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La situation opérationnelle d'Atos se dégrade de façon dangereuse / Réduisant ses marges de manoeuvre
Avec l’ouverture le 23 juillet par le Tribunal de Commerce de la procédure de sauvegarde accélérée visant à mettre en œuvre sa restructuration financière, Atos a sans nul doute fait un pas nécessaire pour se sortir d’affaires.
Les comptes semestriels publiés jeudi montrent cependant que la suite s’annonce serrée. Car la dégradation des résultats du groupe informatique s’est accélérée au cours des derniers mois dans des proportions que l'on pourrait qualifier d'alarmantes. Le résultat opérationnel a été quasiment divisé par deux à 115 millions d’euros, soit une marge ramenée à 2,3%, contre 3,8% à la même période un an plus tôt, compte tenu d’un chiffre d’affaires en baisse organique de 2,7%, à 4,96 milliards d’euros.
"Outre l’impact dilutif des cessions, la rentabilité opérationnelle d’Atos est pénalisée par une violente dégradation de la marge d’Eviden [la branche stratégique d'Atos, qui regroupe les activités cybersécurité, big data et supercalculateurs, dont une bonne partie des actifs vont être cédés à l'Etat français], en recul de 2,3 points de base, à 2,4%, tandis que la marge de Tech Foundations [les activités historique d'infogérance] est étonnement résistante, progressant de 0,3 point de base, à 2,2%", observent les analystes d’Invest Securities.
Le résultat net, lui, fait apparaître une perte abyssale de 1,9 milliard d’euros. La raison ? Les activités du groupe se sont dépréciées de 1,57 milliard d’euros supplémentaires, après les lourdes dépréciations de 2,5 milliards d’euros déjà passées au titre de l’exercice 2023. Les capitaux propres d’Atos, qui étaient tombés à zéro l’an dernier, se retrouvent donc virtuellement négatifs de 2 milliards d’euros.
Le flux de trésorerie disponible a été négatif de 1,91 milliard d'euros au cours des six premiers mois de l'année, avec une dette nette qui a grimpé dans le même temps à 4,22 milliards d'euros, contre 2,23 milliards d'euros à fin 2023.
Et ce, tandis que l’entreprise, que Jean-Pierre Mustier dirige seul désormais, depuis le départ surprise fin juillet du directeur général, l’américain Paul Saleh, affiche une situation de cash peu confortable. Au 30 juin 2024, la trésorerie, les équivalents de trésorerie et les actifs financiers à court terme du groupe s’élevaient à 881 millions d’euros. Sachant que ce montant inclut 150 millions d’euros de financement intérimaire déjà tiré (des facilités de 100 millions d'euros fournies par un groupe de porteurs d'obligations et un prêt de 50 millions d'euros de l'Etat français) sur les 800 millions d’euros prévu.
En annonçant le mois dernier son accord de "lock-up" avec un groupe de banques et de porteurs d'obligations concernant son plan de restructuration financière, le groupe a aussi indiqué avoir reçu les engagements nécessaires pour couvrir ses besoins de liquidités, chiffrés à 1,675 milliard d'euros. De la new money avec laquelle Atos compte justement rembourser ses 800 millions d’euros de financement intérimaire dès la clôture de sa restructuration financière.
Mais la faiblesse de sa situation de trésorerie et le dimensionnement mesuré du refinancement prévu rendent la marge de manœuvre de l’entreprise particulièrement étroite pour opérer son redressement. Elle est pourtant censée tenir ainsi jusqu’à 2026, soit l’horizon de temps qu’elle s’est fixé pour recommencer à générer du cash.
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