Start-up
Start-up
L’Europe peut compter sur ses championnes de la Tech pour porter ses couleurs / Mais des barrières restent à faire tomber
Le France Digitale Day s’ouvre ce mercredi matin. L’occasion pour la French Tech, de ses start-ups à ses financeurs, d'échanger autour des grands sujets d’actualité. Mais aussi, pour l’association les réunissant, de donner une vision plus précise de cet écosystème à l’échelle européenne. Car aux côtés de plus de 30 de ses homologues et avec ses deux partenaires Teneo et Vultr, France Digitale dévoile aujourd’hui la deuxième édition de la cartographie des ambassadeurs de la Tech européenne, réunis sous la bannière de "Leading European Tech Scaleups" (LETS). Des entreprises fondées après 2000, innovantes et en pleine expansion, réalisant au moins 10 millions d’euros de chiffre d’affaires annuel et qui commercialisent leurs produits et services au-delà de leur marché d’origine (pour au moins 1 million d’euros de revenus). Et les résultats sont probants : alors que 135 entreprises avaient été repérées l’an passé, elles sont désormais au nombre de 251.
Des entreprises viables
D’autant que l’étude contient plusieurs bonnes nouvelles. Par exemple, 60 % des LETS sont déjà rentables, le reste prévoyant de l’être dans les prochaines années. "Ces scales-ups opèrent dans des secteurs émergents et sont pourtant déjà mondiales et viables en majorité. La difficulté des entreprises européennes à passer à l’échelle est un sujet récurrent, mais il faut souligner que nous avons de véritables champions", fait remarquer à WanSquare Philippe Maze-Sencier, le président du cabinet de conseil Teneo France. Effectivement, l’étoffe des LETS n’a plus rien à voir avec celle d’une petite start-up. Outre leurs chiffres d’affaires significatifs, elles se rapprochent davantage d’ETI bien en place, en employant en moyenne 415 collaborateurs.
Des entreprises bien développées et possédant donc surtout une présence mondiale, puisque 70 % d’entre elles ont des clients en dehors du Vieux continent. Leur marché favori reste les États-Unis, tandis que la France, le Royaume-Uni et l’Allemagne les suivent ensuite. Ce qui soulève toutefois une question : pourquoi les scale-ups européennes choisissent-elles de s’exporter outre-Atlantique en priorité, plutôt que dans un pays voisin ?
Le premier des obstacles au développement en Europe reste la fragmentation, souligne l’étude de France Digitale. Malgré un marché unique, le continent reste composé de plus de 27 entités différentes (la cartographie inclut le Royaume-Uni), qui possèdent leurs propres législations et langues. L’ouverture d’un pays peut prendre de 3 mois à 3 ans, les secteurs réglementés comme la finance ou la santé étant soumis à plus de longueurs.
Un manque à gagner
Autre ombre au tableau, celle des sorties. Sur la seule année 2021, les États-Unis ont connu plus d’introductions en Bourse (IPO) dans la Tech que l'Europe sur la période s’étalant de 2015 à 2023, tandis que depuis 2018, 50 entreprises fondées en Europe ont déposé une demande d’IPO aux États-Unis. Dommageable pour l’attractivité des places européennes.
Si l’opérateur paneuropéen Euronext s’active afin de faire de ses différentes Bourses une terre d’accueil de choix pour les entreprises technologiques, reste que ces opportunités manquées d’IPO européennes représentent une perte économique de 439 milliards de dollars depuis 2015, fait remarquer France Digitale.
Pour démêler ce double nœud, l’association propose deux mesures : l’introduction d’un 28e régime d’entreprises qui permettrait aux sociétés européennes de réaliser une seule procédure administrative pour l’ensemble du marché unique et l’élimination des coûts de transactions transfrontaliers pour les investissements en actions. Cela devrait accroître la liquidité des marchés financiers européens. Alors qu’Ursula von der Leyen vient tout juste de dévoiler son équipe de commissaires, dont la nomination devra être avalisée par le Parlement européen, nul doute que la nouvelle politique européenne devra se pencher sur la question. "L’objectif sera de porter ces messages et de faire vivre cette initiative auprès des décideurs, grâce notamment à des évènements prévus avec les associations locales à Dublin, à Bruxelles ou encore aux Pays-Bas, en mettant notre réseau à profit. Il faut faciliter la croissance de ces scales-ups européennes. Si nous voulons être maîtres de notre futur, il nous faudra plus de capacités technologiques, mais aussi plus de capacités financières", pointe Philippe Maze-Sencier.
Une entrave réelle
Autant de sujets effectivement en vogue en Europe, alors même que le récent rapport de Mario Draghi expliquait à quel point les entreprises innovantes souhaitant se développer en Europe étaient entravées par des réglementations restrictives. Pour illustrer ce problème, il donne quelques chiffres : entre 2008 et 2021, 30 % des licornes (les entreprises qui ont dépassé le milliard de dollars de valorisation) fondées en Europe ont transféré leur siège social à l’étranger, principalement aux États-Unis.
Il reste en tout cas à souligner que la French Tech est plus que bien représentée au sein du panel. Back Market, Doctolib, Ledger, Blablacar, Brut, Deepki, Devialet, Driveco, Electra, 360Learning, Exotec, Mirakl, Payfit, Qonto, Swile, Vestiaire Collective… la liste est longue - elle se compose de 82 entreprises. Elle est suivie par les Pays-Bas (41), le Royaume-Uni (36) et la République tchèque (19). "Les scales-ups espagnoles montent en puissance, il y a de plus en plus de hubs technologiques dans l’Union européenne en dehors de Paris. La force de cet écosystème réside aussi dans la capacité des institutions, comme France Digitale, à travailler avec les autres. Le fédérer plus encore est indispensable, la réussite appelle la réussite", assure Philippe Maze-Sencier.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

