Macro-économie / Taux / Eric Coquerel / PLF 2024 / ratio endettement
Macro-économie / Taux
Eric Coquerel / PLF 2024 / ratio endettement
La stabilisation du ratio dette sur PIB ne sera pas une mince affaire / Les hypothèses du PLF 2024 n’en sont pas pour autant irréalistes
"Stabiliser la dette publique par une croissance élevée du PIB, plutôt que par des ajustements budgétaires portant sur ses dépenses et ses recettes ". Une stratégie ambitieuse qui est cependant qualifiée de " pari gouvernemental" par le Centre pour la recherche économique et ses applications (CEPREMAP), dans sa publication sur le projet de loi de finances (PLF) 2024. L’hypothèse que la stabilisation du ratio dette sur Produit intérieur brut (PIB) à 108 % se produise n’est pas exclue, mais elle est jugée incertaine. Le rapporteur général de la commission des finances de l’Assemblée nationale, Jean-René Cazeneuve, a fait savoir, hier soir lors de son débat avec Eric Coquerel, président de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, que s’il avait eu un regret ça aurait été de ne pas avoir suffisamment "poussé le curseur pour faire plus d’économie. Dès qu’il s’agit de faire des économies, il n’y a plus personne dans l’hémicycle". Rappelant avec force que la dette et les intérêts associés coûtent de plus en plus cher.
Une condition sine qua non est aperçue par les auteurs dans le PLF ; celle que "l’évolution favorable des marges des entreprises compense celle défavorable de la productivité". Pour eux, "rien n’assure que cet équilibre se réalise effectivement, et donc que l’endettement public soit stabilisé". Plusieurs scénarios concernant les marges sont d’ailleurs évoqués par le CEPREMAP et les conséquences sont majeures.
Marges cruciales
Le bon déroulement du PLF est tributaire d’une évolution économique jugée " nécessaire à sa réalisation " par les auteurs de la publication. Au premier rang est placée "la baisse des marges des entreprises ", puisqu’elle permettrait effectivement d’espérer un " retour rapide à une inflation modérée dans un contexte de forte croissance du PIB, riche en emploi ". Cependant l’incertitude est jugée forte par le CEPREMAP sur ce sujet, notamment en raison de la sensibilité du scénario contenu dans le PLF à la moindre baisse des marges qui ne serait pas réalisé. Ces réductions des marges contribuent en effet pour "38,9 % à la prévision du PIB de 2027".
À titre d’exemple, il est avancé que "le taux de croissance annuel du PIB serait plus faible de 0,15 point de pourcentage en moyenne sur la période et l’endettement public serait plus élevé de 3 points de pourcentage en 2027, si seulement 75 % de la baisse des marges se réalisait". Un scénario qui selon François Langot, directeur de l’Observatoire de la Macroéconomie du CEPREMAP, impliquerait "davantage d’inflation, ce qui n’est pas très bon pour le ratio d’endettement". Hors sur le sujet des contractions des marges, si une partie peut-être induite "par les baisses annoncées des cotisations sur la valeur ajoutée des entreprises (CVAE) : leur passage de 1,50 % à 0,75 % réduit le taux de marge apparent de 1 point de pourcentage, et leur disparition le réduirait le 1,5 point de pourcentage". Cela ne peut expliquer la totalité de la baisse envisagée puisque "laissant les 7,5 points restants à la charge des entreprises". A ce propos, Eric Coquerel, a indiqué qu’il avait "regardé un peu les chiffres, rien ne prouve que les taux de marge des entreprises vont baisser. " D’une manière plus générale, il a également affirmé "que c’est un budget qui ne règle rien, qui ne va pas atteindre l'objectif fixé par le gouvernement ".
Productivité salvatrice
Si le CEPREMAP juge que "la baisse des taux de marge, nécessaire pour contrebalancer l’impact négatif d’une productivité en baisse, nous semble être la source d’incertitude la plus importante autour des prévisions du PLF", il ouvre la porte à une bonne surprise concernant la productivité. Puisque si la baisse de la productivité envisagée dans le PLF a des effets négatifs importants sur la croissance française, l’objectif de stabiliser le ratio d’endettement s’en trouverait fortement amélioré par toute réalisation partielle des prévisions touchant à la productivité.
Une évolution de la productivité un peu moins pessimiste a ainsi été simulée par la publication ; il s’avère alors que " le taux de croissance annuel du PIB serait supérieur de 0,25 point de pourcentage et l’endettement public baisserait de 2 points de pourcentage en 2027 si seulement 75 % de la baisse de productivité se réalisait ".
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