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Atos : l’État se résout à acquérir les activités sensibles / Le groupe revoit en hausse ses besoins d’argent frais

L’État va préempter les activités sensibles d’Atos touchant à la souveraineté du pays en matière de défense. Une offre susceptible de changer la donne pour les potentiels repreneurs, sans fondamentalement changer l’équation financière en matière de besoin urgent de liquidités à très court terme. Le groupe a désormais besoin de 1,1 milliard d’euros pour financer son activité en 2024-2025.
L'Etat a fait une offre pour reprendre les activités souveraines d'Atos - Photo by Laetitia Notarianni / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP
L'Etat a fait une offre pour reprendre les activités souveraines d'Atos - Photo by Laetitia Notarianni / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Agir plutôt que réagir. Sans attendre la date butoir du 3 mai fixée par Atos à ses créanciers pour soumettre leurs propositions de refinancement, la puissance publique est passée à l’action. Sur décision du ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, le gouvernement français, par l’entremise de l’Agence des participations de l’État (APE) a envoyé une lettre d’intention non engageante au groupe Atos en vue d’acquérir ses activités souveraines. "Nous prenons l’initiative car c’est le rôle de l’État de défendre les intérêts stratégiques d’Atos et d’éviter que des technologies qui sont sensibles, qui sont décisives en matière de supercalculateurs ou en matière de défense, puissent à n’importe quel moment, dépendre d’intérêts étrangers", a expliqué dimanche le ministre sur LCI.

Il est vrai qu’Atos ne s’appartient déjà plus, et nul ne sait à ce stade qui de l’entrepreneur français David Layani (qui avait négocié en octobre un financement obligataire de 500 millions d’euros avec le fonds américain Carlyle), du milliardaire tchèque Daniel Kretinsky, ou des créanciers obligataires (fonds spéculatifs ou acteurs institutionnels), possédera l’entreprise une fois que sa restructuration financière aura eu lieu. Une chose est sûre, il est acquis désormais qu’elle ne restera pas en un seul morceau, contrairement au souhait de David Layani de préserver l’intégrité des actifs pour bâtir un "New One Atos".

 

L’État paiera jusqu’à 1 milliard d’euros

 

Bercy avait d’ailleurs prévenu : le prêt de 50 millions d’euros accordé par l’État à la filiale Bull SAS contrôlant les activités sensibles souveraines d’Atos "constitue une première étape dans la protection des activités stratégiques" du groupe. Ce prêt était assorti d’une action préférentielle sur ces activités sensibles afin d’éviter qu’un actionnaire étranger puisse en prendre le contrôle.

Cela étant, il n’est pas dit que le nouveau périmètre convienne à tous les repreneurs potentiels, puisqu’il s’agira d’injecter des fonds dans un groupe dont les activités d’Advanced Computing, de MissionCritical Systems et de Cybersecurity Products auront été exfiltrées. Détourage visant donc à les empêcher de mettre la main sur les supercalculateurs indispensables à la dissuasion nucléaire, le système d’information et de combat Scorpion de l’armée de terre, les systèmes de communication du Rafale, et les activités cyber stratégiques. Soit environ 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires et l’équivalent des deux tiers de l’activité BDS (Big Data & Security), celle-là même que le groupe a échoué à vendre à Airbus.

À côté de l’enjeu de souveraineté, le prix est une donnée éminemment importante dans l’équation à résoudre pour remettre le groupe à flot. Comprise dans une fourchette indicative de 700 millions d’euros à 1 milliard d’euros en valeur d’entreprise, l’offre de l’État "nous semble assez généreuse, représentant 50 % de la valeur d’entreprise de BDS négociée avec Airbus, alors que ces activités représentent moins de la moitié du résultat opérationnel selon nos estimations", observe le cabinet Oddo BHF. Une manne bienvenue dans l’absolu mais qui n’enlève rien à l’urgence de combler le besoin de liquidité du groupe compte tenu du délai nécessaire au bouclage d’une telle opération, sachant qu’Atos a 500 millions d’euros d’obligations convertibles arrivant à échéance dès novembre prochain.

 

Des besoins de financement plus réalistes

 

Comme promis quelques jours plus tôt, Atos a d’ailleurs réévalué ses besoins au regard d’une activité se portant beaucoup moins bien que prévu en ce début d’année. Ce n’est donc plus de 600 millions d’euros d’argent frais qu’Atos a besoin mais de quasiment le double : 1,1 milliard d’euros de liquidités sont nécessaires pour financer l’activité sur la période 2024- 2025, à fournir sous la forme de dette et/ou de capital par des parties prenantes existantes ou des investisseurs tiers. Pour être viable, sa dette brute devrait être réduite non pas de moitié (2,4 milliards d’euros), mais des deux tiers, soit 3,2 milliards d’euros.

De nouveaux besoins de financement "beaucoup plus cohérents avec la réalité", note Oddo BHF, devant permettre au groupe de retrouver un profil de notation "BB" d’ici 2026. En contrepartie, les actionnaires existants se retrouveront mécaniquement beaucoup plus dilués.

Ces nouveaux paramètres s’appuient sur un plan d’affaires révisé à la baisse, la situation inextricable dans laquelle s’est mise l’entreprise ne l’aidant pas à remporter des contrats. Désormais, Atos prévoit pour 2024 une baisse organique de son activité de 3,3 %, au lieu de 2 %, avec une marge opérationnelle de 2,9 %, contre 4,3 % estimé auparavant. À l’horizon 2027, l’ambition est d’atteindre 11 milliards d’euros de chiffre d’affaires, contre 11,4 milliards d’euros communiqués précédemment, pour une marge opérationnelle de 9,9 % du chiffre d’affaires (contre 10,3 %).

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