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Droit des sociétés / Annie Maudouit / Winston & Strawn

Droit des sociétés
Annie Maudouit / Winston & Strawn

exclusif Annie Maudouit n’est pas qu’une experte du M&A / L' associée chez Winston & Strawn affectionne les projets à impact sociétaux

EXCLUSIF. L’associée spécialisée en M&A au cabinet Winston & Strawn assume ses engagements personnels, apolitiques mais sociétaux, et notamment sur la place des femmes dans la finance ou dans les métiers du droit, dans le cadre de son métier d’avocate. Des convictions qu’elle porte de longue date et désormais jusqu’aux plus hautes sphères de l’Etat.
Annie Maudouit (Winston & Strawn)
Annie Maudouit (Winston & Strawn)

Défendre la place des femmes dans la finance - qui sont toujours considérées comme une minorité -, n’est pas incompatible avec le métier d’avocate spécialisée en M&A et droit boursier. La preuve, Annie Maudouit, associée depuis 2022 au cabinet Winston & Strawn en a fait l’un de ses combats mais aussi sa différence par rapport à ses confrères. "J’ai grandi dans le XIIIe arrondissement de Paris. En primaire, j’étais une minorité ethnique, les autres élèves étant franco-chinois, franco-laotiens, d’origine magrébine ou d’Afrique centrale. J’étais l’une des rares franco-française. Cette diversité a marqué, je crois, mon approche par rapport à la société, mes convictions ", explique à WanSquare celle qui est encore intervenue, le mois dernier, aux Rencontres de l’égalité économique et professionnelle organisées à l’Assemblée nationale par la députée Marie-Pierre Rixain (ex-Renaissance, Ensemble pour la République).

 

Accélérer l’égalité professionnelle et économique

 

"Depuis quelques années, je n’hésite plus à assumer mes engagements personnels, apolitiques mais sociétaux, dans le cadre de mon travail. Je suis persuadée qu’il existe une nouvelle façon de présenter notre métier de conseil, en y incluant les projets à impact. L’avocat d’affaires n’est en effet pas qu’un expert du droit, il doit aussi faire avancer la société. En devenant associée, je prends certains sujets, comme celui de la parité par exemple, encore plus à cœur qu’avant ", estime Annie Maudouit, qui compte notamment parmi ses clients la société Osmosun (dessalement de l’eau grâce aux énergies renouvelables) ou le fonds d’investissement coté Transition Evergreen. Des entreprises qui proposent des solutions innovantes.

Elle est par exemple très engagée, depuis sa prestation de serment, dans l’Association Française des Femmes Juristes (AFFJ). Un collectif qui a notamment contribué à l’élaboration de la loi Copé-Zimmerman de 2012 sur la place des femmes dans les conseils d’administration d’entreprises ou qui a créé les évènements "s’installer au féminin", aidant les femmes avocates à monter leur propre cabinet. "Plus récemment la députée Marie-Pierre Rixain nous a sollicitées car elle souhaitait s’entourer, en 2021, d’associations pour l’aider à rédiger sa proposition de loi visant à accélérer l’égalité économique et professionnelle, imposant des quotas dans les postes de direction des grandes entreprises à horizon 2030 (40 % de femmes cadres dirigeantes)", se félicite l’associée au cabinet Winston & Strawn.

 

Interprète à l’ONU

 

Pourtant, cette normande de 39 ans, arrivée à Paris lorsqu’elle avait 5 ans, ne se prédestinait pas à une carrière juridique. "Je ne suis pas du tout issue d’une famille d’avocats. J’aimais beaucoup l’école et j’ai très vite été attirée par l’apprentissage des langues. Adolescente, mon rêve était de devenir interprète de conférences à l’ONU. J’ai toutefois très vite compris que cela serait impossible car pour pouvoir faire des traductions en simultané il faut avoir grandi avec plusieurs langues. Or, ma langue maternelle est le français", nous raconte-t-elle.

Etant très intéressée par l’Europe, et plus particulièrement par l’Allemagne, l’étudiante se dirige alors vers des études de droit en vue de travailler dans les institutions européennes communautaires. "N’étant pas parfaitement bilingue en anglais ou en allemand à l’époque, j’ai postulé à l’université d’Assas qui proposait une formation classique en droit (DEUG à l’époque) et un diplôme universitaire complémentaire en Common law ou en droit allemand ", explique Annie Maudouit, qui fera à la faculté ses premiers pas dans le monde associatif.

 

Le droit des sociétés, une révélation

 

Elle suivra le diplôme universitaire de droit allemand (pour ne pas perdre la pratique de la langue de Goethe) avant d’intégrer la filière franco-allemande d’Assas en licence. "C’est ainsi que j’ai découvert le droit des sociétés. Si j’avais détesté le droit commercial un an auparavant, le droit des sociétés est vraiment devenu une passion", se souvient celle qui partira ensuite à Munich pour effectuer un stage en contentieux financier en parallèle de ses études en Allemagne.

Un an plus tard, pendant l’été, elle rejoindra le cabinet Gide Loyrette Nouel à Paris pour un stage en M&A. "Je faisais des allers-retours pour passer mes examens à Munich et tous mes entretiens pour intégrer un master 2. Une période très intense", poursuit-elle.

