Macro-économie / Taux / Christine Lagarde / Jean Tirole
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Christine Lagarde / Jean Tirole
Rencontres économiques d’Aix-en-Provence / Christine Lagarde et Jean Tirole alertent sur les risques de fragmentation
Thème en vogue s’il en est, le risque de fragmentation s’est invité dans les débats aux Rencontres Économiques d’Aix-en-Provence et pas de n’importe quelle façon. Hier soir, ce sont Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), et Jean Tirole, prix Nobel d’Economie 2014 et président honoraire de Toulouse School of Economics (TSE), qui ont choisi de discuter de ce sujet.
Pour l’Europe, la fragmentation, qui peut se décliner en plusieurs domaines, fait partie des risques et défis les plus fondamentaux auxquels elle fait face, d’après Christine Lagarde. La grande argentière s’est arrêtée en particulier sur la fragmentation des systèmes de paiement et de la souveraineté en matière de monnaie.
“Ce n’est pas très glamour comme sujet mais c’est très important”, a-t-elle souligné, évoquant Swift (réseau de messagerie qui centralise les ordres de paiement entre les banques) et les Brics (Brésil, Russie, Inde, Chine, Afrique du Sud). “À plusieurs reprises, un certain nombre de pays ont pu être exclus de Swift, je pense notamment à l’Iran et à quelques autres aussi, ce qui a amené les pays du monde entier qui reposent sur le système Swift à s’interroger sur leur confiance à son égard et sur sa fiabilité”, a déclaré Christine Lagarde, indiquant que les Brics ont évoqué d’éventuelles solutions alternatives.
"Je ne suis pas en train de suggérer que ces systèmes de paiement alternatifs sont déjà en place de manière intégrée, mais il en existe un en Chine, un en Russie. Il y a de toute évidence des tentatives hors G20 pour mettre en place des systèmes alternatifs de paiement qui soient à la fois transfrontières et transmonnaies”, a-t-elle affirmé.
Par ailleurs, la Française a fait valoir que le système de souveraineté monétaire qui est le nôtre était “battu en brèche”, par différentes entités, citant des entreprises privées. “Quand vous voyez par exemple que PayPal a mis en place un système qui se fonde sur les stablecoins avec un équivalent en dollars, c’est l’un des éléments qui permettent de remettre en cause les systèmes souverains de monnaie nationale ou régionale comme l’est l’euro”, a-t-elle estimé. “Il faut que l’on soit très conscients à la fois des contre-indications, effets secondaires et tentatives d’un certain nombre d’acteurs légitimes pour mettre en place des systèmes alternatifs qui risquent de fragmenter tant sur le plan technologique que monétaire le paradigme dans lequel nous avons fonctionné”, a prévenu Christine Lagarde.
De son côté, Jean Tirole a insisté sur le risque de fragmentation du commerce international. “On a un défi considérable avec une montée du protectionnisme qui est très dangereuse”, a jugé l’économiste, qui s’en est pris à la politique des États-Unis en la matière. “Beaucoup de gens sont admiratifs de l’Inflation Reduction Act (IRA), je le suis un peu moins pour plusieurs raisons”, a-t-il indiqué.” Il contient beaucoup d’éléments protectionnistes pour faire venir des industries aux États-Unis aux dépens de l’Europe”, a pointé Jean Tirole. Comment l’Europe doit-elle répondre ? "Il faut réagir, malheureusement l’ordre international est en mauvais état, il n’y a plus de multilatéralisme, l’Organisation mondiale du commerce est très faible face à toutes les violations qui se déroulent", a-t-il soutenu.
"Si nous faisons du protectionnisme nous-même, le pouvoir d’achat va nettement diminuer puisque nous ne profiterons pas de ce que le monde peut nous offrir. Et puis, il y aura une réaction d’autres pays qui vont imposer du protectionnisme vis-à-vis de nos exportations dans le luxe et autres", a-t-il prévenu. "Confier les économies à des monopoles domestiques ne va pas améliorer le pouvoir d’achat", a déclaré Jean Tirole.
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