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Crise sanitaire : 165 milliards d'euros en moins pour l'Hexagone
La France entame aujourd'hui sa huitième semaine de déconfinement, qui s'est jusqu'à présent bien déroulé, grâce à une stratégie des pouvoirs publics très prudente et progressive, qui a permis à l'épidémie d'être contenue et d'éviter tout redémarrage du virus. Du point de vue économique, la vie reprend progressivement son cours, et les équipes de l'OFCE ont donc publié un nouveau point d'étape, afin de dresser le bilan des seize semaines de confinement puis de sortie de crise.
Principales étapes du déconfinement, depuis le 11 mai et la possibilité pour les Français de se déplacer dans une limite de 100 kilomètres de leur lieu de vie, celle du 2 juin avec la réouverture des restaurants dans les zones classées vertes, puis le passage de toute la France en zone verte le 15 juin ainsi que la réouverture des frontières à l'intérieur de l'espace Schengen et enfin la réouverture de toutes les écoles et collèges le 22 juin. Des décisions qui ont permis un retour à la normale des comportements, comme le suggèrent les données sur la mobilité en voiture des Français (+23% au 21 juin par rapport au 13 janvier), même si le rattrapage n'est pas encore visible en ce qui concerne la mobilité à pied, beaucoup de citoyens pratiquant encore le télétravail.
Étant donné le caractère progressif de la levée des interdictions, les économistes de l'OFCE ont réalisé leur évaluation en divisant le déconfinement en deux sous-période, du 11 mai au 1er juin et du 2 juin au 5 juillet : selon eux, le PIB devrait rester inférieur de 14% par rapport à son niveau d'avant Covid 19 au cours de la première période, et de 8% pendant la seconde, à condition que la demande progresse. La consommation, principal contributeur au PIB français devrait en effet demeurer inférieure de 12 % à son niveau d'avant Covid du 11 mai au 1er juin, notamment en raison de la faiblesse historique de la demande en hébergement-restauration et du très lent redémarrage des achats de véhicules. Au cours de la seconde période, la consommation resterait de 5% inférieure à son niveau pré-pandémie, et se normaliser progressivement du fait de la nette amélioration de la consommation en restauration hébergement. Enfin, pendant les deux périodes, l'investissement devrait rester bien en dessous des niveaux qui prévalaient en début d'année, avec une baisse de 59 % en moyenne pendant le confinement, puis de 26 % et 9 % pendant les deux phases du déconfinement.
En termes sectoriels, les secteurs ayant subi la plus forte détérioration de leur valeur ajoutée lors de la première période de déconfinement sont sans surprise l'hébergement et la restauration (-40 % de valeur ajoutée), suivi de la cokéfaction et du raffinage (-24 %) puis du transport et entreposage (-23 %). Ce sont les mêmes qui ont été le plus affectés pendant la seconde période, mais dans des proportions moins importantes.
Quel a été l'impact économique de cette épidémie sur les différents agents institutionnels ? Selon les calculs de l'OFCE, la perte globale de PIB français devrait être de 22% pendant les 16 semaines du 17 mars au 5 juillet dont 32% pendant le confinement (122 milliards) et 22 % les huit semaines suivantes (43 milliards). Cette baisse serait supportée à hauteur de 58 % par les administrations publiques (96 milliards) et à hauteur de 33 % par les entreprises (54 milliards). Les ménages eux, verraient leur revenu se réduire de 14 milliards (soit une baisse de 3,2 % de leur revenu sur la période, soit près de 500 euros par ménage en moyenne). Mais les ménages ayant dans le même temps très peu consommé du fait du confinement, ils auraient accumulé au 5 juillet une "épargne forcée" de 75 milliards d'euros. Ainsi, en l'espace de seize semaines, le taux d'épargne des ménages aurait augmenté de 5,6 points de revenu disponible brut. Comme par ailleurs le confinement a quasiment totalement gelé le marché immobilier et plombé l'investissement des ménages sur la période, leur capacité de financement se serait améliorée de 4,2 points de PIB sur 16 semaines.
Quid des entreprises ? Les estimations de l'OFCE ne sont pas réjouissantes. Selon l'organisation, la perte d'EBE des sociétés de l'Hexagone serait de 62 milliards d'euros (-15% sur l'année) et celle de valeur ajoutée de 104 milliards d'euros (-8% sur 2020), conduisant à une réduction de leur taux de marge de 2,5 points de valeur ajoutée sur l'année. Malgré la baisse de leur investissement de 33% sur les 16 semaines, leurs besoins de financement augmenteraient de 0,9 point de PIB, soit d'environ 20 milliards d'euros. Ce qui augmentera le risque de faillites. Par ailleurs, les nombreuses mesures de report de paiement d'impôt sur les sociétés et de cotisations sociales patronales n'auront pas d'impact sur les comptes des sociétés qui devront in fine les payer, mais plus tardivement. Et une annulation même partielle de cette dette fiscale et sociale pour certaines entreprises conduirait à déplacer le choc économique des entreprises vers les administrations publiques.
Seule l'épargne forcée non consommée pourrait finalement représenter un potentiel d'activité et de recettes fiscales. Ainsi, dans le scénario peu probable où les ménages dépensaient totalement leur épargne accumulée pendant les 16 semaines, les pertes d'activité seraient réduites de près de moitié, ramenant l'impact annuel à 4,4 points de PIB au lieu de 6,6 points. Mais, en se fondant sur l'enquête Budget des Familles de l'Insee, il est plausible qu'une part importante des 75 milliards d'euros cumulés ne puisse être consommée, du moins à court terme, du fait de contraintes fortes dans le secteur hôtellerie-restauration, où 20% des ménages ont déclaré vouloir consommer plus que d'habitude.
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