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Sorare dans le viseur de la Commission des jeux d’argent britannique / Des accusations contestées par l'entreprise
L’enquête aura été longue, mais le verdict est tombé. Sorare, licorne française spécialisée dans les ligues virtuelles sportives basées sur des jetons non fongibles (NFT), se retrouve dans le viseur de la "Gambling Commission", autorité des jeux d’argent britannique. Dans un très bref communiqué, elle faisait en effet savoir la semaine dernière que Sorare devrait comparaître devant le tribunal : l’entreprise est accusée d’avoir fourni des services de jeu sans licence aux consommateurs en Grande-Bretagne.
Une accusation que la principale intéressée réfute. "Nous prenons acte des déclarations de la Gambling Commission britannique auprès de la presse et contestons fermement les charges retenues à l’égard de Sorare. Nous tenons à rappeler que notre activité est conforme au droit britannique et relève du divertissement sportif. Elle ne relève absolument pas des paris sportifs ou des jeux d’argent", pointe la start-up fondée en 2018 par Nicolas Julia et Adrien Monfort.
L’origine de l’affaire remonte à octobre 2021. C’est alors que l’autorité de régulation des jeux d’argent du Royaume-Uni avait ouvert une enquête pour savoir si l’activité de l’entreprise, non agréée par cette Commission, échappait à la réglementation à laquelle les opérateurs qui le sont doivent se conformer. Il faut dire que le cas Sorare est un peu particulier, alors que l’entreprise se situe à la croisée de trois chemins : les NFT, les cartes de sport et les "fantasy games". En clair, son application et son site web proposent à ses utilisateurs des cartes représentant des sportifs (football, basketball et baseball) sous forme de NFT. Chaque actif est donc unique et sa propriété traçable, au travers de la blockchain Ethereum.
Des spécificités
Les joueurs peuvent collectionner, posséder et échanger ces objets, dans le but de créer des équipes virtuelles et de participer à des compétitions sportives en ligne, ou encore d'accumuler des points reposant sur les performances réelles de joueurs et des clubs, avec qui la société a noué des partenariats (de même avec certaines des plus grandes ligues du monde). Même s’il n’est pas obligatoirement nécessaire de payer pour jouer sur la plateforme, la valeur de ces objets peut donc fluctuer. Et ils peuvent aussi être revendus. Certaines espérances de gains pourraient se dessiner du côté des utilisateurs, ce qui pourrait aussi ouvrir la voie à une assimilation à un jeu d’argent. Les cartes ne peuvent néanmoins pas être perdues au cours d’un jeu, les risques de perte sont donc limités.
S’agirait-il donc d’une méprise quant au modèle de la plateforme ? En France, il n’est en tout cas pour l'instant pas assimilable à celui d’un jeu d’argent. "La nouvelle catégorie de jeux dans laquelle s’inscrit Sorare a d’ailleurs été récemment reconnue en France à travers la création du régime de jeu à objet numérique [monétisable] (JONUM), dans la loi du 21 mai 2024 visant à sécuriser et à réguler l’espace numérique. Ce cadre réglementaire innovant permet de tenir compte des spécificités des fantasy games basés sur la technologie Web 3", retrace la start-up. Pour mémoire, ce texte contient notamment un cadre réglementaire expérimental visant à favoriser le développement en France de l’économie des JONUM, qui s’appuient le plus généralement sur la blockchain et les NFT.
Une victoire pour l’entreprise qui compte notamment parmi ses investisseurs SoftBank ou Eurazeo ou parmi ses business angels, ambassadeurs et conseillers des sportifs internationaux, à l’instar d’Antoine Griezmann, Gerard Piqué, Kylian Mbappé ou Serena Williams. Après avoir levé 680 millions de dollars en série B et en septembre 2021, Sorare avait été valorisé à plus de 4 milliards de dollars. Pour l’heure, l’audience menée par la "Gambling Commission" aura en tout cas lieu ce 4 octobre au tribunal d’instance de Birmingham. "Sorare continue d’opérer normalement au Royaume-Uni et n’aura pas vocation à commenter davantage la procédure en cours", assure de son côté l’entreprise.
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