FMI : remplacer Christine Lagarde ne sera pas chose aisée
Le consensus qui a émergé autour de la nomination de Christine Lagarde à la présidence de la Banque centrale européenne est arrivé par surprise. La directrice générale du Fonds Monétaire International avait assuré qu’elle comptait mener son mandat jusqu’à son terme, c’est-à-dire en 2021, si bien que l’attention s’était portée sur d’autres profils de banquiers centraux. Mais après un accord trouvé entre Emmanuel Macron et Angela Merkel, le choix s’est finalement porté - pour la première fois de l’histoire de la BCE - sur une femme qui cumule expérience, charisme et consensus, même s’il doit être désormais confirmé par un processus de plusieurs mois.
Christine Lagarde, qui s’est dite "honorée" de cette nomination, s’est déjà engagée à se mettre en retrait de ses fonctions en attendant sa confirmation, et le comité de direction du FMI a désigné le directeur général délégué américain David Lipton, son numéro deux depuis son élection en 2011, comme patron par interim. Se pose maintenant aussi la question prégnante de son remplacement, un jeu qui est donc très ouvert pour le moment. Depuis sa création en 1945, ce sont les Américains qui traditionnellement choisissent le nom du patron de la Banque mondiale, tandis que celui du FMI revient à l’Europe. Les Européens se sont pliés à cet engagement lors de la nomination de l’Américain David Malpass à la tête de la Banque Mondiale, votée en avril dernier.
Mais plus récemment, les pays émergents ont remis en cause cette répartition arbitrale des rôles, qui ne leur donne aucune représentation au sein de ces deux éminentes institutions internationales. Une tradition qui paraît certes archaïque lorsque l’on sait qu’elle exclut la deuxième puissance mondiale qu’est désormais la Chine. En 2011, le président de la banque centrale mexicaine, Agustin Carstens, était ainsi entré en lice pour contrer la première candidature de Christine Lagarde dans ses fonctions au FMI, mais les pays émergents n’avaient pas réussi à créer de consensus autour d’un nom. Et la Française avait été renouvelée sans opposant en 2016.
Mais le débat devrait ressurgir à nouveau cette année, à la faveur du départ anticipé de Christine Lagarde. Parmi les candidats supposés à ce stade, celui d'Augustin Carstens revient, mais aussi l’ancien gouverneur de la Banque centrale indienne, Raghuram Rajan, ou encore le chairman de l’autorité monétaire de Singapour, Tharman Shanmugaratnam. Et du côté du Vieux Continent, on cite les candidats à la BCE, comme les banquiers centraux François Villeroy de Galhau, Olli Rehn ou encore Jens Weidman. Mais aussi de possibles transfuges de la BCE, comme Benoît Coeuré ou bien même Mario Draghi. Parmi les profils annexes, figurent le gouverneur de la Banque d’Angleterre Mark Carney, le PDG de la banque suisse Credit Suisse Tidjane Thiam ou bien l’ancien patron de Pimco, Mohamed El-Erian.
Une chose est sûre, le prochain patron du FMI devra agir face à une réticence américaine de plus en plus forte. Lors de ses mandats, Christine Lagarde a eu à cœur de faire porter la voix de la Chine et d’œuvrer pour l’orthodoxie budgétaire, ce qui n’a pas été du goût de Donald Trump, lequel a déjà appelé à la suppression de cette institution. Elle s’est par ailleurs engagée dans la lutte contre le réchauffement climatique et l’égalité hommes-femmes, des sujets périphériques à la finance mais qui seront de plus en plus prédominants pour son successeur dans les prochaines années.
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