Entreprises / Actions / Atos
Entreprises / Actions
Atos
Atos : 233 millions d’euros levés mais une faible adhésion des actionnaires / La spéculation ne gomme pas la dilution
Oui, l’augmentation de capital d’Atos a réussi, le groupe informatique est parvenu à lever 233 millions d’euros, comme prévu, franchissant une étape clé de sa restructuration financière. Cependant, il n’y a pas de quoi pavoiser. Avec un taux de souscription qui s’est établi à environ 29 %, les actionnaires existants, qui bénéficiaient d’un droit préférentiel, n’ont pas manifesté un très grand intérêt. Et ce malgré ce que l’envolée du cours de Bourse d’Atos, complètement décorrélée des fondamentaux, pouvait laisser penser, avec un titre passé de 30 centimes le 13 novembre, veille du lancement de l’opération, à un peu plus d’un euro à sa clôture le 27 novembre.
La flambée s’est même poursuivie le lendemain avec un plus haut touché en séance de 1,73 euro. Aux prises de positions spéculatives de très court terme jouant les récentes annonces des cessions d’actifs, qui constituent effectivement une bonne nouvelle (Atos a d’ailleurs annoncé ce lundi avoir achevé la vente de sa filiale Worldgrid à Alten pour le prix convenu de 270 millions d’euros), s’est ajouté l’effet accélérateur du dénouement partiel des nombreuses positions vendeuses accumulées de longue date sur le titre. Par exemple, la position du fonds Sih Partners est passée de 1,13 % du capital d’Atos le 13 novembre, à 0,69 % le 27 novembre, tandis que celle du fonds Astaris Capital Management passait de 2,25 % à 2,06 % sur la même période, selon des informations de l’Autorité des marchés financiers.
Ces mouvements expliquent que l’on se retrouve à des niveaux très éloignés de la valeur intrinsèque d’Atos. Tenue d’avertir les actionnaires de l’importante dilution à laquelle ils s’exposaient, l’entreprise avait d’ailleurs indiqué dans son prospectus de l’augmentation de capital que sur la base du cours du 6 novembre (qui était alors de 0,66 euro), la valeur théorique de l’action ex-droit préférentiel de souscription était de seulement 0,0049 euro. Par comparaison, le cours de l’action dépasse ce lundi les 80 centimes.
244 milliards d’actions
Le 10 décembre aura lieu le règlement-livraison des actions nouvelles ainsi que leur admission aux négociations sur le marché réglementé d’Euronext à Paris. Ce qui va faire passer le nombre d’actions Atos en circulation d’un peu plus de 111 millions aujourd’hui à près de 64 milliards. Mais le processus dilutif ne sera pas achevé, puisque l’ensemble des opérations de restructuration du bilan portera le nombre total d’actions à 244 milliards. Au regard du cours auquel elle s'échange ce lundi, l'entreprise serait donc valorisée près de 200 milliards d'euros, une anomalie appelée à se corriger d'elle-même.
Parmi les opérations prévues dans le cadre du plan de sauvegarde accéléré, l’augmentation de capital de 233 millions d’euros qui vient d’être réalisée a ceci d’important qu’il s’agit d’un apport en fonds propres, le seul new money equity de toute la restructuration financière pilotée par les créanciers. La suite du processus repose principalement sur des mécanismes de conversion et de refinancement : conversion de 2,9 milliards d’euros de dettes en capital, remplacement de 1,95 milliard d’euros de dettes existantes par de nouveaux instruments à six ans, et l’apport de 1,5 à 1,675 milliard d’euros sous forme de dette supplémentaire, incluant des garanties bancaires et une ligne de crédit (RCF). À cela s’ajoutera l’émission de 22,4 milliards de bons de souscription d’actions Atos.
Et tandis que l’intégralité de cette restructuration financière devrait s’achever d’ici fin décembre 2024, voire début janvier 2025, en même temps que l’arrivée du nouveau directeur général, Philippe Salle, les heureux actionnaires d’Atos ont appris ce lundi qu’ils auront le plaisir de commencer l’année prochaine par une assemblée générale à laquelle ils sont conviés le 31 janvier. Celle-ci aura pour objectif d’approuver les comptes de l’exercice 2023, les mêmes qui avaient débouché sur la perte la plus importante de l’histoire de l’entreprise.
Le délai pour tenir cette réunion avait été prolongé à plusieurs reprises par le président du Tribunal de Commerce de Pontoise. Cette décision visait à offrir à Atos un cadre juridique stable, indispensable pour mener à bien les discussions sur son accord de restructuration financière.
Reproduction et diffusion interdites sans autorisation écrite

