Fed : les mauvais choix de Donald Trump
Officiellement, c’est Herman Cain qui a renoncé à sa nomination au board de la Fed, selon un tweet envoyé lundi par Donald Trump. L’ancien patron de la chaîne de pizzerias Godfather’s Pizza a lui-même confirmé en expliquant qu’il craignait de perdre sa liberté de ton dans ses tribunes conservatrices, mais aussi et surtout une juteuse rémunération. "Sans être trop spécifique sur la baisse de salaire que cela représente, disons que je suis assez confiant sur le fait que si votre patron vous disait d’accepter une telle baisse, vous lui diriez où aller voir", a-t-il déclaré poétiquement mardi.
En réalité, l’un des deux candidats proposés par le président américain pour remplir les deux sièges vacants à la Fed, était en bien mauvaise posture. Ce dernier avait dû renoncer à sa candidature présidentielle en 2012 en raison d’accusations de harcèlement sexuel, qui entachaient sa candidature. Et plusieurs voix s’étaient élevées pour remettre en cause ses compétences, étant donné que l’homme a copieusement critiqué la Fed dans le passé, l’accusant de manipuler le dollar et plaidant pour un retour à la fixation sur l’or. Si bien que sa nomination était déjà compromise en raison de l’opposition de plusieurs sénateurs républicains.
Tous les regards se portent désormais vers le deuxième candidat, Stephen Moore, qui affronte ses propres critiques. Ce dernier a ainsi écrit plusieurs éditoriaux sexistes – notamment sur sa femme - au début des années 2000, qui le rattrapent aujourd’hui. Il est également mis en cause pour 75.0000 d’arriérés fiscaux et plus de 300.000 dollars de pension alimentaire non acquittés. Sur la Fed, ce dernier avait – tout comme Herman Cain – jugé que les taux d’intérêt étaient trop bas en 2008 pendant la crise financière sous le mandat Obama, mais estime aujourd’hui qu’ils devraient rester au niveau actuel, alors que l’économie US est en période d’expansion.
Stephen Moore risque-t-il de subir le même barrage des sénateurs républicains ? Ce dernier a réaffirmé son intention de rester dans la course, mais tout dépendra de quelques votes décisifs, notamment ceux de deux femmes – Lisa Murkowski de l’Alaska et Susan Collins du Maine. Pour certains, les déboires d’Herman Cain pourraient aider Stephen Moore car les républicains pourraient hésiter à bloquer deux candidats du président. Pour d’autres, le sort du premier risque d’amplifier les critiques sur le comportement passé du second.
En tout état de cause, Donald Trump est, semble-t-il, allé trop loin en proposant deux proches soutiens à la Fed – Herman Cain a par exemple monté un "super PAC" pour lever de l’argent au bénéfice du président - dont le profil était loin de faire l’unanimité. Ces choix ont ainsi provoqué la réaction de l'ancienne présidente de la Fed Janet Yellen, qui a mis en garde contre la politisation de la Fed, et même de Mitch Mc Connell, porte-parole républicain au Sénat, qui a invité la Maison Blanche à ne plus lui proposer de nouveau canard boiteux.
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