Macro-économie / Taux / Fonds monétaire international / commerce mondial
Macro-économie / Taux
Fonds monétaire international / commerce mondial
Il y aurait des signes de fragmentation du commerce mondial / Les comparaisons avec la guerre froide n’auraient rien d’exagérées
La fragmentation géo-économique commencerait à prendre forme. Il y aurait des indices que l’on assisterait à la naissance de ce que des chercheurs définissent comme le recul de l’intégration économique mondial lié à des considérations stratégiques. A l’occasion d’une conférence donnée à l’institut de recherche en politique économique de l’université de Stanford, Gita Gopinath, directrice générale adjointe du Fonds monétaire international (FMI), a fait le point sur l’état du commerce planétaire alors que nombre de décideurs n’ont de cesse d’alerter sur la fragmentation de ce dernier.
Et pour cause, les restrictions au commerce entre pays ont plus que triplé depuis 2019 tandis que les sanctions financières se sont également étendues. Pour ce qui est des tensions géopolitiques, des indicateurs montrent qu’elles évoluent à un niveau élevé. Pour autant, "malgré ces tendances, il n’y a pas encore de signes clairs de démondialisation au niveau global. Depuis la crise financière mondiale, qui a marqué la fin de l’hyper-mondialisation des années 1990 et du début des années 2000, le ratio du commerce des biens par rapport au PIB est resté à peu près stable, fluctuant entre 41 et 48 % ", a expliqué Gita Gopinath.
Le diable est dans les détails. "La part de la Chine dans les importations américaines a diminué de 8 points de pourcentage entre 2017 et 2023 à la suite d’une recrudescence des tensions commerciales. Au cours de la même période, la part des États-Unis dans les exportations chinoises a diminué d’environ 4 points de pourcentage", a indiqué l’économiste. Plus largement, le FMI s’est intéressé à trois blocs de pays : les pays qui penchent pour les États-Unis, ceux qui ont des accointances avec la Chine et enfin un bloc de pays non alignés. Les données montrent que la croissance des échanges entre les pays favorables aux États-Unis et les pays favorables à la Chine entre le deuxième trimestre 2022 et le troisième trimestre 2023 a été inférieure de près de 5 points à celle entre le premier trimestre 2017 et le premier trimestre 2022.
"Dans le même temps, la croissance du commerce au sein des blocs n’a connu qu’une baisse de 2 points de pourcentage", a pointé Gita Gopinath. En outre, au cours de la période qui a suivi l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le commerce et les investissements directs étrangers entre les blocs ont diminué respectivement d’environ 12 et 20 % de plus que les flux à l’intérieur des blocs.
La comparaison historique avec la guerre froide n’incite pas à l’optimisme. "Jusqu’à présent, la fragmentation actuelle n’est pas très différente de celle des premières années de la guerre froide", a fait valoir Gita Gopinath (l’année 1947 est prise comme début de la guerre froide). Elle a toutefois noté que comparée au "déficit commercial" moyen entre les blocs pendant toute la période de la guerre froide, la fragmentation est jusqu’à présent d’un ordre de grandeur inférieur.
Reste que, la fragmentation des échanges serait beaucoup plus coûteuse aujourd’hui. Au début de la guerre froide, le rapport entre le commerce de marchandises et le PIB était trois fois inférieur à ce qu’il est à date.
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