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Atos : le bras de fer entre les créanciers et l’État sur les actifs souverains se prolonge / Des ventes d'actifs au point mort
Tandis qu’Atos a vu son plan de sauvegarde accélérée récemment approuvé par ses actionnaires et créanciers, ses ventes d’actifs patinent. Cela va faire quatre mois que le groupe a entamé un bras de fer avec l’Etat sur le prix de vente de ses actifs souverains.
Mi-juin, l’APE, l’Agence des Participations de l’Etat, avait fait une offre de 700 millions d’euros pour acheter les activités d’Atos jugées stratégiques et sensibles. Depuis le départ, l’offre est jugée trop faible par les créanciers d’Atos, appelés à devenir ses principaux actionnaires.
Il est vrai qu’ils ne sont pas demandeurs, leur position étant que l’Etat doit mettre le prix s’il veut protéger ces actifs représentant une large partie des activités "big data" et sécurité (BDS) d’Atos, dont il veut racheter trois branches : "Advanced Computing", "Mission-Critical Systems" (MCS), et produits de cybersécurité. Au sein de la première figurent en particulier les supercalculateurs sont essentiels à la simulation d’essais nucléaires ou à la gestion du parc des centrales nucléaires d’EDF, tandis que la deuxième comprend le système de commandement du programme Scorpion de l’armée de Terre. Soit en tout, un périmètre de 1 milliard d’euros de chiffre d’affaires sur un total de 1,5 milliard pour la totalité des activités de BDS.
L’Etat a relevé son offre le 30 septembre, mais pas suffisamment, si bien que celle-ci "a expiré le 4 octobre, sans que les parties ne soient parvenues à un accord", a indiqué lundi Atos. Pour autant, le dialogue n’est pas rompu. D’un côté, le groupe souhaite poursuivre les discussions et a transmis à l’Etat français "une nouvelle proposition compatible avec le plan de restructuration financière". Sachant que ledit plan prévoit la préservation de ces activités au sein du groupe, l’expiration de l’offre n’affecte donc pas le processus de restructuration financière en cours.
De l’autre, la tonalité de la réponse du ministère désormais dirigé par Antoine Armand reste constructive. Ayant "pris bonne note" de la nouvelle proposition formulée par Atos, Bercy "étudiera dans les prochains jours, en lien avec la société, de nouveaux schémas d’opérations d’acquisition de ces activités". En lien aussi, avec ses partenaires industriels, avec lesquels il planche sur le dossier, qui ne sont pas cités, mais parmi lesquels il ne serait pas surprenant de trouver Thales, qui s’était déjà déclaré intéressé par la branche "Mission-Critical Systems" par le passé.
Il reste que la dernière révision à la baisse par le groupe de son plan d’affaires ne joue pas en faveur d’une réévaluation à la hausse de la valorisation des activités qui les intéressent. D’une façon générale il n’est pas du tout certain qu’Atos soit en position de force dans ces négociations, pas plus d’ailleurs que dans celles avec Alten pour la vente de Worldgrid, sa filiale hautement critique qui conçoit les systèmes de pilotage des centrales nucléaires (notamment pour EDF).
La Commission européenne a certes annoncé lundi avoir autorisé le rachat de Worldgrid par le groupe d’ingénierie et de conseil en technologies Alten, mais aucune annonce entre les deux parties n’a filtré depuis le 12 juin et l’entrée en négociations exclusives sur la base d’une valeur d’entreprise de 270 millions d’euros. Dans ses prévisions de trésorerie, Atos prévoit l’arrivée du produit net de la cession de Worldgrid au premier semestre 2025.
La rapidité de ces deux cessions, celle des actifs souverains, et celle de Worldgrid, revêt pourtant une grande importance. Rappelons que pour financer son activité jusqu’à la clôture du plan de restructuration financière, Atos a obtenu un financement intérimaire de 800 millions d’euros octroyé par ses créanciers à des taux très élevés. Un montant que ces deux cessions permettraient donc de rembourser, sans toucher à la new money (entre 1,5 et 1,675 milliard d’euros), dont le groupe aura bien besoin pour sécuriser son financement tout au long de 2025, jusqu’à ce que sa génération de trésorerie devienne positive dans le courant de 2026.
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