Macro-économie / Taux / Olivier Blanchard / Ben Bernanke / Inflation / Covid
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Olivier Blanchard / Ben Bernanke / Inflation / Covid
Le mystère de l’inflation post-Covid commence à être percé /
Olivier Blanchard continue à mener l’enquête
Point question de changement de l’objectif d’inflation de la Banque centrale européenne cette fois. Olivier Blanchard, ancien chef économiste du Fonds monétaire international, a pris la parole ces derniers jours pour revenir sur les travaux qu’il mène en collaboration avec Ben Bernanke, ancien président de la Réserve fédérale. Ceux-ci ont pour objet les causes de l’inflation mondiale postpandémique et il ne fait aucun doute pour eux qu’elle est due "principalement à des ruptures d’approvisionnement et à de fortes augmentations des prix des denrées alimentaires et de l’énergie".
Néanmoins ces chocs initiaux ont vite été atténués puis enrayés et ce "en partie en raison de la crédibilité des objectifs d’inflation des banques centrale". Une différence majeure par rapport aux années soixante-dix. Le scénario d’une inflation salariale hors de contrôle ayant pu être évité grâce à des Banquiers centraux davantage écoutés et entendus par le marché qu’ils ne l’étaient à l’époque.
Le Français note également qu’il "se pourrait bien qu’une partie de la hausse des prix des matières premières soit due à une demande mondiale plus élevée, déclenchée en partie par une politique monétaire et budgétaire défavorable, en particulier, mais pas seulement, la politique budgétaire américaine".
Relais
Notamment l’ancien chef économiste juge indéniable qu’à "mesure que les effets des chocs d’offre se sont atténués, les tensions sur les marchés du travail et les hausses des salaires nominaux qui en résultent sont devenues des sources d’inflation relativement plus importantes dans de nombreux pays ". Faire revenir l’inflation dans son lit pourrait alors signifier pour les États-Unis, comme d’autres pays, qu’il faudra passer par une période chômage plus élevé que de coutume.
Le marché du travail devient crucial à ses yeux étant donné qu’avec les effets des chocs d’offre qui se sont atténués, il s’avère que "le resserrement des marchés du travail et les hausses des salaires nominaux qui en résultent sont devenus des sources relativement plus importantes de l’inflation restante dans de nombreux pays".
America
Les travaux des deux économistes tendent à montrer qu’aux États-Unis, " où la courbe de Beveridge semble se rapprocher de sa position prépandémique, les coûts du chômage du dernier kilomètre pourraient être limités". Pour rappel, cette courbe vise à expliquer la relation inverse qu’il existe entre le nombre d’emplois vacants et le taux de chômage, lorsque le taux de chômage est faible il s’avère que les emplois vacants sont particulièrement nombreux et inversement. Ces derniers mois, l’indicateur avancé constitué par le nombre d’emplois temporaires qu’exercent les Américains a décru et pourrait corroborer cette thèse.
Les deux auteurs notent néanmoins que l’ensemble des mystères liés à la fin de la pandémie n’ont pas encore été résolus, il s’avère ainsi que " les États-Unis sont sortis de la pandémie avec une croissance de la productivité supérieure à celle de la période prépandémique, alors que la croissance de la productivité est restée faible dans une grande partie de l’Europe". Une situation qui pourrait pénaliser particulièrement l’Europe selon eux et dans le cas où elle perdure s’avérera "un déterminant clé des coûts du dernier kilomètre à parcourir pour revenir aux objectifs d’inflation".
Une autre hypothèse qu’invite à explorer la publication est à chercher du côté de la politique budgétaire, notamment dans le scénario alternatif où " la politique budgétaire avait été moins généreuse dans différents pays (notamment aux États-Unis), les prix mondiaux de l’énergie et des denrées alimentaires auraient-ils été sensiblement plus bas et les pénuries moins graves ?".
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