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Pernod Ricard / Rémy Cointreau / Chine
Les mesures de rétorsion chinoises contre les spiritueux pénalisent (déjà) Pernod Ricard et Rémy Cointreau / La négociation encore possible ?
Une réponse (attendue) qui fait mal. Les valeurs du secteur des spiritueux reculaient fortement ce mardi matin en Bourse. Pernod Ricard perdait encore 3.92 % à midi tandis que Rémy Cointreau cédait 8,49 % à la même heure, soit la plus forte baisse du SBF 120 à la mi-journée. Une matinée noire qui reflète la tendance constatée vendredi dernier, jour au cours duquel les deux titres étaient déjà sous pression, Pernod Ricard s’adjugeant même la plus forte baisse du CAC 40 à la clôture.
Une contre-attaque sans surprise
Il faut dire que les investisseurs s’inquiétaient que Pékin ne réagisse au vote, par les Etats-membres de l’Union européenne, d’autoriser la Commission européenne à imposer des droits de douane supplémentaires (allant jusqu’à 35 % en plus des 10 % déjà en vigueur) sur les véhicules électriques à batteries en provenance de Chine, malgré l’opposition ferme des Allemands qui redoutaient une guerre commerciale avec l’Empire du Milieu. Ils ne se sont pas trompés. Ce mardi matin, le ministère du Commerce chinois a fait savoir qu’à compter de ce vendredi, le 11 octobre, les importateurs de brandy en provenance d’Europe devraient déposer une caution auprès des douanes nationales. Un dépôt de garantie correspondant aux douanes de la République populaire de Chine qui devrait néanmoins être débité rétroactivement si le pays décidait, par la suite, d’appliquer officiellement des surtaxes douanières.
S’il s’agit de mesures protectionnistes provisoires, c’est toutefois une très mauvaise nouvelle pour les deux principaux fabricants de spiritueux français, que sont Rémy Cointreau, producteur du cognac Rémy Martin et Pernod Ricard. Ce n’est néanmoins pas une surprise. Son président-directeur général, Alexandre Ricard, confiait en août dernier, à l’occasion de la présentation des résultats annuels de son entreprise, vouloir se montrer prudent après que Pékin avait annoncé renoncer à ses mesures de représailles sur le cognac importé d’Europe (environ 25 % des débouchés de la filière dans le pays, selon le Bureau national interprofessionnel du cognac, BNIC), espérant ainsi dissuader la Commission européenne de taxer ses véhicules électriques. "La Chine a d’ailleurs communiqué une liste sur des marques européennes montrant à quoi pourraient ressembler des tarifs définitifs à l’issue de l’enquête anti-dumping lancée en janvier dernier, soit entre 30 et 40 %", avait alors prévenu Alexandre Ricard. Pour Rémy Cointreau, la marge de dumping réalisée sur les importations en Chine de sa division Cognac avait été évaluée à 38,1 %, "ce qui pourrait impliquer une taxe additionnelle dans la même proportion sur les exportations futures de Cognac vers la Chine", craignait de son côté le groupe présidé par Marie-Amélie de Leusse.
Quelles marges de manœuvre ?
C’est d’ailleurs dans ce contexte que le BNIC appelait encore vendredi les instances européennes à trouver "une solution négociée permettant d’éviter aux produits une surtaxe pouvant les exclure du marché chinois" et, ce mardi, "à tout faire pour éviter l’application de ces droits", dans un entretien à Reuters.
Si la décision devait se confirmer, l’impact de telles mesures de représailles pourrait toutefois être limité pour un groupe comme Pernod Ricard qui réalise 10 % de ses ventes en Chine. Ses revenus proviennent en effet, certes d’un portefeuille de marques complet, mais surtout de son empreinte géographique équilibrée, le groupe misant particulièrement sur l’Inde, son deuxième marché désormais derrière les États-Unis, pour tirer sa croissance future. Une stratégie de diversification qui lui a déjà permis de compenser, l’année dernière, l’environnement macroéconomique chinois déprimé.
Pour l’heure, la Commission européenne a annoncé ce mardi qu’elle allait contester devant l’Organisation mondiale du Commerce la décision de la Chine, l’estimant infondée.
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