Banques / Bpifrance / accompagnement / Nicolas Dufourcq / Guillaume Mortelier
Banques
Bpifrance / accompagnement / Nicolas Dufourcq / Guillaume Mortelier
Pourquoi Bpifrance met l’accompagnement des PME à l’honneur / Du conseil, de la formation et de la mise en réseau pour changer d'échelle
Se faire conseiller sur sa stratégie, accéder à de nouvelles compétences et se créer un réseau est indéniablement une manière, pour les chefs d’entreprise, de faire fleurir leurs affaires. Croissance, transformation écologique et environnementale, intelligence artificielle, export… les défis sont nombreux, ce qui nécessite bien souvent d’être accompagné sur certains sujets. Il y a pourtant une population moins adepte de cette méthode éprouvée : les PME. Et non des moindres, au regard de la place qu’elles occupent au sein du tissu productif français. "Il y a deux économies : celle du monde corporate et des grandes entreprises, qui a accès au conseil ou aux programmes d' "executive education". Mais dès que l’on descend dans la pyramide, vers les PME et les territoires, c’est le désert", a appuyé le directeur général de Bpifrance, Nicolas Dufourcq, à l’occasion d’une conférence de presse. En cause, des préjugés parfois négatifs sur le concept et, surtout, un prix trop onéreux pour ces plus petites structures. Ce qui n’a pas échappé à la banque publique d’investissement, qui a décidé lancer une offre de conseil en stratégie à destination des PME françaises dès 2014, avant d’enchaîner avec la création d’accélérateurs de croissance, puis de structurer une direction exécutive autour du métier de l’accompagnement et d’étoffer son offre en fonction de l’évolution des chantiers à mener par les entreprises françaises.
Et force est de constater qu’à l’aide d’une équipe interne dédiée, de 1 900 consultants externes dans son vivier et d’une boîte à outils complète proposée aux dirigeants, la banque publique d’investissement est devenue un accompagnateur incontournable pour les PME (et certaines ETI) françaises. Depuis 2015, 5 000 entreprises sont passées par les accélérateurs de Bpifrance, grâce à 200 programmes lancés sur la période. Et depuis 2017, 20 000 missions de conseil ont été réalisées. Au total, plus de 180 000 dirigeants ont été formés sur cette période. "Avec Bpifrance, c’est toujours à l’échelle", a soutenu Nicolas Dufourcq.
La palette est large
Il faut dire que la palette de solutions d’accompagnement est large. Elle se structure autour de trois piliers : le conseil en stratégie, donc, qui permet aux PME de se faire aider sur des sujets de développement et de structuration, de répondre à un enjeu technique ou d’innovation (comme le climat et les risques de cybersécurité) et de définir un plan d’action. Pour permettre aux PME d’y recourir, la mécanique est subventionnée : en moyenne, une mission de conseil dure une dizaine de jours et les entrepreneurs n’en payent que la moitié, a expliqué le directeur exécutif de Bpifrance en charge de l’accompagnement, Guillaume Mortelier.
Il y a ensuite la formation. Elle concerne par exemple des partenariats avec de grandes écoles, l’accès à la plateforme Bpifrance Universités qui rassemble des contenus créés pour les dirigeants ou encore le Volontariat Territorial en Entreprise (VTE), un dispositif permettant de rapprocher un jeune diplômé d’une PME ou d’une ETI afin d’y travailler sur des sujets spécifiques. Enfin, la mise en réseau : en témoignent les différentes communautés à disposition des entrepreneurs (celle du Coq Vert pour le climat, celle de la French Fab pour l’industrie, etc.) et les réseaux des sociétés passées par les accélérateurs. En clair, l’engagement de Bpifrance se veut transversal sur l’ensemble des sujets qui concernent les entreprises.
Tailles, filières ou thématiques
Une diversité qui s’illustre d’ailleurs dans celles des accélérateurs, ces sortes d’écoles au sein desquelles des chefs d’entreprise viennent apprendre pour une durée donnée. Il y en a pour tous les goûts : ETI, tourisme et loisir, agroécologie, industrie du futur, régions… "Nous avons des programmes généralistes, en fonction de la taille de l’entreprise, d’autres spécialisés en fonction d’une filière et d’autres qui concernent des thématiques", a détaillé Guillaume Mortelier. "Cela permet de se créer un réseau de connaissances. Des dirigeants commencent notamment à créer des projets entre eux", a-t-il poursuivi.
Outre ce moyen de créer des contacts (et de l’émulation collective par la même occasion), les accélérateurs offrent d’autres leviers d’action. Celui dédié à la croissance contient par exemple des séminaires sur des sujets de développement d’entreprise et de compétences, ainsi que des sessions de conseil sur les leviers prioritaires de croissance. Ou, encore, un diagnostic réalisé par un consultant habilité par la banque publique d’investissement. Ce vivier d’experts, passés par des cabinets et que Bpifrance met en contact avec l’économie française, offre plusieurs avantages. D’une part, recourir à un vaste champ de compétences externes, structurées par Bpifrance, permet de faire correspondre les profils des dirigeants et des consultants, tout en permettant le développement de ce secteur privé. D’autre part, "de cette manière, nous pouvons répondre ponctuellement aux besoins des entrepreneurs, mais aussi les accompagner dans la durée", a observé Guillaume Mortelier.
De l’impact
De fait, Alexandre Benamran, dirigeant de la marque de soins pour la peau Patyka, est passé par la troisième promotion de l’accélérateur francilien. Et a illustré l’efficacité de la méthode. "Nous avons utilisé toute la palette", a-t-il expliqué. Par exemple, grâce au VTE, un jeune centralien est venu travailler au sein de l’entreprise pour la faire avancer (entre autres) sur la définition de son Scope 3, tandis que l’accès à la formation lui a aussi permis de mettre des ressources à disposition de ses équipes. Et puis, grâce à l’accélérateur, l’aide du consultant aura permis à l’entreprise de définir un plan d’action sur les grands enjeux qui la concernait alors, comme la supply chain, le marketing digital ou encore les systèmes d’information. Un consultant avec qui Patyka a d’ailleurs continué à travailler pendant un certain temps sur les sujets de systèmes d’information.
En termes d’effectifs, de chiffre d’affaires ou de création de valeur ajoutée, l’impact de ces accélérateurs est démontré. Entre les entreprises qui y ont participé et les autres, équivalentes, l’écart de valeur ajoutée peut varier de 0,3 à 2,8 points ; de 2,7 à 5,2 points pour le chiffre d’affaires et de 0,7 point à 3,4 points s’agissant des effectifs, selon trois études scientifiques qui ont été conduites entre 2020 et 2022 et publiées dans la Revue d’Économie Financière. Pas question, donc, de s’arrêter en chemin. Pour l’année en cours, 8 000 missions de conseil devraient être déployées, dont la moitié concernera la question climatique. Deux nouveaux produits de diagnostics ont d’ailleurs été lancés en partenariat avec l’Ademe, sur les sujets d’adaptation et de biodiversité. À compter de 2025, la barre sera fixée à 10 000 missions annuelles. Et alors que la communauté des accélérés de Bpifrance compte pour l’instant 5 000 entreprises, la banque publique d’investissement entend porter son nombre de membres à 10 000 d’ici à 2029.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

