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Macro-économie / Taux / Chine / Politique monétaire

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Chine / Politique monétaire

La Chine vient (encore) en soutien de son économie / Baisses des taux et assouplissement réglementaire

Aux prises avec une croissance historiquement faible, la deuxième économie du monde a, par le biais de sa Banque centrale, dévoilé de nouvelles mesures pour la doper. Si leur ampleur a surpris les observateurs, il n’y a rien d’acquis qu’elles soient efficaces.
Pan Gongsheng, gouverneur de la Banque populaire de Chine - ADEK BERRY / AFP
Pan Gongsheng, gouverneur de la Banque populaire de Chine - ADEK BERRY / AFP

L’économie chinoise n’est pas laissée seule face à elle-même. Les décideurs de l’Empire du milieu ont annoncé une salve de mesures pour lui venir en aide. Au deuxième trimestre, son Produit intérieur brut (PIB) n’avait augmenté que de 2,8 % en rythme annualisé entre avril et juin (soit 0,7 % en glissement trimestriel), un chiffre au plus bas depuis de nombreux trimestres, tandis que le gouvernement a un objectif de croissance de 5 % pour 2024. Et les données économiques du mois d’août n’envoient pas le signal d’un quelconque redressement.

Dans ce contexte, la Banque populaire de Chine (PBoC), a annoncé une réduction de 50 points de base du ratio de réserves obligatoires (RRR) des banques et a laissé entendre qu’elle le réduirait encore de 25 à 50 points de base d’ici la fin de l’année, en fonction de la situation. Le RRR représente le rapport entre certains des passifs des banques, essentiellement les dépôts des clients, et ce qu’elles doivent déposer auprès de la Banque centrale – ces réserves constituent un filet de sécurité. L’ajuster à la baisse permet ainsi mécaniquement de libérer des fonds. Cela devrait être de l’ordre de 1 000 milliards de yuans, soit 128 milliards d’euros, selon Pan Gongsheng, gouverneur de la Banque centrale chinoise.

En outre, l’institut d’émission va notamment mener une réduction de 20 points de base de son taux de prise en pension à 7 jours et une réduction de 30 points de base de son taux de facilité de prêt à moyen terme (MLF) à 1 an. Par ailleurs, certaines mesures ciblées ont été prises pour soutenir le marché du logement, en crise depuis plusieurs années. La mise de fonds minimale pour les résidences secondaires sera abaissée de 25 % à 15 %.

De plus, la PBoC fournira désormais 100 % du financement nécessaire aux banques pour accorder des prêts dans le cadre du programme de déstockage de biens immobiliers, contre 60 % auparavant. Pour mémoire, s’inquiétant de l’envolée de leur endettement, Pékin a durci les conditions d’accès au crédit pour les promoteurs immobiliers en 2020, ce qui en a conduit certains à la faillite. D’après plusieurs estimations, le secteur du logement et de la construction a longtemps pesé, au sens large, pour plus d’un quart du PIB de la deuxième économie mondiale.

" Ce sont des décisions audacieuses au plan historique", souligne Betty Wang, économiste chez Oxford Economics, qui juge que les réductions importantes des taux d’intérêt de la Réserve fédérale américaine la semaine dernière, ainsi que l’entrée en vigueur de la politique d’assouplissement des autres grandes banques centrales, ont atténué la pression à la dépréciation du yuan et ont donné à la PBoC une plus grande marge de manœuvre pour assouplir sa politique monétaire.

Pour autant, ces mesures seront-elles suffisantes ? Julian Evans-Pritchard, chef économiste chez Capital Economics, en doute. "La principale contrainte qui pèse actuellement sur la croissance des prêts est la faiblesse de la demande de crédit, qui ne recevra qu’un modeste coup de pouce de la baisse prévue de 20 à 30 points de base des taux d’intérêt débiteurs", note-t-il, ajoutant qu’en raison de la baisse récente de l’inflation, les taux d’intérêt réels resteront assez élevés. "Globalement, avec le désendettement des ménages et la prudence de nombreuses entreprises privées en matière d’emprunt, la politique monétaire a perdu une grande partie de son efficacité en Chine. Il est donc peu probable que les mesures prises aujourd’hui entraînent à elles seules un redressement de la croissance du crédit et de l’activité économique", estime-t-il.

Pour renverser la vapeur, il faudrait une impulsion budgétaire plus substantielle que la modeste augmentation des dépenses publiques à l’œuvre. "Cela n’est pas exclu. En fait, le plus important dans l’annonce d’aujourd’hui est qu’elle témoigne d’un plus grand sens de l’urgence en matière de soutien à l’économie que ce que l’on avait pu voir auparavant. Toutefois, ce soutien est loin d’être garanti, compte tenu des contraintes imposées par les préoccupations relatives à la soutenabilité de la dette", soutient Julian Evans-Pritchard.

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