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Y a-t-il encore un pilote dans Atos ? / Flou artistique
Le dossier Atos est décidément un long chemin de croix. Et jamais l’expression naviguer à vue n’aura paru si appropriée pour décrire le pilotage de l’entreprise, qui a lancé jeudi un énième avertissement. Aussi incroyable que cela puisse paraître, les paramètres du refinancement d’Atos et son plan d’affaires pour la période 2024-2027 sont devenus caduques moins de trois semaines après leur présentation. La conséquence d’un premier trimestre aux chiffres assez désastreux dont on pourrait imaginer (espérer ?) pourtant qu’ils n’étaient pas totalement inconnus 16 jours auparavant.
Or l’écart entre les projections à peine élaborées et la réalité est saisissant. La marge opérationnelle d’Atos est tombée à seulement 1,9% sur les trois premiers mois de l’année, contre 3,3% à la même période de 2023, invalidant d’ores et déjà l’objectif que le groupe venait juste de se fixer de la faire remonter à 4,3% cette année. Nulle distinction d’ailleurs, étonnamment, entre la branche cloud et cybersécurité Eviden, censée être la "pépite" du groupe, et l’activité historique d’infogérance logée dans Tech Foundations, aux rentabilités quasi identiques (marge de 1,9% pour l’une et de 2% pour l’autre). D'autant qu'Eviden a également subi un recul plus fort de son activité (-3,9%) sur la période comparé à Tech Foundations (-1,5%), de quoi ajouter des interrogations sur le bien fondé de la stratégie de scission entre les deux.
Inquiétante également, la baisse du ratio de prises de commandes, passé de 73% au premier trimestre 2023 à 64% au premier trimestre 2024, dont seulement 47% pour Tech Foundations, le groupe évoquant le "report dans l’attribution de contrats" par des clients qui attendent que soit bouclé le plan de refinancement du groupe. Ce qui se conçoit, vu l’incapacité de la société à résoudre par elle-même ses difficultés, qui l'a conduite à se placer sous le régime de la conciliation pour renégocier son mur de dette. Sur les prises de commandes annoncées de 1,6 milliard d’euros, il n’est d’ailleurs pas précisé si elles sont toutes fermes ou si certaines sont conditionnées à la levée de la note "CCC-" à laquelle S&P Global Ratings a récemment dégradé Atos.
Recalibrage
Obsolète lui aussi, le plan de refinancement va nécessiter un important recalibrage. La réduction de dette sera bien plus importante que les 2,4 milliards d’euros de "write-off" annoncés le 9 avril. Car après une chute de 1,4 milliard d’euros de la trésorerie du groupe en trois mois (près des tiers de l’objectif annuel), l’endettement net a grimpé à 3,9 milliards d’euros à fin mars, par rapport à 2,3 milliards d’euros à la fin de l’année dernière. De même, l’injection de cash devra être supérieure aux 600 millions prévus. Paul Saleh, le directeur général d'Atos, n'a pas précisé de combien seraient ces besoins supplémentaires, renvoyant lors d'une conférence téléphonique à une communication au marché "dans les prochains jours".
Tandis que les comptes de l’entreprises semblent partir à vau-l'eau dans ce flou artistique du management, les investisseurs ont désormais jusqu’au 3 mai (au lieu du 26 avril) pour intégrer ces nouvelles informations et soumettre leurs propositions de nouveaux fonds, Atos souhaitant toujours parvenir à un accord global de refinancement d'ici à juillet. Nul doute que les dernières nouvelles n’ont pas enchanté les investisseurs travaillant sur le dossier. Qu’il s’agisse de David Layani et Walter Butler, conseillés par Lazard et White & Case (pour le restructuring), du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, conseillé par Weil Gotshal & Manges, et des hedge funds détenteurs d’obligations, conseillés par Messier Partners et la boutique Ceres Partners.
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