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Rexecode - WanSquare : un état des lieux économique de la France /
Chapitre 2 : l'emploi
Alors que le taux de chômage français demeure relativement élevé, refluant légèrement à 7,3 % au 2e trimestre, la question de l’emploi semble avoir été mise de côté dans le débat public par rapport à d’autres thématiques comme le pouvoir d’achat du revenu des ménages. Pourtant, elle y est intimement liée et la performance française en la matière se compare défavorablement avec celles de ses partenaires européens. La problématique de l’emploi et de la durée du travail rejoint par ailleurs celle de la productivité du travail, facteur essentiel pour permettre la progression des salaires (et donc favoriser le pouvoir d’achat des ménages) et soutenir la croissance potentielle.
Avec un taux d’emploi de 68 % en 2022, la France se situait parmi les plus bas niveaux affichés par les pays de l’Union européenne, avec l’Espagne, l’Italie et la Grèce. Le taux d’emploi de la France est inférieur de 2 points à la moyenne européenne, et de 9 points à celui de l’Allemagne. Il se définit en rapportant la population en emploi et la population en âge de travailler que la convention statistique usuelle situe entre 15 et 64 ans. Les taux d’emploi les plus élevés sont obtenus par les pays du Nord et du centre de l’Europe, en particulier les Pays-Bas, la Suède, l’Allemagne et le Danemark. Ces pays se caractérisent par une plus forte capacité d’intégration du marché du travail, grâce à des politiques de l’emploi combinant un bon niveau de protection des employés et d’incitation à l’activité. Si la France se rapprochait des taux d’emploi les plus élevés de l’UE, obtenus par l’Allemagne et certains pays nordiques, 3,5 millions d’emplois seraient créés.

La France connaît en effet un déficit d’emploi sur toutes les tranches d’âge. Sur les jeunes de 15 à 24 ans, l’écart du taux d’emploi en France avec ceux qui sont les plus élevés parmi les pays de l’UE représente 1 million d’emplois. Il s’agit pour partie d’étudiants qui sont plus souvent intégrés dans le marché du travail, notamment dans le cas des pays d’Europe du Nord, et pour partie de jeunes chômeurs ou inactifs qui ne sont ni en études, ni en formation (les "NEETs"). La France comptait près de 1,5 million de NEET de moins de 29 ans en 2021.
Sur la tranche des 25 à 54 ans, la France affiche un déficit d’emploi d’environ 800 000 emplois, qui sont pour un tiers des chômeurs et pour deux tiers des inactifs. Le déficit d’emploi le plus important concerne les seniors, il s’établit à 1,3 million d’emplois pour les 55 à 64 ans, et à 1,7 million si l’on va jusqu’à 69 ans. La réforme des retraites adoptée en 2023 devrait réduire progressivement cet écart d’environ 1 million à l’horizon 2030. L’insertion dans l’emploi des personnes qui en sont exclues est un gisement majeur de capacités d’offre et de croissance.

Par ailleurs, la durée du travail pour les salariés à temps complet est plus faible en France que dans tous les autres pays européens, à l’exception de la Finlande. La durée effective annuelle moyenne du travail des salariés à temps complet demeure en France l’une des plus faibles des pays de l’Union européenne. Selon l’enquête Forces de travail d’Eurostat, en 2022, la durée effective annuelle de travail des salariés à temps complet en France, soit 1 668 heures, est sensiblement inférieure à la moyenne européenne, qui est de 1 792 heures. Elle est en France à 65 heures de moins qu’en Espagne, à 122 heures de moins qu’en Allemagne et à 162 heures de moins qu’en Italie. La faiblesse de la durée du travail à temps complet traduit notamment les choix collectifs faits en France en matière de durée hebdomadaire et de congés payés.

Combinée à un taux d’emploi plus faible que dans les autres pays, cela conduit à un volume de travail global plus faible pour les salariés à temps complet français, même si cet effet est quelque peu réduit en tenant compte des salariés à temps partiel et des indépendants. Ces derniers ont des durées du travail supérieures à celles des salariés à temps complet. Cette faible capacité d’intégration d’une partie de la population au marché du travail en France avait contribué à ce que le niveau de productivité du travail "affiché" soit relativement élevé dans notre pays. Mais, depuis début 2019, l’écart d’évolution de la productivité apparente du travail (en termes de PIB par emploi) s’est creusé avec les États-Unis en défaveur de la zone euro et plus encore de la France. Depuis 2019, la productivité (entendue comme le PIB par emploi) a progressé de 6 % aux États-Unis, a globalement stagné en zone euro (-0,4 %) et s’est repliée de 3,5 % en France.

La hausse américaine peut s’expliquer notamment par un réajustement important du marché du travail à la suite de la crise Covid (alors qu’en Europe, le chômage partiel a maintenu la relation employeur-employé) et par une spécialisation sectorielle porteuse (nouvelles technologies et hydrocarbures notamment), ainsi que par la quasi-absence du choc sur les prix de l’énergie outre-Atlantique. En France, l’amélioration du taux d’emploi (+ 2 points depuis 2019) aurait contribué au repli de la productivité apparente du travail. En particulier, une importante partie de ce recul viendrait de la forte progression de l’alternance à la suite de mesures publiques incitatives. Selon les estimations, l’alternance expliquerait entre 1 et 2 points du repli de la productivité apparente du travail.
Cette évolution de la productivité du travail est importante pour la croissance économique mais aussi pour le pouvoir d’achat, car, sur longue période, salaires réels et productivité horaire évoluent de concert. Les gains de productivité sont essentiels pour permettre des gains de pouvoir d’achat car ce sont eux qui, à long terme, donnent la possibilité d’augmenter les salaires réels. Ils sont aussi un élément important pour permettre la progression des marges, ces dernières étant essentielles pour que les entreprises puissent investir. Les gains de productivité sont donc un élément fondamental pour permettre de rehausser le potentiel de la croissance française, dans un contexte de vieillissement démographique, qui limite la progression du "facteur travail".

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