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La marge de manœuvre d’Atos se réduit encore / Un profit warning peut en cacher un autre
La marge de manœuvre n’était déjà pas des plus confortables. Elle vient de se réduire davantage. En lançant lundi un avertissement sur ses résultats attendus sur la période 2024-2027, Atos confirme si besoin sa difficulté à établir un plan d’affaires crédible face aux incertitudes d’une restructuration financière qui ne sera pas achevée avant début 2025. Compte tenu aussi de la grande instabilité managériale qui caractérise l’entreprise depuis un bon moment déjà. Et, comme le note le cabinet Oddo BHF, "la détérioration de la demande sur le marché des services informatiques, notamment en Europe", y est sans doute pour quelque chose.
Le groupe, dont Jean-Pierre Mustier a récupéré la totalité des commandes voici un peu plus d’un mois, avait d’ailleurs déjà ajusté à la baisse son plan d’affaires initial 2024-2027 le 29 avril dernier.
Plus surprenant est le timing de l’annonce faite cette fois-ci, quelques semaines après la confirmation dudit plan d’affaires, lors de la publication de résultats semestriels dégradés. Les investisseurs y verront ainsi une nouvelle illustration de la versatilité des prévisions de la direction.
Désormais, Atos prévoit pour 2024 une baisse organique de son activité de 4 %, au lieu de 3,3 % annoncé précédemment, avec une marge opérationnelle de 0,2 milliard d’euros, soit 2,4 % du chiffre d’affaires, contre 2,9 % estimé auparavant.
Prévisions utopiques ?
Si l’on se projette à l’horizon 2027, l’ambition de chiffre d’affaires est ramenée à 10,6 milliards d’euros, contre 11 milliards d’euros communiqué précédemment, avec un objectif de marge opérationnelle désormais fixé à 9,4 %, au lieu de 9,9 %. Un niveau de rentabilité qui serait le plus élevé jamais réalisé par le groupe depuis deux décennies, dont l’atteinte reste donc quoi qu’il en soit une gageure, vu d’où part l’entreprise. De fait, la nouvelle projection n’est pas jugée plus réaliste que la précédente. "Les prévisions jusqu’en 2027 semblent encore beaucoup trop optimistes", estime Oddo BHF.
L’idée de bâtir un plan de restructuration financière sur la base de projections considérées comme utopiques risque de ne pas aider Atos à regagner la confiance du marché ; dont le groupe a pourtant besoin. D’autant plus dans le cadre d’une restructuration financière quasi exclusivement composée de nouvelle dette, ce qui fait de l’augmentation de capital prévue de 233 millions d’euros un enjeu important, alors que celle-ci n’est garantie en numéraire par les porteurs d’obligations qu’à hauteur de 75 millions d’euros.
Avant cela, il faut encore que le Tribunal de Commerce spécialisé de Nanterre valide le plan de sauvetage accéléré. Or, il n’est pas totalement acquis non plus que le juge considère que ce plan tel qu’il est conçu, avec son importante nouvelle dette et son très faible apport en cash, permette à Atos d’opérer son redressement opérationnel dans les temps. Dans ses nouvelles prévisions (qui intègrent la réussite de l’augmentation de capital), Atos repousse déjà à 2027 son objectif d’un ratio de dette nette sur Ebitda inférieur à 2, et son besoin de trésorerie s’est alourdi de 200 millions d’euros pour 2024.
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