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Atos enclenche sa restructuration financière / Une première augmentation de capital cruciale avant dilution massive
La restructuration financière d’Atos entre dans le vif du sujet. En validant fin octobre le plan de sauvegarde accéléré de l’entreprise, le Tribunal de commerce spécialisé de Nanterre a donné le coup d’envoi aux opérations visant à la remettre à flot, dont la première, annoncée vendredi, s’adresse directement aux actionnaires. Il s’agit du lancement de l’augmentation de capital prévue dans le cadre du plan, d’un montant de 233 millions d’euros, pour laquelle ils bénéficient d’un droit préférentiel de souscription (DPS).
Ce DPS doit leur permettre d’éviter de subir une dilution massive, un euphémisme, sachant que l’opération doit aboutir à la création de 63 milliards d’actions (il y en a 112 millions en circulation actuellement). Concrètement, chaque actionnaire recevra un DPS par action détenue sur un compte-titres à la clôture de la séance de bourse du 13 novembre, et 24 DPS permettront à leur titulaire de souscrire à 13 497 actions nouvelles au prix de 0,0037 euro… à comparer au cours actuel de 69 centimes (+5,3% ce vendredi). Etant entendu qu’il est prévu que la valeur nominale des actions de la société passe dans le même temps de 1 euro à 0,0001 euro.
Un nombre d'actions multiplié par 2000
En apparence, l’opération pourrait sembler attrayante : " sur la base du cours de clôture de l'action de jeudi soir 0,66 euro et du prix de souscription de 0,0037 euro par action nouvelle, la valeur théorique de l'action ex-droit est de 0,0049 euro, soit une décote de 23,95% par rapport au cours de l'action nouvelle", observent les analystes d’Octo Finances.
Il convient cependant de ne pas oublier que la restructuration financière qui va se dérouler entre ce mois de novembre et janvier 2025 prévoit des mécanismes autrement plus dilutifs, en particulier la conversion de 2,9 milliards d’euros au travers deux augmentations de capital avec suppression du droit préférentiel de souscription (DPS), l’une réservée aux créanciers participants, l’autre réservée aux créanciers ne participant pas aux apports de nouveaux financements.
En tout, l'ensemble des opérations prévues devraient aboutir à multiplier le nombre d’actions Atos par 2000, le faisant passer 112 millions à 244 milliards, a calculé de son côté Invest Securities. Dans ces conditions, comme le faisait remarquer dernièrement le bureau d’analystes, "la question de la participation est difficile à trancher entre dilution massive et incertitude quant à la trajectoire de redressement ".
Conjoncture défavorable
L’augmentation de capital de 233 millions d’euros annoncée (dont la souscription est ouverte du 14 au 25 novembre) a ceci d’important dans la restructuration financière qu’elle en constitue la seule "new money" sous forme de fonds propres. Avec les autres opérations qui vont suivre, elle vise à financer le business plan en vue d’atteindre une cible de profil de notation de crédit BB d’ici 2027 et d’obtenir une réduction de la dette brute de 3,2 milliards d’euros.
Bien que révisé plusieurs fois à la baisse, ce business plan, qui prévoit d’atteindre en 2027 un chiffre d’affaires de 10,6 milliards d’euros et une marge opérationnelle de 9,4%, fait figure de défi, partant des 9,7 milliards d’euros de chiffre d’affaires et des 238 millions d’euros de marge opérationnelle attendus en 2024. Et ce, quand bien même Jean Pierre Mustier, le directeur général d’Atos, a récemment fait état d’un "changement de perception positif chez [les] clients" du groupe.
Le fait est qu’Atos doit opérer son redressement à un moment où les grandes sociétés de services numériques (ESN) françaises subissent le ralentissement de la conjoncture, comme ont pu l’illustrer les récents résultats du troisième trimestre de Capgemini et de Sopra Steria. Or la marge de manœuvre dont dispose Atos est assez mince du fait que la new money sous forme d'une nouvelle dette de 1,75 milliard d’euros que doivent par ailleurs lui prêter les créanciers pour assurer sa survie, sera émise à des taux d’intérêt très élevés, compris entre 10% et 13%.
Certains observateurs n’y vont ainsi pas par quatre chemins. Oddo BHF émet ainsi "toujours des doutes sur la pérennité de la structure financière du groupe, même après la restructuration financière, d'autant plus que le marché européen des services informatiques devrait être beaucoup moins dynamique en 2024-2025 qu'initialement prévu". On note que les positions vendeuses sur Atos restent d’ailleurs très significatives, représentant encore 7,6% du capital selon le site shortsell.
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