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Safran laisse les investisseurs sur leur faim / Des marchés porteurs, mais des objectifs très prudents

Lors de son Capital Markets Day qui se tenait jeudi, Safran a réaffirmé son optimisme pour les années à venir, soulignant la très bonne orientation de ses marchés finaux aussi bien dans l'aviation civile que dans le secteur de la défense. Jugés trop prudents, les objectifs à court et moyen terme ont cependant déçu les attentes du marché, particulièrement concernant la génération de cash-flow libre, même si le groupe s’attend à une rentabilité accrue grâce à l’arrivée des bénéfices liés aux moteurs LEAP.
Olivier Andriès, le directeur général de Safran, lors du Capital Markets Day du groupe qui se tenait le 5 décembre 2024
Olivier Andriès, le directeur général de Safran, lors du Capital Markets Day du groupe qui se tenait le 5 décembre 2024

"Safran est idéalement positionné pour une nouvelle période de bénéfices soutenus et de croissance rentable". Le ton d’Olivier Andriès, le directeur général de Safran, lors du Capital Markets Day du groupe qui se tenait jeudi, était aussi optimiste que le cours de Bourse de Safran était mal orienté, cédant plus de 7% à 212,2 euros à la clôture.

Le deuxième équipementier aéronautique mondial a pourtant raison : ses marchés finaux sont particulièrement bien orientés. "Nous sommes positionnés sur des marchés dont la croissance est supérieure à celle du PIB", a indiqué le dirigeant. Et cette tendance s’inscrit sur du long terme, en particulier dans l’aviation civile. Safran prévoit une croissance annuelle de 3,2% de la recette par passager-kilomètre au cours des 20 prochaines années, avec une croissance "encore plus rapide pour les avions à fuselage étroit, où nous prévoyons une croissance annuelle de 3,7 %, et de 2,2 % pour les avions à fuselage large" a-t-il détaillé devant les investisseurs.

Le secteur de la défense n’est pas en reste, avec des dépenses mondiales qui ont atteint un niveau record de 2 200 milliards de dollars en 2023, en augmentation de près de 7 % par rapport aux années précédentes. Et qui, "compte tenu du contexte géopolitique, continueront d'augmenter", estime Olivier Andriès.

 

Déception sur le free cash-flow

 

Pour autant, les objectifs financiers dévoilés par l’entreprise à l’occasion de sa journée investisseurs s’avèrent un peu courts face aux attentes. A moyen terme, Safran vise une progression moyenne de 7% à 9% par an de son chiffre d’affaires sur la période 2024-2028, avec un résultat opérationnel courant qui devrait atteindre entre 6 milliards et 6,5 milliards d'euros d'ici 2028, soit un taux de croissance annuel moyen de 10% à 13% à partir de 2024.

A plus court terme, le groupe prévoit, à périmètre constant, une croissance d'environ 10% de son chiffre d'affaires et un résultat opérationnel courant entre 4,7 milliards et 4,8 milliards d'euros. La génération de cash-flow libre, elle, est attendue entre 2,8 milliards et 3 milliards d'euros, "ce qui constitue la principale déception par rapport au consensus", pointe la banque Jefferies.

Par comparaison, le consensus se situait à 31,4 milliards d’euros pour le chiffre d’affaires, pour un résultat opérationnel courant de 4,9 milliards d'euros et une génération de cash-flow libre de 3,1 milliards d'euros.

Tout n'est pas noir cependant. En particulier, Safran a annoncé que les bénéfices liés au moteur LEAP-1A, qui équipe principalement les Airbus A320neo, commenceront à être comptabilisés en 2025. Pour le LEAP-1B (qui équipe les Boeing 737 MAX), cela commencera en 2026. Il faut savoir que dans le cadre des contrats de maintenance (souvent appelés RPFH – "Rate Per Flight Hour") que Safran a conclus pour les moteurs LEAP, la reconnaissance de ces bénéfices est conditionnée à l'arrivée d'une "maturité" des moteurs, qui doivent avoir suffisamment accumulé d'expérience opérationnelle et intégrer des améliorations techniques clés (comme la nouvelle aube de turbine haute pression évoquée par le groupe).

Jusqu’en 2024, afin de limiter les incertitudes liées aux coûts initiaux de maintenance, Safran n'a pas prévu d’enregistrer de marge sur ces contrats. C'est une fois que les moteurs sont considérés comme "matures" que Safran peut reconnaître les bénéfices associés à ces contrats appelés à soutenir fortement sa rentabilité. En ce sens, la reconnaissance des bénéfices liés au LEAP-1A en 2025, soit un an plus tôt que les prévisions initiales, constitue une bonne nouvelle concernant la maturité du moteur.

Pour autant, la faiblesse des objectifs financiers pour 2025 "montre à quel point ces bénéfices seront progressifs", ajoute Jefferies. Même si, "conformément à la tradition de Safran, les premières prévisions pour 2025 doivent être considérées comme une première étape conservatrice dans des chiffres qui peuvent être atteints avec une grande sécurité", tempère de son côté Barclays. Non sans juger que les perspectives pour 2028 sont "trop conservatrices".

 

Les cessions d'actifs vont se poursuivre

 

Au-delà des objectifs financiers, le Capital Markets Day était logiquement l’occasion de revenir sur la politique de fusion et acquisitions de l’entreprise. "Au cours des quatre dernières années, nos acquisitions ont toutes servi nos objectifs stratégiques : préparer la prochaine génération d'avions, se développer dans les domaines de la défense et de l'espace, renforcer la résilience de notre chaîne d'approvisionnement et assurer une transition en douceur entre le moteur CFM56 et [son sucesseur] le LEAP", a rappelé Olivier Andriès.

Et tandis que le groupe a investi 1 milliard d'euros dans des acquisitions depuis 2021, hors projet d'acquisition des commandes de vol de Collins Aerospace, qui devrait être bouclé au premier semestre 2025, l'élagage du portefeuille se poursuit.

Lors de son précédent CMD en 2021, Safran avait indiqué que 30 % du portefeuille de l'ex-Zodiac (avec qui le groupe avait fusionné en 2018) n'étaient pas essentiels. "Ce chiffre est toujours d'actualité. Depuis lors, nous avons cédé 10 % du portefeuille ex-Zodiac, pour un montant total de 0,6 milliard d'euros", a indiqué jeudi Olivier Andriès. Et "nous prévoyons toujours de céder les activités non stratégiques restantes de ce portefeuille ex-Zodiac dès que les conditions du marché seront réunies, c'est-à-dire dès que nous aurons atteint un certain niveau de performance et de rentabilité", a-t-il ajouté.

En parallèle, Safran n’oublie pas ses actionnaires. Le groupe prévoit de leur restituer environ 70 % du cash-flow libre généré sur la période 2024-2028, estimé entre 15 et 17 milliards d'euros. Cette politique se traduira par des dividendes représentant 40 % du résultat net et un ambitieux programme de rachat d’actions de 5 milliards d'euros entre 2025 et 2028, soit tout de même 5,1% de la capitalisation boursière, en complément des 750 millions d'euros rachetés en 2024.

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