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Bpifrance / Capital-développement / Investissement direct / José Gonzalo
Comment Bpifrance gère un portefeuille de 700 participations avec son activité de capital développement / Un actionnaire minoritaire actif et méthodique, des territoires aux vedettes de la cote parisienne
Des petites entreprises en territoire aux poids lourds du CAC 40, le portefeuille de la direction du capital développement de Bpifrance est sur tous les fronts : ce sont en tout et pour tout 700 participations qui le composent à date. "Nous sommes capables de faire du small cap jusqu’au large cap et d’investir des tickets qui peuvent aller d’un million à un milliard d’euros. Nous faisons beaucoup d’investissements, nous sommes très présents en régions… notre modèle est unique en son genre. Je reçois de nombreux dirigeants de fonds d’investissement qui se demandent comment nous faisons", a observé José Gonzalo, directeur exécutif de Bpifrance en charge du capital développement, à l’occasion d’un point presse.
De fait, ce sont environ 20 filières clés pour l’économie française qui sont couvertes par son activité d’investissement direct dans les PME, ETI et grandes entreprises. Cette dernière a d'ailleurs déployé 1,7 milliard d’euros en 2023. Désormais, ses actifs sous gestion s’élèvent à 28 milliards d’euros. Résultat : en 2023, la banque publique d’investissement française tenait son rang sur le podium des plus grandes sociétés de gestion européenne dans le monde avec une opération d’investissement ou de cession quasi quotidienne. Et depuis le début de l’année, la dynamique suit son cours. En deuxième position au premier trimestre de 2024, Bpifrance talonnait à une opération près Ares Management en nombre de deals, selon les données de PitchBook, devançant les géants KKR Credit et Blackstone à l’échelle mondiale et se plaçant même en première position en Europe.
Des spécialités
Il faut dire que le champ des possibles est vaste. En matière de capital développement, Bpifrance investit au travers de véhicules divers allant des fonds généralistes (se concentrant sur les entreprises en fonction de leurs tailles) aux fonds sectoriels. Plus de 50 % de son portefeuille est néanmoins composé de PME aux couleurs industrielles. Et avec quelques particularités propres à la banque publique d’investissement. Par exemple, 46 % de primo-ouvertures figuraient dans le portefeuille small cap à fin 2023. "La primo-ouverture, c’est notre spécialité", s’est félicité José Gonzalo. "Ces entreprises le font avec nous car elles ont confiance. Cela permet de créer de la valeur et comme nous les accompagnons, nous les faisons aussi passer de PME à ETI", a-t-il poursuivi. Preuve en est, près d’une ETI sur cinq dans le portefeuille small cap était une PME à son entrée.
La méthode d’investissement direct de Bpifrance est claire. Soit celle d’être un actionnaire minoritaire, impliqué dans la gouvernance et dans une visée d’opérer une stratégie de long terme. Cela peut représenter 5 à 7 ans en moyenne… ou bien plus. "Nous faisons tourner notre portefeuille, les plus-values sont réinvesties dans les entreprises", a rappelé José Gonzalo. "Mais nous sommes capables de rester très longtemps au capital de certaines sociétés", a souligné le dirigeant, citant notamment le spécialiste du traitement des déchets Paprec ou bien CMA CGM, chez qui Bpifrance a pris une participation il y a une dizaine d’années et dont elle est toujours l’actionnaire. Il y a également l’accompagnement sur le plan des politiques environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) : "Nous sommes alignés sur une méthode de dialogue, nous ne refusons pas de faire un investissement parce qu’une entreprise part d’un point bas en matière d’ESG", a expliqué José Gonzalo.
Validé par le marché
Autre constante : Bpifrance privilégie les investissements aux côtés de fonds de private equity. "Pour valider la valeur d’une société, il faut une valorisation de marché. Pour les PME, il peut s’agir de fonds régionaux, pour les mid cap d’investisseurs spécialisés sur le segment comme Eurazeo ou Andera Partners. Et plus on monte dans les large cap, plus il y a d’investisseurs internationaux", a soutenu José Gonzalo. Et tout ceci, évidemment, dans un but de créer de la valeur. "Nous faisons les mêmes types de retour que des fonds classiques", a relevé le dirigeant. En 2023, sur l’activité small cap, le multiple de sortie s’élevait par exemple à trois fois en moyenne alors que le taux de rendement interne, en général, dépasse largement les 10 %.
Si les PME et le private equity représentent la grande majorité de l’activité d’investissement direct de Bpifrance, la Bourse de Paris n’en a pas non plus été oubliée pour autant. Sur les 700 participations du portefeuille de Bpifrance, 30 d’entre elles sont cotées. D’abord, la banque accompagne les entreprises qui tentent l’aventure. En témoigne son investissement dans Exosens récemment, ou encore celui dans Believe. L’on y retrouve également Orange et Stellantis, chez qui Bpifrance représente l’État actionnaire, STMicroelectronics, Soitec, Valeo, Nexans ou Verallia. L’un de ses fonds est d’ailleurs tout particulièrement réservé à certaines d’entre elles, le prénommé "Lac1".
Méthode "constructiviste"
Derniers investissements en date ? Bureau Veritas et Vusion Group, qui sont ainsi venus rejoindre Arkema, EssilorLuxottica, Spie, Exclusive Networks, Seb, Elis et Alstom. Toujours installé au conseil d’administration, Bpifrance se veut ainsi être un actionnaire minoritaire actif, tant sur le plan des questions de gouvernance que sur celui des prises de décisions stratégique. Un peu comme un fonds activiste ? "Plutôt constructiviste", a répondu José Gonzalo, alors que les administrateurs représentant Bpifrance préfèrent jouer la carte de la discrétion sur leurs activités au sein du board, tant dans le fait d’occuper un rôle de d’apaisement en cas de crise, de stabilisation ou tout simplement afin d’accompagner le management et la stratégie solide d’entreprises, œuvrant à la souveraineté et répondant aux grands enjeux contemporains, vers de nouveaux sommets. Doté de 5,2 milliards d’euros, dont 1 milliard de dette, le fonds a encore de quoi se déployer. Plus précisément, 1,4 milliard d’euros jusqu’à la fin de la période d’investissement initiale, définie pour l’instant à l’horizon juin 2025, mais qui pourrait être prolongée.
Il est d’ailleurs d’ores et déjà acté qu’il aura un successeur, qu’il s’agisse d’un "Lac2" ou encore d’un fonds similaire spécialisé dans le non coté. Et ceci notamment parce qu’il existe "de très belles entreprises de santé dans la Tech française. C’est un peu frustrant, parce qu’elles bénéficient de subventions, elles grandissent et au moment de se faire racheter, ce sont souvent des Américains qui prennent le relais", a observé José Gonzalo. À ce sujet, la banque ne compte donc pas laisser passer certaines opportunités. La division de santé grand public de Sanofi, qui devrait prendre son indépendance dans les mois à venir sous forme de M&A ou d’introduction en Bourse, a bien retenu l’attention de Bpifrance. Aligné sur la méthode de co-investissement de la banque, José Gonzalo a en tout cas fait savoir que des discussions avec les fonds retenus par Sanofi seraient engagées afin de pouvoir investir à leurs côtés. Bloomberg rapportait d'ailleurs jeudi que, selon des sources proches du dossier, Bain Capital et Cinven pourraient faire une offre commune sur les actifs du groupe français, dont la valorisation atteindrait les 20 milliards de dollars.
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