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Bpifrance / premier semestre / accompagnement / Investissements
La montée en puissance de l’accompagnement chez Bpifrance ne se dément pas /
Sans mettre les investissements de côté
L’annonce tombait à point nommé. En marge de la publication de son bilan d’activité semestriel ce mercredi, Bpifrance faisait savoir que Matthieu Heslouin avait été nommé directeur exécutif en charge de l’accompagnement de la banque publique d’investissement française. De nouvelles responsabilités prises par le désormais ex-directeur du digital de Bpifrance qui lui font intégrer son comité exécutif et succéder, ainsi, à Guillaume Mortelier, ayant quant à lui rejoint la direction d’une ETI. "C’est un départ dans la continuité de l'activité Accompagnement de Bpifrance, qui illustre tant notre action en la matière que la volonté des entreprises à recevoir et à aller chercher de nouvelles pratiques. L’arrivée de Matthieu Heslouin à ce poste sera notamment un moyen de continuer à développer la digitalisation de cette activité et de toucher plus d’entreprises", explique Arnaud Caudoux, directeur général adjoint de Bpifrance, à l’occasion d’un entretien accordé à WanSquare.
Car effectivement, ce point d’étape semestriel aura bien prouvé combien la demande des entreprises françaises pour ces mécanismes d’accompagnement proposés par la banque ne fléchit pas, puisque les six premiers mois de 2024 ont été marqués par un niveau d’activité tout particulièrement soutenu sur ce segment. Le nombre de missions de conseil ponctuelles aux PME et ETI a grimpé de 58 % sur un an pour se fixer à 686 réalisées, tandis que les "Diag’action", destinés aux clients de la banque faisant face à des enjeux de cybersécurité ou étant engagés sur une trajectoire de transition énergétique et environnementale ont bondi de 70 %, à 1 939 diagnostics effectués. Ce qui fait de Bpifrance le premier éditeur de bilans carbone pour les PME.
Il y a aussi les missions de conseil en innovation, dont le nombre a doublé au premier semestre, ou encore les accélérateurs, sortes d’écoles thématiques pour dirigeants. Au premier semestre de 2024, près de 5 000 entreprises françaises faisaient partie des alumni ou des entreprises accélérées, avec une part de 10 % d’entre elles choisissant de recourir à une deuxième formation après la première. "Si nous étions un cabinet de conseil, notre chiffre d’affaires annuel serait équivalent à 200 millions d’euros, ce qui correspond à un effectif de 1 000 consultants", se félicite Arnaud Caudoux. Des dispositifs donc poussés par Bpifrance, notamment au travers de son réseau de 50 agences territoriales, dont la dernière vient d’être ouverte à Rodez dans l’Aveyron. Soit tout un maillage permettant d’entretenir une proximité avec des entreprises pourtant usuellement peu réceptives au monde du conseil. Et Arnaud Caudoux de poursuivre : "C’est un véritable levier de transformation économique pour les entreprises, les études publiées à ce sujet dans la Revue d’économie financière le prouvent bien. L’efficacité de l’accompagnement se vérifie aussi sur le plan fiscal, avec un retour réalisé en deux ans et demi ".
"Lac1" s’active
Si les dirigeants des PME et ETI françaises peuvent donc compter sur cet accompagnement de la banque publique visant à miser sur le capital humain, cette dernière n’en reste pas moins une banque de développement, active entre autres sur le front des garanties, des crédits et, forcément, de l’investissement. Sur ce point, Bpifrance a injecté près de 2 milliards d’euros dans des fonds partenaires, en capital innovation, dans les PME ou dans des moyennes et grandes capitalisations au premier semestre de 2024. Cela correspond à une hausse de 7 % sur un an pour un total de 195 sociétés ou fonds. Sur le plan des investissements en capital innovation, plusieurs évènements auront été à noter pendant le semestre, dont la participation de Bpifrance aux levées de fonds d’Electra et "H". Et si les cessions s'y affichent en recul (28 millions d’euros réalisés dans 11 opérations, soit une baisse de 69 %), deux importantes transactions du premier semestre seront encaissées au second, explique Bpifrance, même si le marché reste encore incertain.
Le capital développement, soit l’investissement direct dans les PME, ETI et grandes entreprises sera de son côté resté bien dynamique, avec 1,3 milliard d’euros directement déployés par Bpifrance dans 80 entreprises. Il y a évidemment le fonds "Lac1", ayant été actif depuis le début de l’année. Il est notamment entré au capital de Bureau Veritas et Vusion Group au premier semestre, pour plus de 700 millions d’euros. Plus récemment, le fonds a aussi annoncé avoir pris une participation de plus de 5 % chez Ipsos. Mais les achats de titres sur les marchés avaient démarré au cours de la période. "Ce sont de grandes entreprises au potentiel de croissance certain, exerçant dans des secteurs auxquels nous croyons. Il nous reste encore des fonds à déployer, mais nous nous approchons de la fin de la période d’investissement : nous avons des souscripteurs privés, le portefeuille devra donc nécessairement commencer à tourner", prévient Arnaud Caudoux.
Retour à la normale ?
Des investissements qui auront donc eu le vent en poupe, même si quelques disparités restent à relever. Par exemple, s'agissant des PME et ETI, la variation s’affiche en recul de 52 %, avec près de 95 millions d’euros ayant ainsi été injectés dans 45 entreprises "C’est une forme de retour à la normale, notre rythme de croisière semestriel se situe entre 80 et 100 millions d’euros. Il en est de même pour les cessions. Si l’on retire les deux ou trois grandes sorties réalisées l’année dernière à cette période, dont celle de Platinum Invest à LVMH, le niveau reste stable", explique le directeur général adjoint de Bpifrance.
La dynamique semble aussi ralentir quelque peu du côté des investissements fonds de fonds, soit la souscription dans les fonds partenaires de Bpifrance : avec 315 millions d’euros (dont près de la moitié pour compte de tiers) déployés dans 23 de ces derniers, les investissements y ont reculé de 46 %. "Les fonds mettent beaucoup plus longtemps à lever, cela prend désormais souvent de 18 à 24 mois. Nous nous engageons davantage et faisons monter notre taux d’emprise, jusqu’à 25 % ou 30 % dans certains cas, afin de créer de la dynamique ou pour que les fonds puissent réaliser des closing intermédiaires. La situation peut sembler paradoxale, car les fonds qui ont levé il y a plus de 18 mois investissent moins vite que prévu avec la baisse des valorisations, ce qui fait que la mécanique se grippe chez les souscripteurs qui attendent à la fois des appels sur leurs engagements et des retours sur l’argent appelé. Il y a donc des liquidités à déployer d’un côté, tandis que d’autres peinent à en lever. C’est une difficulté, pour les souscripteurs institutionnels en particulier, de ne plus avoir de prévisibilité sur la vitesse de déploiement et de retour de l’argent souscrit. Mais la dynamique est bien repartie au fil du semestre, notamment sur la thématique de l’intelligence artificielle", souligne Arnaud Caudoux.
Du mieux à venir, donc ? Le nombre de levée de fonds en cours, tout comme les projets à l’étude, pourrait le laisser présager. Si la dynamique suit celle de l’année précédente, alors le second semestre devrait venir redonner des couleurs à l’activité d’investissement fonds de fonds : sur le seul mois de juillet 2023, 250 millions d’euros avaient été souscrits par Bpifrance dans des fonds d’investissement. A fin juin 2024, les fonds partenaires de Bpifrance s’élevaient en tout cas au nombre de 650, dont plus de la moitié est en période d’investissement.
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