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France / Bruno Le Maire / Eric Coquerel / commission des finances
Dérapage budgétaire : Bruno Le Maire tance les députés / La maîtrise des comptes publics serait mise à mal par la censure du gouvernement
La meilleure défense est l’attaque. Plusieurs députés ont reproché ce matin à Bruno Le Maire, ancien ministre de l’Économie, d’avoir recours à cette stratégie devant la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, dotée pour six mois des prérogatives d’une commission d’enquête. Celle-ci tâchant de lever le voile sur la dégradation des finances publiques lors des années 2023 et 2024.
Il y a quelques semaines il avait défendu, devant les sénateurs, la pertinence qu’il y aurait eue d’avoir recours à un projet de loi de finances rectificative pour remédier au plus vite à la situation. Il a affirmé ce matin qu’il "continue de penser que cette modalité était politiquement préférable", et rappelait que constitutionnellement cette décision appartenait au Premier ministre après concertation avec le président de la République. Certains députés se sont montrés circonspects face à l’argumentaire déployé par l’ancien Premier ministre Gabriel Attal, à savoir que l’encombrement de l’agenda parlementaire aurait rendu difficile un tel projet arguant qu’il avait été possible d’y avoir rapidement recours pendant la pandémie.
Des explications qui se sont accompagnées de lourdes critiques envers les parlementaires. Ses propos liminaires ont vu l’ancien occupant de Bercy affirmer que tant le débat sur le budget 2025 que la motion de censure du gouvernement ont fait tomber les masques. Pour lui, il est clair que "cette assemblée ne veut pas réduire les dépenses publiques, cette assemblée ne veut pas réduire la dette, cette assemblée ne veut pas de plan sérieux de rétablissement des comptes publics en France".
Avertissement
Il ne s’est pas contenté de juger les actes passés, il a aussi mis en garde contre d’éventuels projets des parlementaires concernant les impôts. L’ancien député de l’Eure considère que financer ainsi les déficits est "un suicide collectif" et estime qu’à terme on aurait "une révolution politique dans notre pays, parce que nos compatriotes diront non, ça suffit avec les impôts".
Bruno Le Maire n’a pas cherché à se laver les mains sur un certain nombre de sujets allant des erreurs de prévision, aux dépenses pour faire face à la pandémie ou toute autre décision qu’il a pu prendre lors de ses sept années à Bercy. Il n’en estime pas moins que les racines du mal sont bien plus profondes et d’une autre nature ; arguant que "ni les impôts, ni les bouts de ficelle ne régleront le problème de la dette et des déficits en France, qui remonte à 50 ans" et parlant plus volontiers de "notre chômage de masse, notre effondrement industriel, notre modèle social et le poids des retraites [qui] sont les seules véritables explications de la situation où nous sommes ". Interrogé sur la question de la pertinence des outils de prévisions, il n’a pas nié qu’il fallait travailler à les corriger et à les interroger. Une tâche à laquelle doivent s’atteler neuf économistes retenus par le dernier gouvernement.
Pas de coupables
La question de la responsabilité des collectivités locales dans le dérapage budgétaire a également été houleuse, Bruno Le Maire a alors rétorqué aux parlementaires que "personne n’est jamais responsable de rien dans ce pays, les collectivités locales elles n’y sont absolument pour rien". L’ironie dont a fait preuve l’ancien élève de la rue d’Ulm a été accompagnée d’un regret, celui de voir des entités bien différentes trop souvent amalgamés. Que ce soit concernant leur taille mais également concernant leur gestion, il a pris à témoin les députés en leur affirmant que "personne ici ne peut dire que toutes les collectivités locales sont bien gérées", déplorant que celles qui le sont soient "trop souvent victimes de ce que font les collectivités qui sont mal gérées".
Enseigner
Une audition qui a également été l’occasion pour l’ancien ministre de s’essayer à donner quelques leçons, à l’heure où des nombreux parlementaires ambitionnent d’entrer au gouvernement. Il a fait valoir que "la responsabilité d’un ministre c’est le sang-froid, pas à chaque fois qu’on vous dit attention ça peut se dégrader, attention il y a une alerte, d’immédiatement sonner le branle-bas et inquiéter tout le monde par des décisions précipitées".
Éric Coquerel, député La France Insoumise à la tête de la Commission des Finances, a immédiatement rebondi et s’est inquiété de voir le sérieux dans la prévision dont est capable l’État français être dégradé aux yeux du marché. Un argumentaire auquel n’a pas été sensible Bruno Le Maire, considérant que " si les marchés avaient été si inquiets que ça, ce n’est pas en septembre et en octobre que la spread (OAT Bund ndlr) aurait explosé, c’est dès le début de l’année 2024. Ça n’a pas été le cas ".
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