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Atos : David Layani a gagné la partie / Mais le plus difficile commence
Les derniers efforts du tandem formé par la société d'investissement EPEI de l’homme d’affaires tchèque Daniel Kretinsky et le fonds britannique Attestor pour tenter d’infléchir les créanciers et de les faire basculer en faveur de leur offre auront été vains. Atos a tranché. Le groupe de services numériques en difficulté poursuivra les négociations sur sa restructuration financière avec le consortium mené par David Layani, le patron-fondateur du cabinet de conseil en numérique Onepoint.
Si pour l’un, il s’agit du second échec après la tentative de prendre le contrôle des activités historiques d’infogérance logée dans l’entité Tech Foundations, pour l’autre en revanche, la persévérance aura payé, alors que sa première offre en 2022 visant les activités Digital, Big Data et Sécurité logées dans la branche Evidian avait été refusée.
Le consortium EPEI-Attestor avait pourtant l’avantage de la solidité financière. Son offre était objectivement la plus rassurante avec notamment 500 millions d’euros de new money sous forme de capitaux propres entièrement financés par les fonds propres d’EPEI. Quand la proposition de David Layani en apporte la moitié : 250 millions d’euros en fonds propres, dont seulement 175 millions d’euros provenant du consortium Onepoint (comprenant Onepoint, l’homme d’affaires Walter Butler et la société Econocom), 75 millions d’euros provenant de certains créanciers obligataires avec lesquels il s’est allié pour formuler sa dernière offre commune.
Justement, ce qui a primé est le soutien d’un grand nombre de créanciers financiers d’Atos à l’offre de David Layani, ce soutien "assurant ainsi avec plus de certitude la conclusion d’un accord définitif de restructuration financière", comme l’indique le communiqué de presse du groupe, avec en ligne de mire la fin juillet pour la validation de la conciliation par le Tribunal de commerce.
Un soutien obtenu en limitant l’écrasement de dette à 2,9 milliards d’euros (sur les 4,8 milliards d’euros du groupe à fin 2023), moindre que les 3,4 milliards d’euros prévu par les équipes de Daniel Kretinksy et Attestor. De fait, David Layani offre la plus grosse partie du capital aux créanciers. On peut même considérer qu’il s’agit davantage d’une offre des créanciers avec David Layani comme partenaire industriel, celui-ci s’étant d’ailleurs désigné sous le statut d’"anchor investor" dans sa dernière offre.
Revers de la médaille, si l’urgence est immédiatement résolue et le groupe sauvé, l’avenir de l’entreprise peut apparaître moins sécurisé sur la durée, compte tenu d’un poids financier de la dette qui va demeurer significatif. L’offre de David Layani "nous semble manquer d’ambition en termes de conversion de dette en equity et/ou d’apport de new equity car le groupe restera avec un ratio de dette nette sur Ebida à l’horizon 2025 supérieur à deux fois, post restructuration", observe ainsi le cabinet Oddo BHF. Il est à noter aussi que la dette conservée va se voir appliquer des taux d’intérêt élevés (compris entre 7 et 9%), de même que la nouvelle dette (750 millions d’euros à 13%).
Vu la chute du carnet de commandes observée au premier trimestre, la pression opérationnelle va rester forte. En bout de course, le juge de paix est le client. Et l’on saura assez rapidement si la solution choisie saura le convaincre après avoir convaincu les créanciers. Sans oublier les agences de notations. Dans les paramètres de son cadre de refinancement, le groupe avait bien spécifié qu’il ciblait un profil de notation de crédit "BB" d’ici 2026, ce qui suppose un levier financier inférieur à trois fois d’ici la fin de l’année 2025 et inférieur à deux fois d’ici la fin de l’année 2026.
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