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Industrie 4.0 / France Industrie / Wavestone / French Fab
Des industriels français engagés, malgré tout, sur la voie du 4.0 / Des clés pour maximiser le retour sur investissement, des sujets auxquels s'attaquer en priorité
Si les objectifs de réindustrialisation nationaux impliquent de voir émerger de nouvelles entreprises et usines dans le paysage français, il reste qu’un certain nombre d’acteurs sont d’ores et déjà bien en place. Lesquels font face à une concurrence internationale grandissante, mais avec certaines clés en mains pour les aider à mieux se déployer. Dont celle d'insuffler une brique supplémentaire de technologie à leurs activités. Alors, comment se porte l’industrie 4.0 française ? C’est pour répondre à cette question que le cabinet Wavestone, en partenariat avec France Industrie, la French Fab et le Hub France IA, a publié la quatrième édition de son baromètre dédié au sujet.
Et le constat n’a rien d’étonnant : dans un contexte économique plus difficile, 22 % des répondants indiquent avoir œuvré à certains ralentissements dans la mise en œuvre de ce type de projets. Mais paradoxalement, ils sont presque la même proportion (25 %) à déclarer que ce contexte leur aura permis d’accélérer leurs investissements de modernisation, là où les projets leur permettent de dégager un réel retour sur les fonds engagés.
De fait, certains aspects nécessitent effectivement d’être pris en compte avant de se lancer. Pierre Raymond, responsable de la chaîne d'approvisionnement numérique et des solutions de production chez Saint-Gobain, l’a expliqué à l’occasion d’une table ronde, organisée pour la publication de l’étude : "L’approche 4.0 nécessite de changer de vision, de passer de celle de 'la preuve de concept' à celle de 'la preuve de valeur'. Il est nécessaire d'offrir une qualification détaillée du projet d’investissement, la valorisation est clé. Monter un business case solide permet de ne pas tomber dans une forme de paralysie. Il faut ensuite obtenir un appui fort et au plus haut niveau hiérarchique. Chez Saint-Gobain, notre modèle décentralisé permet de donner plus de pouvoir aux usines. Et bien connaître les cas d’usage entraîne naturellement le fait de pouvoir démontrer la valeur d'un projet. Il reste enfin à bien articuler les retours sur investissement, surtout quand les initiatives nécessitent plusieurs phases".
En fonction de la taille
Il faut souligner, néanmoins, que les capacités d’un grand groupe à gérer ce genre de projets restent différentes de celles d’une PME. D’où l’intérêt, pour les aider à avancer, d'installer une réelle collaboration avec les grands comptes, qui sont souvent leurs donneurs d’ordres. "Les stratégies digitales doivent s’organiser à l’échelle d’une filière et l’intégration nécessite d'être totale. Les dirigeants de PME avec lesquels nous interagissons nous disent souvent qu’ils ont besoin de davantage de vision stratégique", a appuyé Philippe Mutricy, directeur de l'évaluation des études et de la prospective de Bpifrance. Une dimension stratégique qui permet effectivement de rester compétitif, dans un monde évoluant rapidement. Car l’industrie 4.0 n’est pas une fin en soi. "C’est plutôt un moyen. Après elle, il y aura l’industrie 5.0, puis la 6.0", a pointé Philippe Mutricy.
Pour Daniel Blengino, cofondateur et dirigeant de Visonairy, une start-up aidant les industriels à déployer des solutions d’intelligence artificielle au sein de leurs sites, les freins restent bien identifiés. Il observe par exemple, sur le terrain, que le soutien de la hiérarchie reste primordial. Le manque de ressources (et notamment de main-d’œuvre qualifiée) peut aussi poser problème. "Il y a un écart entre le monde du digital et celui de l’industrie. Le premier peut générer de la peur, même sur des sujets primordiaux comme la cybersécurité", a-t-il expliqué. L’essentiel étant, en fait, de sauter le premier pas, pour parvenir à se créer un socle technologique solide. "Quand on franchit l’étape technologique, on gagne du temps et de l’argent. Le vrai facteur permettant d’avoir un retour sur investissement est celui du passage à l’échelle. Il faut investir dans des catalyseurs pour construire un socle et une variété de cas d’usage. Les grands investissements appellent aussi les grands retours", a souligné Pierre Raymond.
La priorité
Le nerf de la guerre, pour construire ce socle, concerne le sujet de la donnée. Le champ est large : il faut s’assurer de sa qualité, du fait qu’elle soit ordonnée et homogène, mais aussi de sa libre circulation dans l’entreprise, afin qu'elle puisse accompagner le mouvement. D’autant qu'une bonne exploitation des données industrielles peut se révéler bénéfique sur plusieurs plans, notamment réglementaires ou environnementaux, a illustré Ludovic Donati, directeur du projet Lithium Alsace d'Eramet et vice-président de l’Afnet, association soutenant les différentes transitions des filières industrielles. Par exemple, au sujet de la CSRD européenne : "Cette directive nécessite de disposer d’informations. Il faut que différents mondes (de la production à la supply chain, en passant par les ventes) puissent se parler. Et pour cela, il faut avoir en main des données solides et globales", a-t-il expliqué.
Mais les PME restent, pour l'instant et pour des raisons claires, encore pas assez enclines à investir dans ce type de dispositifs, a relevé Philippe Mutricy : "Quand il n’y a pas de cas d’usage, il n’y a pas de priorité à accorder sur le plan des investissements". Daniel Blengino l’a rejoint, indiquant que pour les dirigeants, la sélection de ces cas d’usage reposait sur trois piliers. Soit les coûts qu’ils représentent, leur qualité et les délais qu’ils font peser.
Dans l’ensemble, les industriels français semblent, néanmoins, être enclins à poursuivre cette trajectoire. Ils sont désormais 44 % à indiquer que leur organisation est plutôt mature dans le déploiement de solutions industries 4.0 (sur une base technologique et organisationnelle). Et 22 % à décréter qu'elle l'est pleinement. De plus, 17 % des entreprises sont en capacité de déployer ces solutions au rythme initialement prévu. Soit une proportion en hausse de 10 points par rapport à 2023. Une perspective encourageante, alors que le panel des répondants est composé à hauteur de 45 % de PME. "L'industrie du futur semblait auparavant être un terme abscon. Mais elle s'est étendue, le mouvement s'est accéléré. Nos PME et nos ETI sont passées du 2.0 au 3.0. Quid du 4.0 ? Cette automatisation va permettre de compenser les pénuries de main-d'oeuvre, de réduire la pénibilité du travail et les coûts opérationnels par la même occasion. Alors qu'il faut déjà préparer le passage au 5.0, il est essentiel que l'industrie française fasse partie de cette révolution", a conclu le directeur général de France Industrie, Vincent Moulin Wright.
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