du ministre de l’Economie, puis du Premier ministre), l’Etat vient d’annoncer son premier geste financier. La puissance publique a en effet décidé d’accorder un prêt de 50 millions d’euros à la filiale Bull SAS qui contrôle les activités souveraines, c’est-à-dire les supercalculateurs qui servent en particulier à simuler les essais nucléaires. En échange, l’Etat va bénéficier de l’émission d’une action de préférence qui va lui conférer un droit de regard renforcé sur ces actifs stratégiques. Et il pourrait ne pas s’arrêter là. Ce prêt constitue "une première étape dans la protection des activités stratégiques du groupe" a indiqué Bercy.
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