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Technologie et demande : ACC reporte la construction de ses usines en Allemagne et en Italie / Une équation électrique décidément délicate à résoudre
L’accès à une énergie décarbonée, un réseau de recharge dense, l’autonomie des véhicules, la rentabilité des constructeurs et la stimulation de la demande sont autant de variables sur lesquelles Carlos Tavares, le directeur général de Stellantis, est déjà revenu pour expliquer comment l’essor de la mobilité électrique pourrait advenir. Force est de constater que pour tenter de répondre à ce problème, certains ajustements se prennent en cours de route. Preuve en est, Automotive Cells Company (ACC), le fabricant de batteries électriques dont Stellantis est l’actionnaire aux côtés de TotalEnergies - au travers de sa filiale Saft - et Mercedes-Benz, va mettre un coup de frein sur ses projets d’expansion.
Le fait est qu’un an après avoir inauguré une usine dans le Nord de la France et quelques mois après avoir levé 4,4 milliards d’euros de dette pour développer quatre nouveaux blocs de production, la construction de ceux prévus en Allemagne et en Italie, sur les sites historiques d’Opel et Fiat, a été reportée. Une suspension qui serait liée à l’évolution des technologies des batteries, a expliqué ACC à l’AFP, venant ainsi confirmer des informations de presse. Le tout dans un environnement où la demande du marché se porte vers des véhicules électriques moins coûteux, nécessitant d’adapter la stratégie d’approvisionnement en batteries et que les ventes en la matière en Europe patinent. Résultat : une phase de recherche devra être menée afin de pouvoir industrialiser des produits plus abordables. Ce qui nécessitera donc d’accélérer sur certains investissements et de ralentir sur d'autres.
De fait, ACC fabrique aujourd’hui des batteries lithium-ion nickel, manganèse et cobalt (NMC) à l’aide d’une technologie présentant l’avantage d’avoir une certaine autonomie. Mais d’être aussi plus onéreuse que les batteries au lithium, fer et phosphate (LFP), bien moins chères et équipant de nombreux véhicules.
"Nous allons ajuster nos plans d’investissements dans les véhicules électriques au rythme de croissance des ventes de véhicules électriques sur le marché", a relevé mardi le directeur général de Stellantis lors d’une conférence de presse, alors qu’il était interrogé sur le soutien de l’entreprise à l’égard des trois usines ACC en Europe, rapportait de son côté l'agence Reuters. Et d’ajouter : "Nous ne contrôlons pas cette vitesse".
Il est vrai qu’il est difficile de parler de vitesse sur ce point en Europe. Tout particulièrement en Allemagne où, au mois de mai, les ventes de véhicules électriques ont reculé de près de 31 % sur un an, selon les chiffres de l’Agence fédérale pour l’automobile. Ce notamment en raison de la fin des achats subventionnés, décidée en décembre par le gouvernement d’Olaf Scholz. En Italie, même constat : en l’absence de mesures incitatives, la part de marché des véhicules à batteries est retombée à 2,3 % au mois d’avril.
En France, l’horizon est plus dégagé mais témoigne tout de même d’une progression moins allante qu'auparavant sur le segment électrique. Mais alors que les ventes du Stellantis peinent elles aussi à progresser depuis le début de l’année, le constructeur compte notamment sur 25 nouveaux lancements cette année (dont 18 électriques) pour leur donner de l’entrain. Il y a notamment celui de la Peugeot 3008 électrique, aux batteries produites au sein de l’usine ACC de Douvrin. Mais pour les deux sites allemand et italien, ACC devrait confirmer avec ses actionnaires son calendrier industriel et sa stratégie de construction à la fin de l’année 2024 ou en début 2025. En attendant, ACC et Stellantis pourront donc s’appuyer sur la production de l’usine des Hauts-de-France, qui bénéficiera bientôt d'une deuxième ligne de production.
Carlos Tavares l’avait pointé devant les sénateurs de la commission d’enquête sur les obligations de TotalEnergies : "La classe moyenne ne digérera pas des véhicules plus chers, et [Stellantis] ne digère pas la perte". Alors pour faire grimper ses volumes électriques ou adopter de nouvelles technologies qui lui permettront notamment de réduire ses coûts, le groupe ne perd pas de temps. Déjà, en octobre dernier, Stellantis avait annoncé créer une co-entreprise avec un homologue chinois, Leapmotor. Gérée à hauteur de 51 % par le groupe issu de la fusion Fiat-PSA, elle détient notamment les droits exclusifs de fabrication, d’exportation et de ventes des produits en dehors de la Chine. De quoi, pour Stellantis, s’installer sur le marché domestique chinois. Le premier mondial, où il est pour l’instant relativement peu présent. D’autre part, cela lui permet également de procéder à un partage de savoir-faire technologique. Et s’en était suivie, au mois de novembre, l’annonce d’un accord de principe avec le chinois CATL, dans le but de construire, dans les prochaines années, des batteries LFP au travers d'une co-entreprise également.
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