Entreprises / Actions / Pernod Ricard / résultats annuels / Chine / acquisition
Entreprises / Actions
Pernod Ricard / résultats annuels / Chine / acquisition
Pernod Ricard : une empreinte géographique bien équilibrée qui donne confiance / L’Inde est officiellement devenue le deuxième marché du groupe
A première vue, il pourrait il y avoir de quoi s’alarmer. Pour son exercice clôt en 30 juin dernier, Pernod Ricard a fait état ce jeudi d’un résultat net annuel en très fort repli, de 35 % sur un an, à 1,48 milliard d’euros, pour un chiffre d’affaires stable (-1 % sur un an) à 11,6 milliards d’euros. Son résultat courant a perdu quant à lui 14,5 % par rapport à l’exercice précédent, à 2 milliards d’euros. Une performance que le géant français des vins et spiritueux considère néanmoins comme "solide, dans un environnement marqué par une normalisation du marché des spiritueux après deux années de croissance exceptionnelle post-Covid ".
Des marchés qui se compensent
De fait, si le groupe est loin de ses taux de croissance pré-pandémique (6 % en moyenne) et encore plus des années "revenge conviviality" d’après confinements (+ 17 % de croissance en 2022 et + 10 % en 2023), plusieurs facteurs expliquent les performances publiées ce jour, dont un effet de change négatif (-784 millions d’euros) lié à la livre turque, au peso argentin, au dollar américain et yuan chinois. Par ailleurs, quand d’autres régions du monde ont achevé leur normalisation, celle-ci est toujours en cours aux Etats-Unis, premier marché de Pernod Ricard (20 % du chiffre d’affaires global). Un phénomène de rattrapage auquel il faut aussi ajouter un coût de portage des stocks des détaillants et des grossistes impacté par des taux d’intérêt élevés. Surtout, l’environnement macroéconomique de la Chine, qui représente 10 % de ses ventes, est resté déprimé. Résultat : le chiffre d’affaires réalisé aux Etats-Unis a dégringolé de 9 % et de 10 % en Chine.
Pas de quoi inquiéter l’entreprise pour autant. "L’un des atouts de Pernod Ricard, un de ses avantages compétitifs au-delà de son portefeuille de marques, est son empreinte géographique parfaitement équilibrée, entre les Amériques, l’Europe, la Chine, et l’Asie-reste du monde", a rappelé son président-directeur général, Alexandre Ricard, à l’occasion d’une conférence de presse. Deux zones sont en effet en croissance pour son exercice 2023-2024 : l’Europe (hors Russie) à + 2 %, grâce notamment à une bonne croissance en Allemagne et en Pologne et l’Asie-reste du monde, où la croissance du chiffre d’affaires est de + 3 %. "L’on notera également les très belles performances du groupe au Brésil et au Mexique où nous avons continué de gagner des parts de marché, relevant ainsi la croissance en Amériques à -5 % ", a précisé le patron de Pernod Ricard.
Une croissance future tirée par l’Inde
Un équilibre de l’empreinte géographique qui doit également se comprendre en termes de pays matures et émergents. L’Inde est ainsi officiellement devenue l’année passée, le deuxième plus grand marché de l’entreprise. "Depuis 2019, la croissance moyenne par an du chiffre d’affaires est de 8 %. Nous possédons en outre dans le pays 48 % de parts de marché et un très beau portefeuille de marques, indiennes mais aussi d’importation comme Jameson, Chivas, Ballantine’s. De quoi laisser penser que l’Inde continuera de tirer la croissance de Pernod Ricard dans les années à venir", a assuré le président-directeur général.
D’ailleurs, d’autres indicateurs financiers annuels montrent la solidité de l’entreprise. La marge brute a par exemple augmenté de 108 points de base sur un an, grâce à l’effet prix, aux efficacités opérationnelles et à un contrôle des coûts de structure, tandis que celle opérationnelle a progressé de 80 points de base en organique, pour atteindre 28,4 %. Le free cash flow s’établit quant à lui à 963 millions d’euros, certes en baisse de 33 % par rapport à l’exercice précédent, mais en raison de l’accélération des investissements stratégiques du groupe dans son portefeuille de marques.
Partenaire de Lewis Hamilton
A ce titre, Pernod Ricard a annoncé ce jeudi, en marge de ses résultats annuels, avoir pris une participation minoritaire dans Almave, premier spiritueux sans alcool à base d’agave bleu, imaginé par le champion de Formule 1, Lewis Hamilton, et aux côtés de l’incubateur de spiritueux mexicain Casa Lumbre ainsi que le cabinet de conseil et d’investissement Copper. "Avec Almave, Lewis Hamilton et Casa Lumbre ont conçu un produit tout à fait exceptionnel en termes de qualité, de goût et de positionnement. L’agave est une catégorie très prisée à travers le monde. Cette déclinaison sans alcool, qui rend pleinement hommage à l’artisanat et au savoir-faire de la distillation traditionnelle, est un apport des plus précieux à notre portefeuille premium. Je suis très heureux que Pernod Ricard puisse accompagner le développement d’Almave pour que la marque puisse atteindre tout son potentiel ", s’est félicité Alexandre Ricard.
De quoi donner confiance au groupe sur le moyen terme. L’entreprise a confirmé son ambition de viser une croissance organique du chiffre d’affaires dans le haut d’une fourchette comprise entre + 4 et + 7 % et d’une croissance organique de la marge opérationnelle courante de + 50 à + 60 points de base.
La prudence est de mise en Chine
Pour l’année qui vient de débuter, un retour à la croissance organique du chiffre d’affaires, avec une amélioration progressive des volumes et le maintien d’une marge opérationnelle organique sont attendus. A noter que Pernod Ricard s’attend cependant à un premier trimestre modeste du fait d’une poursuite des ajustements de stocks aux Etats-Unis et un contexte macroéconomique toujours dégradé en Chine.
D’ailleurs, l’Empire du Milieu reste la seule incertitude, à ce stade, pour l’entreprise. Ce jeudi matin, Pékin a annoncé renoncer à ses mesures de représailles sur le cognac importé d’Europe, probablement pour tenter de dissuader les membres de l’Union européenne d’adopter définitivement la proposition de la Commission européenne imposant des droits de douane supplémentaires allant jusqu’à 36,3 % sur les véhicules électriques fabriqués en Chine.
Une bonne nouvelle pour les marchés permettant à Pernod Ricard de prendre la tête du CAC 40 ce jeudi midi (+ 4,98 % à 135 euros) mais une décision qu’Alexandre Ricard veut prendre avec prudence. "Il ne s’agit que de mesures temporaires. Le pays a d’ailleurs communiqué une liste sur des marques européennes montrant à quoi pourraient ressembler des tarifs définitifs à l’issue de l’enquête anti-dumping lancée au début de l’année, soit entre 30 et 40 %. La Chine se donne jusqu’en juillet 2025 pour conclure sur des tarifs définitifs", a-t-il expliqué, indiquant que "Pernod Ricard continuerait de collaborer en toute transparence avec les autorités locales".
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

