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Les réponses pragmatiques d’Atos aux sénateurs / Les dirigeants donnent à nouveau des garanties sur les activités sensibles
Les "paramètres" récemment présentés par Atos ont fourni un cadre de refinancement et un plan d’affaires. "Mais ce n’est pas un plan stratégique et encore moins une vision industrielle". Sophie Primas, rapporteure pour la commission des affaires économiques du Sénat, interrogeait mercredi Jean-Pierre Mustier et Paul Saleh, lors d’une double audition avec la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées.
En regrettant que "des logiques financières de court terme aient pris le pas sur des logiques industrielles de long terme", celle-ci mettait ainsi le doigt sur ce qui pourrait être perçu comme une navigation à vue, avec la scission opérée entre les activités historiques d’infogérance, logées dans l’entité Tech Foundations, et les activités liées à la cybersécurité et à la transformation numérique, regroupées dans Eviden, qui ont tour à tour failli être vendues. Et ce alors que le plan de restructuration financière envisagé par Atos part du principe d’une entreprise conservant l’ensemble de son périmètre d’activité, incluant donc Tech Foundations et Eviden.
Mais si Atos a proposé à ses potentiels apporteurs de capitaux un plan avec un groupe uni, le fait est que "ceci n’est plus dans nos mains", a expliqué Jean-Pierre Mustier aux rapporteurs des deux commissions. Effectivement, au stade où il en est vu sa situation financière critique - celui de la conciliation amiable avec ses créanciers financiers - l’objectif se résume désormais à accueillir les différentes propositions des investisseurs intéressés afin d’élaborer "un plan qui soit acceptable par les différentes classes de parties prenantes".
C’est pourquoi aussi d’ailleurs, la méthode qui sera retenue in fine pour effacer la moitié de la dette n’est pas encore connue puisqu’elle va dépendre des propositions qui seront faites. Entre la possibilité qu’un actionnaire apporte une grosse somme qui permettrait de rembourser la dette, ou celle d’un accord auprès de différents investisseurs qui pourraient proposer d’apporter du capital pour rembourser la dette en partie, ou bien de l’effacer en la convertissant en actions, rien n’est défini à ce stade. "Nous ne pouvons pas préjuger de la solution ou du résultat", a souligné Jean-Pierre Mustier.
Souveraineté
Le cas de David Layani a d’ailleurs aussi été évoqué par Thierry Meignen, l’un des deux rapporteurs de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées, sous l’angle de la souveraineté. Comme celui-ci l’a rappelé, pour investir dans Atos, la société Onepoint de David Layani a réalisé une opération de refinancement auprès du fonds américain Carlyle pour un montant de 500 millions d’euros. Et, dans le cas où le projet de Onepoint serait retenu, ses ambitions pourraient nécessiter de lever des fonds ou de chercher des partenaires, "le cas échéant auprès d’acteurs étrangers", a pointé Thierry Meignen.
Une question de souveraineté qui renvoie à l’action de préférence obtenue par l’Etat dans la filiale Bull SA pour sécuriser les activités sensibles du groupe d’informatique en échange d’un financement de 50 millions d’euros. Cette action de préférence demeurera en vigueur "bien au-delà du remboursement du prêt accordé de 50 millions d’euros accordé par l’Etat", a assuré Jean-Pierre Mustier. Celui-ci a même donné "une garantie totale" que, quel que soit la structure de l’actionnariat d’Atos après les restructurations financières à venir, "l’Etat pourra agir et éventuellement utiliser sa capacité à pouvoir actionner son action de préférence et donc son droit de racheter ces activités". Au besoin d’ailleurs en intégrant dans la filiale Bull SA des activités sensibles qui ne sont pas actuellement logées.
Dans l’immédiat en tout cas, ce prêt de l’Etat de 50 millions d’euros, négocié avec le Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI) complète utilement les lignes de financement court terme de 300 millions d’euros accordées par les banques du groupe et les 100 millions d’euros fournis par les investisseurs obligataires, lui permettant de tenir jusqu’à la conclusion d’un accord de refinancement avec ses créanciers.
Des clients rendus frileux
Au-delà, les dirigeants se sont dits "très confiants à moyen terme sur l’avenir du groupe". Il est vrai qu’historiquement, comme l’a rappelé Jean-Pierre Mustier, il n’existe pas en France d’exemple de grand groupe qui n’ait pas trouvé une solution une fois arrivé au stade de la conciliation. Selon le président du conseil d’administration d’Atos, d’une certaine manière, "nous n’avons plus 5 milliards de dettes" mais déjà plus que la moitié puisque cette dette "peut être effacée d’une manière ou d’une autre", a-t-il expliqué.
Il reste que le futur groupe, même remis à flot financièrement, devra aussi tenir la route sur le plan opérationnel. Et, comme l’a fait remarquer le sénateur Jean-Luc Ruelle, parvenir à une marge opérationnelle de 10,3 % en 2027 ainsi que le groupe le prévoit dans son plan d’affaires, en partant de 3,1 % en 2023, ne s’annonce pas aisé. Surtout, a ajouté Jean-Luc Ruelle, pour une entreprise à la marge opérationnelle "totalement aberrante" dans son métier lorsqu’on la compare aux 13 % de Capgemini ou aux 16 % d’Accenture.
Ce à quoi Paul Saleh, le directeur général d’Atos a répondu que le groupe disposait de "tous les atouts pour pouvoir réaliser" ces perspectives. Malgré l’obstacle, pour l’instant en tout cas, d’une plus grande frilosité des clients à confier au groupe des contrats à long terme du fait du manque de visibilité actuel sur sa situation financière. "Je ne veux pas minimiser le travail à réaliser, mais ce n’est pas quelque chose que personne n’a jamais fait auparavant", a-t-il ajouté, se voulant rassurant. Dont acte.
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