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Macro-économie / Taux
Christine Lagarde / fmi / Argentine
En Argentine, l'histoire se répète
L'Argentine est-elle en train de revivre la crise financière des années 2000 ? La comparaison entre la situation économique actuelle du pays et celle d'il y a une vingtaine d'années est frappante. Le peso s'est effondré de près de 50% depuis le début de l'année et de 26% sur le seul mois d'août, faisant gonfler les prix et entraînant un effondrement de la consommation et des licenciements de masse. Vendredi, le gouvernement Macri, qui a obtenu l'accord pour une aide du FMI en juin dernier et a pour l'instant reçu une première tranche de 15 milliards de dollars sur les 50 milliards qu'il doit recevoir au total, a prié le fonds monétaire d'accélérer les versements, face à l'effondrement de la monnaie.
Le ministre des Finances Nicolas Dujovne doit rencontrer Christine Lagarde demain pour discuter de la situation et convaincre la directrice générale du FMI de la détermination de son gouvernement à réduire les dépenses : car l'Argentine a contracté plus de 142 milliards de dollars de dette en deux ans, soit une hausse de 42%, se plaçant en première place des pays émergents émetteurs de dette. L'effondrement du peso a mécaniquement accru les intérêts de la dette du pays, qui représentent désormais le deuxième poste des dépenses de l'Etat après le versement des salaires et des pensions des fonctionnaires.
Sans un programme de réduction budgétaire massif, le pays continuera de s'enfoncer dans la crise et de faire fuir les investisseurs, de plus en plus méfiants dans la capacité du gouvernement à délivrer des réformes fiscales efficaces. D'autant que S&P vient de dégrader la perspective du pays de stable à négative, soulignant la dangereuse dépendance du pays aux financements internationaux pour combler son déficit public. "Jusqu'à présent les investisseurs semblaient prêts à tolérer un degré raisonnable de risque de refinancement pour les dettes du pays arrivant à maturité. Mais la réaction des marchés la semaine dernière a montré que l'administration argentine avait perdu la confiance des investisseurs", explique ainsi Gustavo Range, chef économiste Amérique latine chez ING. Selon lui, cette semaine constitue donc un véritable test pour le Président Macri, qui devra démontrer sa fermeté et ses capacités de management par temps de crise.
Pour l'instant, la banque centrale argentine (BCRA) est massivement intervenue au mois d'août pour soutenir sa monnaie, en vendant pour 2,5 milliards de dollars. Et, afin de ralentir le mouvement de fuite des actifs argentins hors du pays, elle a procédé la semaine dernière à un relèvement drastique de ses taux d'intérêt, de 45% à 60%. Mais le FMI a averti le pays que son aide de 50 milliards ne devait servir à enrayer la chute du peso, signifiant que la seule politique monétaire ne suffira pas à sortir le pays de la crise financière. "Si le gouvernement ne parvient pas à mettre en place un plan d'austérité convaincant, le peso continuera de baisser et une hausse des taux d'intérêt supplémentaire est plus que probable", expliquent ainsi les équipes de Capital Economics. Le Président doit notamment annoncer des réductions d'effectifs au sein des différents ministères et même potentiellement une fusion de certains d'entre eux. Il pourrait aussi réintroduire des taxes sur les exportations de certains produits agricoles et geler les réductions de taxes pour les entreprises initialement annoncées. Des mesures impopulaires qui ne devraient pas manquer de susciter d'importants mouvements sociaux, dans un pays déjà plombé par l'hyperinflation. Un scénario qui ressemble malheureusement de plus en plus à la crise de 2001.
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