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Rexecode - WanSquare : un état des lieux économique de la France /
Chapitre 3 : la compétitivité
La France souffre d’un déficit de compétitivité, c’est-à-dire d’une incapacité chronique à générer le revenu national dont elle a besoin pour acheter les biens et services que nous souhaitons acquérir. Rappelons que la compétitivité est un concept macroéconomique qui fait référence au revenu et au niveau de vie agrégés de l’ensemble des acteurs économiques : elle ne regarde pas les déséquilibres au niveau des acteurs individuels (ménages ou entreprises), qui accompagnent le fonctionnement de l’économie et de la société, mais seulement leur somme. En outre, le concept n’a de sens que pour une économie ouverte aux échanges internationaux, une économie en autarcie étant par définition contrainte à respecter l’équilibre entre revenu et niveau de vie.
Le déficit de compétitivité de la France se mesure à l’aune de quatre indicateurs qui attestent tous de sa nette dégradation depuis le début des années 2000, malgré quelques améliorations en fin de période.
Premier indicateur : la part des exportations de la France dans celles de l’ensemble des pays de la zone euro est en forte baisse depuis deux décennies. Ce constat se vérifie sur les biens comme sur les services. Il signifie une incapacité à préserver notre positionnement dans les marchés internationaux, à la différence d’autres grands pays européens (Allemagne, Espagne, Pays-Bas).

Deuxième indicateur : la part des importations dans les ressources employées dans notre marché national suit une tendance fortement haussière. Cela traduit une perte de compétitivité de la production nationale sur le marché intérieur, et donc une dépendance croissante aux importations pour satisfaire nos besoins.

Troisième indicateur : la part de la France dans la valeur ajoutée et l’emploi manufacturiers de l’ensemble des pays de la zone euro baisse fortement depuis vingt ans. Comme pour les parts d’exportation, cette trajectoire ne s’observe pas chez nos voisins allemands, espagnols ou néerlandais, et avec une ampleur moindre en Italie. Elle traduit le fait que la production nationale perd du terrain à la fois sur les marchés extérieurs et auprès des clients français.

Enfin, quatrième indicateur, le solde des échanges extérieurs en biens, proche de l’équilibre 2000, n’a cessé de se dégrader jusqu’au point bas de 2022 lié à la crise énergétique à plus de 160 milliards d’euros (hors frais liés à l’acheminement et aux assurances). Il est remonté depuis vers les -80 milliards d’euros en rythme annuel début 2024, mais reste en retrait de son niveau de 2019 (-60 milliards d’euros). Il est composé pour deux tiers du déficit énergétique et pour le restant du déficit en biens hors énergie. Le solde des échanges des services est traditionnellement excédentaire pour la France, mais il ne compense pas le déficit en biens, si bien que le solde des échanges de biens et services est négatif. Enfin, le solde courant, qui est le plus pertinent pour examiner l’équilibre financier du pays car il inclut aussi les flux de revenus des investissements étrangers et les autres opérations courantes, est lui aussi négatif de -28 milliards d’euros.
La perte de compétitivité est un poison lent qui est à la fois occultée et encouragée par notre appartenance à l’euro. En l’absence de ce formidable canal de financement des déficits externes et publics, la France aurait sans doute dû dévaluer à plusieurs reprises sa monnaie, ce qu’elle n’a jamais cessé de faire avec le franc après 1945. Une dévaluation ajuste brutalement la dépense au revenu national et limite donc mécaniquement l’accumulation de déséquilibres externes. Maintenir la parité de sa monnaie demande alors une grande discipline sur la compétitivité, c’est la leçon retenue par les pays nordiques ou asiatiques après les crises des années 1990. Abritée par l’euro, la France dégrade sa compétitivité et laisse filer les déficits externes.
La première conséquence néfaste du déficit de compétitivité, c’est un moindre revenu national. Cela se mesure au niveau du produit intérieur brut, et dans ses composantes, l’emploi et la productivité. Cette dernière donne les salaires et les profits, même s’ils sont largement remodelés par le système socio-fiscal avant d’atterrir dans le compte en banque des ménages. Moins de revenu national, c’est moins de richesse collective, et c’est une faiblesse quand on a besoin de financer la transition écologique tout en répondant à la forte demande sociale de progrès des niveaux de vie et d’inclusion.
Deuxième conséquence néfaste : une perte de souveraineté économique et financière. Economique car notre capacité à produire n’est plus là, ce qui nous rend dépendant de l’extérieur, comme nous avons pu le mesurer durant le covid puis la crise énergétique. Financière car l’accumulation de déficits externes devient au fil du temps une dette extérieure nette de près de 800 milliards d’euros fin 2023, qui nous oblige vis-à-vis de nos créanciers et de nos partenaires européens avec qui nous partageons l’euro. On a bien vu, durant la crise de la zone euro, que les déficits courants de nos voisins italiens ou espagnols se sont transformés en de redoutables étaux pour leurs économies, les contraignant à des politiques brutales d’ajustement.
Les politiques de l’offre mises en place à la suite du rapport Gallois apportent la bonne réponse à la perte de compétitivité de la France, même si elles n’ont pas été d’ampleur suffisante pour la rétablir. Certes les montants totaux consentis depuis une décennie en allègements de cotisation, baisses de l’IS, baisses d’impôts de production ont été considérables, mais la France n’en demeure pas moins celui des grands pays de la zone euro où les prélèvements nets sur les entreprises sont les plus élevés. L’écart est particulièrement important sur les impôts de production qui sont acquittés par les entreprises même quand celles-ci ne sont pas bénéficiaires. Si le coût du travail a été ramené en moyenne vers le niveau allemand, les prélèvements sur le travail restent particulièrement importants sur les travailleurs qualifiés. Malgré ces handicaps persistants, plusieurs signaux positifs sont apparus avant le covid : stabilisation des parts à l’exportation et en valeur ajoutée industrielle, redressement des projets d’investissements étrangers.


Au fond, le redressement de la compétitivité demande d’aller plus loin dans le rééquilibrage entre production et consommation, entre revenu et dépense. Sur le plan des finances publiques, il faut sortir du paradigme où l’Etat taxe la production et s’endette pour soutenir le pouvoir d’achat et augmenter l’emploi public. Sur le plan du marché du travail, il faut s’interroger sur l’interventionnisme de l’Etat au niveau des salaires (SMIC), du temps de travail (35 heures), des revenus de remplacement (chômage, retraite, minima sociaux) qui vise globalement à soutenir le pouvoir d’achat et la consommation plutôt qu’à encourager l’offre et la demande de travail qui sont pourtant au fondement de la production de richesse.
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