WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Macro-économie / Taux / Ben Bernanke / Banque d'Angleterre

Macro-économie / Taux
Ben Bernanke / Banque d'Angleterre

Banque d’Angleterre : Ben Bernanke dévoile ses recettes pour qu’elle améliore ses prévisions / Le prix Nobel d’économie dénonce des modèles obsolètes

Critiquée ces dernières années pour ses prévisions erronées sur l’inflation, la vieille dame de Threadneedle Street avait mandaté l’Américain pour s’améliorer sur la question. L’ex-patron de la Fed vient de remettre les conclusions de son audit.
Ben Bernanke - SAUL LOEB / AFP
Ben Bernanke - SAUL LOEB / AFP

La Banque d’Angleterre (BoE) a bénéficié des conseils d’un économiste de choix pour optimiser ses prévisions. Alors qu’elle a failli à anticiper l’envolée de l’inflation, ce qui l’a, selon certains observateurs, amenée à augmenter ses taux trop tard, la BoE a missionné Ben Bernanke, prix Nobel d’économie 2022 et ancien président de la Réserve fédérale américaine (Fed), au cours de l’été dernier pour identifier les causes de cette déconvenue.

Dans son rapport, l’Américain note que la vieille dame de Threadneedle Street est loin d’avoir été le pire élève parmi les Banques centrales des pays avancés (l’échantillon analysé en comprend six) en matière de projections d’inflation. Pour ce qui est de la prévision à un trimestre, la BoE s’est montrée plus précise que la Banque centrale européenne, la Banque de Suède, la Banque de Norvège et la Banque centrale de Nouvelle-Zélande (sur la période allant du deuxième trimestre 2021 au troisième trimestre 2023). Elle a en revanche réalisé une moins bonne performance que celle du consensus des économistes.

"Les présentations du personnel sur les prévisions et les questions connexes que j’ai vues étaient très professionnelles, et les membres du personnel étaient attentifs aux questions et aux commentaires des membres du Comité de politique monétaire", indique Ben Bernanke, qui ajoute toutefois que son évaluation de l’infrastructure de prévision - les logiciels et les modèles utilisés pour produire les prévisions - est beaucoup moins favorable.

"Certains logiciels clés utilisés pour préparer les prévisions sont obsolètes et ne disposent pas de fonctionnalités importantes. En outre, bon nombre des modèles économiques et statistiques sur lesquels reposent les prévisions ne sont pas correctement entretenus (mis à jour, testés sous contrainte, réestimés périodiquement). Les modèles ne sont pas non plus bien intégrés les uns aux autres, par exemple, les résultats des modèles ne sont pas toujours transmis automatiquement là où ils sont nécessaires à l’élaboration des prévisions, mais doivent souvent être transférés manuellement, ce qui est un processus laborieux et inefficace", lit-on dans le rapport.

En outre, "l’incorporation des jugements du personnel et du comité de politique monétaire dans les prévisions est également complexe d’un point de vue opérationnel", juge Ben Bernanke qui estime que "les solutions de fortune apportées à ces problèmes et à d’autres problèmes opérationnels au fil des ans ont abouti à un système lourd et rigide qui limite la capacité du personnel à entreprendre des analyses potentiellement utiles, y compris (par exemple) la production de scénarios de prévision supplémentaires, l’utilisation d’informations tirées des erreurs de prévision pour améliorer les spécifications du modèle, ou l’examen de cadres de modélisation alternatifs ou supplémentaires". Aussi, parmi ses recommandations, le banquier central souligne que la modernisation des logiciels permettant de gérer et de manipuler les données doit être poursuivie en priorité et aussi rapidement que possible.

Sur la prévision en tant que telle, Ben Bernanke avance que dans sa fabrication actuelle, elle semble parfois souffrir d’un incrémentalisme excessif, "c’est-à-dire d’une tendance à n’apporter que de petits changements séquentiels aux prévisions ou aux modèles sous-jacents". A ce titre, Ben Bernanke plaide pour que les économistes de la BoE mettent en évidence les erreurs de prévision significatives et leurs sources, en particulier les erreurs qui ne sont pas dues à des chocs imprévus. "Les modèles et leurs composantes qui peuvent avoir contribué aux erreurs de prévision doivent être régulièrement évalués et discutés, ainsi que les déterminants des variables dont les prévisions sont systématiquement dominées par des jugements extra-modèles", avance le rapport.

"Le personnel devrait régulièrement rencontrer les membres du Comité de politique monétaire pour déterminer si un changement structurel, une mauvaise spécification des modèles ou des jugements erronés justifient des changements discrets dans les hypothèses clés ou les approches de modélisation utilisées dans les prévisions. La volonté de modifier les cadres existants et de prendre en compte de nouvelles données ou autres informations est particulièrement importante en période de forte incertitude", rappelle Ben Bernanke, qui conseille à l’institution de Londres d’entreprendre un examen approfondi et une mise à jour de son cadre de prévision, notamment en remplaçant ou, au minimum, en réorganisant en profondeur "COMPASS" (modèle conçu par la BoE).

Selon le grand argentier, un cadre de prévision remanié devrait inclure, notamment, des représentations riches et institutionnellement réalistes du mécanisme de transmission monétaire, une modélisation empirique des anticipations d’inflation, avec une distinction entre les anticipations à court et long termes, des modèles de détermination des salaires et des prix qui permettent un ajustement progressif et un lien de causalité des prix aux salaires ainsi que des salaires aux prix, des modèles détaillés du secteur financier, du secteur du logement, du secteur de l’énergie et d’autres composantes clés de l’économie britannique et porter une plus grande attention aux évolutions de la productivité, l’offre de main-d’œuvre ou encore à l’efficacité de l’adéquation emploi-travailleur (ce sont des facteurs importants du côté de l’offre qui influencent l’inflation).

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article