WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Evenements / TotalEnergies / François Hollande / Commission d'enquête / Sénat

Evenements
TotalEnergies / François Hollande / Commission d'enquête / Sénat

Commission d’enquête TotalEnergies : François Hollande douche les espoirs de Yannick Jadot / Les liens de connivence entre l’État français et la compagnie n'existent pas

Invité à s’exprimer sur les liens entre l’entreprise présidée par Christophe de Margerie puis par Patrick Pouyanné et l’État, durant son mandat à la présidence de la République, François Hollande a expliqué au rapporteur de la commission d’enquête sénatoriale que TotalEnergies n’avait pas besoin d’une intervention diplomatique de la France pour se développer à l’international, rejetant par la même occasion toute idée de contrainte "verte" par nationalisation. De même que si l’Europe importait encore du gaz naturel liquéfié d’origine russe depuis le début de la guerre en Ukraine, ce n’était pas parce que la compagnie l’imposait, mais bien parce que certains États membres le désiraient.
François Hollande, ancien président de la République (Photo by THOMAS SAMSON / AFP)
François Hollande, ancien président de la République (Photo by THOMAS SAMSON / AFP)

La commission d’enquête sénatoriale sur les obligations de TotalEnergies est décidément sans fin. Après près de six mois d’auditions, à entendre les partenaires commerciaux et bancaires de la compagnie, plusieurs membres de sa direction jusqu’au président-directeur général, Patrick Pouyanné lui-même, et des anciens membres du gouvernement, les sénateurs avaient "invité" l’ancien président de la République, François Hollande (un ancien chef de l’État n’est jamais "convoqué" par une commission parlementaire) à s’exprimer sur les liens potentiels du groupe avec l’État.

 

Un soutien de l’État français inutile pour se développer à l’international

 

Et une fois de plus, le rapporteur, Yannick Jadot, fut déçu. "TotalEnergies ne m’a jamais sollicité pour des opérations à l’étranger ", lui a répondu François Hollande qui est revenu, en toute transparence, sur ses relations avec Christophe de Margerie d’abord, puis avec Patrick Pouyanné, durant son mandat présidentiel. " Je connaissais Christophe de Margerie avant d’entrer à l’Élysée parce qu’il faisait partie d’un environnement qui m’était proche. Malgré ces relations, il ne m’a jamais sollicité […]. J’ai emmené une fois Patrick Pouyanné dans un déplacement en Angola. Est-ce qu’il m’a demandé d’utiliser le réseau diplomatique pour un accord avec quelque pays que ce soit ? La réponse est non. Sous mon autorité, l’État n’a jamais participé à une démocratie qui faisait que TotalEnergies, si l’entreprise en avait eu besoin, devait être appuyée pour obtenir telle ou telle exploration ", a-t-il insisté, ajoutant qu’en Ouganda, "soit après ma présidence, Bruno Le Maire, ministre de l’Économie et des Finances, n’a pas donné l’impression d’avoir joué un rôle non plus".

Selon l’ancien chef de l’État, la seule fois où il est intervenu était lors des évènements au Yémen, qui présentaient des risques sérieux pour l’entreprise sur place. "C’est le rôle de l’État de dire qu’une entreprise ne peut pas exposer des travailleurs français à un risque sécuritaire", a-t-il indiqué.

Et pour François Hollande, la raison de cette indépendance de la part de la compagnie est toute simple. "Les grandes compagnies pétrolières se sont émancipées des États, contrairement à ce qui pouvait se passer dans les années 1960, 1970, 1980, où l’imbrication pouvait être réelle avec un État qui voulait garder des positions héritées d’un passé colonial", a-t-il fait remarquer.

 

Une réputation française qui protège

 

Réagissant aux actuelles réflexions du groupe sur une possible double cotation à New York, l’ancien président de la République ne s’est pas montré surpris. "Nous raisonnons comme si TotalEnergies était une entreprise française – j’espère que son président pense que c’est encore la France - mais la vérité nous oblige à dire que quand une entreprise a 40-45 % de son actionnariat américain, qu’il y a à peine 20-25 % d’actionnaires français, même si le groupe de salariés compte, c’est que cette entreprise est de taille mondiale. La double cotation paraît intéressante pour une entreprise qui cherche à lever des capitaux et les valoriser au mieux", a-t-il constaté, estimant pour autant que "l’intérêt de TotalEnergies était de rester en France. Pour beaucoup de pays, c’est encore la France, l’entreprise est liée à un pays qui a un certain nombre de règles et de considérations".

Par ailleurs, interrogé par le rapporteur sur les possibilités de l’État de convaincre TotalEnergies de s’engager davantage vers les énergies bas carbone, François Hollande a rejeté toute idée de nationalisation. "Je crois que personne ne peut aller dans cette direction parce que financièrement, l’État n’est pas en capacité de le faire", plaidant au contraire pour un dialogue avec l’entreprise sur les enjeux climatiques… et encore. "Il y a aussi une réalité à prendre en considération : les groupes pétroliers investissent maintenant beaucoup d’argent, bien sûr encore dans l’exploration pétrolière, mais leur enjeu est aussi d’aller le plus vite possible sur toutes les autres énergies y compris dans le renouvelable ", a-t-il reconnu.

 

L’Europe ne veut pas de sanction sur le GNL russe

 

Enfin, s’agissant du gaz naturel liquéfié (GNL) russe qui continue à être importé vers l’Europe, François Hollande a refusé d’attribuer toute responsabilité à TotalEnergies. "Au moment de la première guerre d’Ukraine en 2014 s’est posée la question de savoir s’il était nécessaire d’avoir des sanctions européennes sur la livraison de gaz que des entreprises, notamment TotalEnergies, assuraient pour l’Europe et la France. À l’époque, nos partenaires européens n’ont pas souhaité qu’il y ait de sanction ", poursuivant, "depuis la deuxième guerre d’Ukraine, les livraisons de gaz sous gazoducs ont été certes placées sous sanction mais il y a toujours du GNL qui sort de Russie et qui va dans les ports européens et en particulier français. Ce sont les États qui ne sont pas au niveau requis. La sanction est un arbitrage politique. Ne laissons pas croire à l’opinion que ce sont les entreprises qui bloquent les États, car une entreprise sait s’adapter à la contrainte. Je vous rappelle que ce type de décisions européennes se prennent à l’unanimité. Or, il y a des pays qui ne veulent pas aujourd’hui prendre de telles sanctions", a-t-il rappelé.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article