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Pour Atos, l’abandon de David Layani ne change pas la donne / Les créanciers gardent la main
Pour surprenant qu’il soit, le retrait annoncé mercredi du consortium formé par Onepoint, Butler Industries et Econocom des négociations pour la reprise d’Atos, moins de trois semaines après avoir été choisi ne change pas fondamentalement la donne. Il ne s’agit certes pas d’une très bonne nouvelle pour David Layani, le patron de Onepoint, qui ne reverra pas ses près de 80 millions d’euros investis pour acquérir 11 % du capital d’Atos. Comme l’a rappelé mercredi la société, la mise en œuvre du futur plan de restructuration financière entraînera une dilution massive pour les actionnaires actuels d’Atos, qui devraient détenir moins de 0,1 % du capital social.
Mais sans doute s’agit-il de sa part d’une sage décision face à l’important besoin en cash supplémentaire révélé par la due diligence – il serait question de plus de 500 millions d’euros. Un trou démenti par Atos, qui a confirmé que son activité était bien "en ligne avec le plan d’affaires qui a été présenté le 29 avril dernier". Sans convaincre totalement. "Sans définition précise de ces activités commerciales, cela ne signifie rien", observent à ce propos les analystes de CreditSight, et "encore moins compte tenu de la succession des déceptions des dernières années", ajoutent-ils.
Quoi qu’il en soit, pour le devenir de l’entreprise, la configuration reste peu ou prou la même à ce stade. Il faut se souvenir que l’offre qui avait été désignée gagnante par Atos n’était pas menée par Onepoint avec le soutien de Butler Industries et d’Econocom, mais était l’offre d’un pool de créanciers (essentiellement des obligataires), autrement dit un lenders led, avec David Layani comme partenaire industriel, celui-ci étant d’ailleurs désigné sous le statut d’"anchor investor" dans l’offre qui avait été remise à Atos.
La désincarnation de cette offre, trop incarnée, sans doute à tort, par David Layani, ne la remet donc pas en cause. "L’apport prévu de 175 millions d’euros par le consortium Onepoint est compensable par rapport au montant total en jeu", observe le cabinet Octo Finances. C’est ainsi qu’Atos a reçu de la part du comité représentatif de ses créanciers obligataires (SteerCo) une proposition globale de restructuration financière révisée. Les discussions se poursuivent avec ce SteerCo et certaines banques sur la base de cette proposition en vue de parvenir à un accord dans les meilleurs délais. Atos espère obtenir un accord dit de "lock-up" durant la semaine du 8 juillet, et un accord définitif de restructuration avec procédure de sauvegarde accélérée à compter du 22 juillet.
Si tant est que ce groupe de créanciers d’Atos détenant la moitié de la dette et mené par les fonds DE Shaw, Boussard & Gavaudan, Tresidor, Syqant, SPG, Fidera, Blackrock, AG2R La Mondiale, aille au bout, il leur restera à trouver l’équipe dirigeante de l’entreprise pour mener à bien son redressement. Et ce, avec le handicap d’un levier demeurant important. Puisque son offre (les détails de la nouvelle offre révisée ne sont pas encore connus) conservait plus de 3,4 milliards d’euros d’endettement, à des conditions coûteuses, l’ancienne dette voyant ses taux relevés jusqu’à 9 %, avec un nouveau financement obligataire assorti de taux allant jusqu’à 13 %.
A moins qu’une majorité de créanciers ne décident finalement de faire affaire avec Daniel Kretinsky. EPEI, le groupe de l’homme d’affaires tchèque, tente en effet de revenir dans la partie, ayant envoyé une lettre au groupe pour réitérer son intérêt. Si l’on note que le fonds britannique Attestor ne l’accompagne plus désormais dans cette nouvelle initiative, EPEI est désormais disposé à offrir 49 % du capital aux créanciers, soit bien plus qu’auparavant. A ce propos, la cession par Commerzbank d’une créance de 200 millions d’euros pourrait jouer un rôle. De deux choses l’une, soit le groupe de créanciers détenant la moitié de la dette a acquis cette créance pour augmenter sa majorité, soit EPEI a mis la main dessus pour renforcer son poids dans les négociations.
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