Levées de fonds / Syroco / alter equity
Levées de fonds
Syroco / alter equity
Alter Equity parie sur Syroco afin de décarboner le transport maritime / Une technologie pour ajuster les routes et la vitesse des navires
Au mois de novembre, l’Organisation météorologique mondiale tirait de nouveau la sonnette d’alarme : l’année 2024 devrait être la plus chaude jamais observée et la première pour laquelle le réchauffement climatique dépassera d’1,5 degré la période préindustrielle. Un contexte qui appelle à trouver de nouveaux leviers d’action pour parvenir à décarboner certains pans de l’économie, dont cette dernière aurait de toute évidence du mal à se passer. Le transport maritime en est un bon exemple. Il représente 90 % du volume des échanges mondiaux de marchandises, tout en étant responsable d’environ 3 % des émissions planétaires de carbone.
Et le coût de l’inaction pourrait se révéler important. En l’état, selon l’Organisation maritime internationale, l’empreinte environnementale du transport maritime pourrait même générer 17 % des émissions de gaz à effet de serre d’ici à 2050. Certaines jeunes entreprises s’attaquent donc à la question. C’est le cas de Syroco, une start-up marseillaise qui vient de réaliser une levée de fonds de 7,5 millions d’euros. Cette série A a été menée par Alter Equity, au travers de son troisième fonds récemment labellisé Tibi 2, qui signe ainsi le premier investissement de ce nouveau véhicule. Elle a été menée aux côtés de Seventure Partners, des investisseurs historiques de la société et de plusieurs business angels et family offices.
Un problème marin
"Leur système permet de diminuer de 10 % en moyenne la consommation de carburant des navires de commerce. En situation de gros temps de mer, la réduction de l’usage de fioul peut même atteindre 25 %", souligne auprès de WanSquare Fanny Picard, la fondatrice et dirigeante d’Alter Equity. Dans le détail, l’entreprise développe une solution logicielle permettant de modéliser, grâce à l’intelligence artificielle, le jumeau numérique d’un navire en intégrant l’ensemble de ses dimensions pratiques : la répartition du poids des cargaisons, la puissance du moteur, les caractéristiques du gouvernail ou encore des coques. Elle intègre également un grand nombre de données liées aux conditions météorologiques, comme le vent, la pluie, la houle, les vagues, les courants, ou la position du navire, communiquées en temps réel.
Cette combinaison permet au logiciel de Syroco de déterminer la route idéale pour le navire, tout en couvrant plusieurs autres sujets, comme le positionnement du navire par rapport à la vague. Au-delà de l’aspect de la route, l’application permet surtout aux capitaines d’ajuster la vitesse à laquelle ils naviguent. "Un des grands enjeux du transport maritime réside pour le capitaine du navire dans le fait d’arriver à une heure précise au port de destination, où il dispose d’un créneau strict pour décharger la marchandise, sous peine de pénalités financières. Le capitaine a donc tendance à maximiser la vitesse pour s’assurer d’atteindre le port à temps, quitte à patienter ensuite dans la rade. Or augmenter de deux nœuds la vitesse du navire peut augmenter la consommation de carburant jusqu’à 30 %", illustre Fanny Picard.
L’efficacité au programme
Un moyen d’économie d’envergure pour les armateurs, pour qui le retour sur investissement de l’utilisation du logiciel de Syroco prend à peine quelques mois. Pour l’heure, la société compte une vingtaine de clients. La plateforme Syroco est aussi utilisée par CMA CGM depuis 2021 pour comparer les gains que différents systèmes véliques (rotors, ailes rigides, profils aspirés, kites…) pourraient apporter sur des navires existants, suivant les routes empruntées et les conditions météo rencontrées.
Le taux d’usage par les capitaines de cette solution est d’ailleurs supérieur à 80 %. Et pour cause : "Le logiciel est une application web d’intelligence artificielle installée sur une tablette ou un ordinateur. Il n’est donc pas intégré à ce que l’on appelle la passerelle du bateau, ce qui évite l’immobilisation coûteuse du navire pour installer le logiciel. Le commandant entre ses différentes contraintes dans l’interface, son port d’arrivée et son port de départ, puis le logiciel simule des dizaines de milliers de routes qui les respectent tout en optimisant les paramètres de navigation", complète Marion Chanéac, associée chez Alter Equity.
Pour aller plus loin
"Au démarrage de chaque projet, un jumeau numérique est modélisé, permettant de digitaliser les caractéristiques du bateau : taille, poids, poids de la cargaison, motorisation, etc., et ses données de navigation historiques. Pendant la navigation, ces données sont complétées en temps réel, ce qui permet d’actualiser le conseil de routage. La levée doit permettre à Syroco de poursuivre son internationalisation, de renforcer ses équipes de vente et customer success, ainsi que d’améliorer encore l’efficacité de la plateforme de machine learning", détaille Marion Chanéac. Pour l'heure, les clients internationaux représentent déjà 50 % du chiffre d'affaires.
L’entreprise, dont le modèle d’affaires repose sur un système d’abonnement, devrait enregistrer une croissance de 200 % en 2025. Cette trajectoire d’hypercroissance fait partie des critères de sélection d’Alter Equity dans ses recherches de participations, tout comme les retombées environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) de leur activité. Une entreprise donc bien trouvée pour la société pionnière du capital-risque à impact en France, qui a aussi été convaincue par une équipe de management à l’historique parlant. Parmi les co-fondateurs, l’on retrouve notamment le dirigeant de l’entreprise, Alexandre Caizergues, champion de kitesurf, Olivier Taillard, ancien architecte naval ou encore Bertrand Diard et Florent Boutellier, spécialistes de l’entrepreneuriat, de la Tech et du secteur du capital-risque.
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