WAN
menu
 
!
L'info stratégique
en temps réel
menu
recherche
recherche
Abonnez-vous
Abonnez-vous à notre newsletter quotidienne

Banques / Euribor / Scandale

Banques
Euribor / Scandale

Euribor : la justice anglaise va-t-elle parvenir à faire extrader le trader Français ?

Philippe Moryoussef, réfugié en France depuis quatre mois, a été reconnu coupable de complot en vue d'organiser une fraude dans l'affaire de manipulations du taux d'intérêt interbancaire. Il risque dix ans de prison.
Barclays - logo
Barclays - logo

C'est la fin de près de six ans d'enquête autour du scandale de l'Euribor : la justice britannique a reconnu le Français et ex-trader de Barclays Philippe Moryoussef coupable de complot en vue d'organiser une fraude dans l'affaire de manipulation du taux d'intérêt interbancaire Euribor. Christian Bittar, un autre ex-trader français de Deutsche Bank a également été reconnu coupable : leur condamnation sera connue la semaine prochaine, mais tous deux risquent dix ans de prison, selon la presse britannique. La justice du pays a en revanche innocenté Achim Kraemer, un cadre de la banque allemande, et n'est pas parvenue à se prononcer sur le sort de trois autres accusés impliqués dans l'affaire, un Britannique, un Italien et une Danoise. 

Au total, 11 personnes ont comparu pour avoir manipulé les cours de l'Euribor entre 2005 et 2009, mais les deux Français étaient des traders, directement en lien avec les marchés, alors que les autres occupaient des rôles plus administratifs. Comment les traders ont-ils organisé cette manipulation ? Rappelons que l'Euribor est le taux d'intérêt auquel les banques européennes se prêtent entre elles et qu'il est déterminé tous les jours à Bruxelles en faisant la moyenne du taux pratiqué par un quarantaine de banques de l'UE. Il est ensuite utilisé comme taux de référence pour des millions de produits financiers. A partir des années 2000, un groupe de courtiers jouant sur ces marchés se coordonne pour donner à Bruxelles un taux qui favorisent leurs positions du moment.

Lors de la première comparution il y a deux ans, le procureur anglais James Waddington avait déjà averti que M. Moryoussef "était le principal architecte de la collusion entre les banquiers". Le tribunal de Southwark Crown à Londres a donc jugé hier que l'ex-trader de Barclays et son ami Christian Bittar avaient organisé cette fraude pour augmenter leur bonus. Selon Bloomberg, le Français gagnait un salaire annuel de 100.000 livres assorti en 2005 d'un bonus garanti de 367.500 livres. 

Lorsque Chrisitan Bittar décide de plaider coupable en mars dernier, Philippe Moryoussef se réfugie en France. Il n'était donc pas présent lors du procès, ce qui constitue en soi une violation de la loi britannique. Si le Serious Fraud Office (SFO), l'agence de lutte contre la corruption et les infractions financières envisage de demander son extradition, le Français lui, par l'intermédiaire de son avocat, compte faire appel devant la Cour européenne des droits de l'homme. Et le SFO britannique n'est pas certain de réussir à faire mettre le Français sous les écrous, commente Bloomberg, la justice française ayant déjà débouté une demande d'extradition de l'ex-trader Français de la Société Générale Stéphane Esper, pour la même affaire. "Vu le climat actuel concernant les demandes de mandats d'arrêt, il est possible que M. Moryoussef échappe à la justice britannique", a regretté Aziz Rahman, un avocat londonien cité par Bloomberg. Un espoir subsiste pourtant pour la justice anglaise : à la différence de Stéphane Esper, le trader reconnu coupable hier soir travaillait pour une banque anglaise et basée à Londres entre 2005 et 2007, période pendant laquelle il a manipulé les cours de l'Euribor.

Les traders ne sont pas les seuls punis dans cette affaire : la Commission européenne a infligé dès 2013 des amendes à huit établissements financiers pour avoir manipulé le taux de référence en euros. Société Générale a notamment été condamnée à une amende de 446 millions d'euros. En revanche Barclays, la banque du trader reconnu coupable hier soir, a bénéficié d'une immunité pour avoir révélé l'existence de l'entente auprès de la Commission.

Vous souhaitez réagir à cet article ou apporter une précision ?
Commentez cet article