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En quête de nouveaux fonds, Ynsect entre en procédure de sauvegarde / Des délais qui pèsent sur cette ambassadrice industrielle de la French Tech
Quand les financements se raréfient, même les icônes de la French Tech ne sont pas à l’abri. Et tout particulièrement quand elles se caractérisent par un modèle d’affaires industriel qui peine encore à rassurer nombre d’investisseurs. Ynsect, le spécialiste des protéines et des engrais à base d’insectes, a en effet a annoncé jeudi avoir obtenu auprès du Tribunal de commerce d’Evry l’ouverture d’une procédure de sauvegarde, accessible aux entreprises étant encore capables de régler leurs fournisseurs et ayant comme objectif de geler ses dettes, durant au moins six mois, en attendant que la situation se reprenne.
L’entreprise fait pourtant partie des figures de proue de l’écosystème des start-ups françaises, tout particulièrement du côté de celles qui incarnent la renaissance industrielle "verte". Fondée en 2011 notamment par Antoine Hubert, elle a depuis été soutenue sur le plan financier par des investisseurs français phares, comme Bpifrance, la Caisse des Dépôts ou Crédit Agricole, par l’État français ainsi que bon nombre de financiers et family offices internationaux. De levées de fonds en levée de fonds et malgré quelques retards et dépenses imprévues, la construction de sa grande ferme verticale dans la Somme, à Poulainville, nommée "Ynfarm" était finalement achevée et le site de production mis en service. Et en dépit d’un contexte peu favorable aux levées de fonds dans la French Tech, Ynsect avait finalement réussi à réaliser un tour de table de série D de 160 millions d’euros au mois d’avril 2023, sans toutefois préciser qui y avait participé. En comptant les subventions et les fonds levés, les financements d’Ynsect dépassent à date les 600 millions de dollars.
Atterrissage délicat
L'annonce de cette levée de fonds coïncidait aussi plus ou moins avec un recentrage stratégique sur certaines activités, la fermeture d'un site de production aux Pays-Bas et quelques coupes dans les effectifs. Rapidement après, un changement de gouvernance s’opérait à la direction de l’entreprise, Antoine Hubert ayant alors laissé sa place à Shankar Krishnamoorthy, un ancien membre du comité exécutif d’Engie présent chez Ynsect depuis 2021, tout en restant aux manettes de l’innovation et vice-président exécutif de la jeune pousse. "Depuis 2023, Ynfarm délivre des produits pour les plantes, et depuis cet été, la production de protéines a débutée. Cependant, l’atterrissage du projet industriel nécessite encore des capitaux additionnels dans l’attente d’un niveau de production et de ventes permettant d’assurer la rentabilité de l’entreprise", explique Ynsect.
Effectivement, les comptes de 2023 de l’agritech n’ont pas encore été dévoilés, mais ceux de 2022 faisaient ressortir une perte de près de 90 millions d’euros. Ce qui appelle donc à de l’argent frais pour pouvoir continuer à faire monter son usine phare en puissance et faire ainsi tourner son activité. "Ynsect est en discussion avancée avec un certain nombre d’investisseurs désireux d’accompagner et de financer cette phase de lancement de son processus industriel. Les délais inhérents à la réalisation de cette levée de fonds se sont toutefois avérés incompatibles avec la pression financière subie par l’entreprise", admet cette dernière.
Un enjeu particulier
Il faut dire que les start-ups industrielles représentent un enjeu particulier pour les investisseurs. Des fonds ont besoin d’être massivement déployés par ces dernières en R&D dans un premier temps, puis pour construire des usines par la suite, avant de pouvoir réellement générer des revenus significatifs et de décoller. Le marché sur lequel se positionne Ynsect est porteur, comme en témoignent les nombreux contrats signés par l’entreprise ou ses consœurs, à l’instar d’Innovafeed. Mais les financements privés répondent encore peu à l’appel, qui plus est dans le contexte actuel de frilosité. "Ce qu’on vise, ce n’est plus de faire 100 usines par an, c’est de faire émerger des dizaines de nouvelles entreprises industrielles issues de l’écosystème des start-ups industrielles. On doit aider à sécuriser les projets pour attirer les investisseurs, mais on a aussi besoin que les investisseurs privés se mobilisent et ouvrent (plus, certains le font déjà) leur vision sur ces entreprises", commentait d’ailleurs aujourd’hui sur ses réseaux sociaux l’ancien directeur adjoint de la mission French Tech, désormais directeur de projet réindustrialisation et réglementation à la Direction Générale des Entreprises, Louis Fleuret.
Sachant que la procédure de sauvegarde d’Ynsect pourra être renouvelée à son terme, pour la même durée, l’entreprise pourrait donc bénéficier d’une année pour trouver de nouveaux financements et se remettre à flot. Les travaux relatifs à l’adossement capitalistique se poursuivront sous l’égide de l’administrateur judiciaire désigné par le Tribunal, Maître Hélène Bourbouloux.
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