Un avocat chez Gide lui conseille alors de s’inscrire en Magistère de juriste d’affaires, ce qu’elle choisit. "Je pensais en plus y retrouver mon ancien professeur de droit des sociétés, Dominique Bureau, qui était censé y enseigner le droit international des sociétés, ce qui ne fut finalement pas le cas ", sourit Annie Maudouit. Chez Gide, elle se perfectionne en M&A et en droit boursier si bien qu’elle négocie dans le prestigieux cabinet d’avocats parisien l’intégralité de sa formation au barreau en vue de l’obtention de son diplôme d’avocat. "J’ai négocié un stage de six mois en Chine surtout. Gide avait encore à l’époque un très gros bureau à Pékin. Le pays m’attirait énormément ayant baigné dans cette culture très jeune", précise-t-elle. Pour son stage final, elle intègre une équipe qui n’existe plus aujourd’hui, en fusions-acquisitions et equity capital markets. Une équipe qui la pré-embauchera bien avant qu’elle ne devienne officiellement avocate.

 

Des solutions innovantes pour sortir de la cote

 

Cinq ans après avoir fait ses premiers pas chez Gide, elle intègre le cabinet Jeantet. "A la suite d’un entretien avec Frank Martin Laprade, associé en M&A et droit boursier, j’ai rejoint son équipe en janvier 2013. Un choix que je n’ai pas regretté car toute notre équipe était passionnée par le droit boursier ! Le jour de ma démission chez Gide, j’ai appris que l’équipe de fusions-acquisitions avec qui je travaillais beaucoup – notamment sur ma première introduction en Bourse (IPO) avec leurs clients (spin-off Sopra-Axway Software)- allait quitter le cabinet quelques mois plus tard pour créer BDGS Associés ", observe Annie Maudouit.

Durant ses quatre ans chez Jeantet, dont elle garde un souvenir ému, elle travaille sur de nombreuses offres publiques d’achat (OPA), des IPO et apprend à prendre plus de risques, opter pour des solutions novatrices. "Par exemple, nous conseillions Radiall qui souhaitait sortir de la cote, dont le patron, Pierre Gattaz, était aussi en même temps le président du Medef. Le code Afep-Medef n’était pas du tout adapté à ce type de société, très familiale. Une position donc difficile pour Pierre Gattaz qui se sentait, de par ses responsabilités nationales, dans l’obligation de suivre les préceptes du mouvement patronal. Or, le seuil de retrait obligatoire de bourse étant de 95 % à l’époque et un fonds bloquant les 5 % restants, des discussions avec Euronext et l’Autorité des marchés financiers (AMF) ont permis de créer une nouvelle procédure de sortie de cote dans les règles Euronext, et ainsi à Radiall de sortir de la cote du fait que l’entreprise n’avait plus de flottant depuis un certain temps. Ce fut donc une OPA qui n’a pas donné lieu à un retrait obligatoire au sens de la réglementation AMF. Nous avons été les premiers et peut-être même les seuls à mettre en œuvre cette solution puisqu’en 2019 la loi Pacte a abaissé le seuil à 90 %", se souvient Annie Maudouit, citant aussi l’OPA Valtech, société française cotée qui avait déménagé en Angleterre pour pouvoir elle aussi sortir de la cote. "Pour ce faire, nous avons aussi mis en place une procédure ad hoc, grâce notamment à des réunions très constructives avec l’AMF, par laquelle nous avons lancé une OPA simplifiée tout en mettant en œuvre une procédure statutaire de ‘squeeze- out’", poursuit-elle.

 

Mieux rebondir

 

Ses années chez Jeantet auront une résonnance particulière dans la carrière d’Annie Maudouit. "Entre le surmenage et la saturation du fait de mon surinvestissement dans le travail et des soucis familiaux, je suis tombée malade et ai dû m’arrêter quelques semaines. Même si je trouve important d’en parler aux jeunes générations d’avocats, je ne considère pas avoir fait un burn-out car je ne ressentais pas de déprime et n’ai jamais envisagé une seule seconde d’arrêter mon métier. Mais j’ai eu quelques moments difficiles, pour redevenir 'comme avant', avec l’impression parfois de n’être qu’à 50 % de mes capacités. Tout le monde pensait que j’allais quitter Jeantet mais cela ne m’a jamais traversé l’esprit".

Pourtant, un an plus tard, elle décide de rejoindre l’équipe de Stéphane Sabatier, associé M&A et marchés de capitaux chez Norton Rose Fullbright et qui avait monté le premier SPAC français avec Mediawan. "J’avais gardé en tête l’exemple d’avocats plus seniors que moi qui avaient fait le choix de changer de structure vers leur huitième année afin de se positionner sur le partner track. J’avais l’impression qu’il n’y avait pas de place pour moi en tant qu’associée dans un horizon à 5 ans chez Jeantet compte tenu de la taille de l’équipe, même si Franck pensait le contraire", nous confie l’avocate. Stéphane Sabatier lui propose ensuite de rejoindre Winston & Strawn. "C’est le moment où le cabinet a lancé un nouveau mouvement avec beaucoup d’arrivées d’équipes, pleins d’embauches individuelles de collaborateurs. Si bien que le bureau de Paris compte aujourd’hui une cinquantaine d’avocats avec l’ambition de continuer à grandir pour atteindre une taille critique", nous explique Annie Maudouit qui a ainsi monté la pratique M&A/droit boursier au sein du cabinet, avant même d’y être nommée -avec quelques mois de retard à cause de la crise sanitaire - counsel en 2021, puis associée l’année suivante.

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